ÉCOLE DE LA PITIÉ
Discoiu's prononcé le 26 juillet 1898.
Mesdames, Messieurs,
Il y a déjà un si grand nombre d'années que nous prenons la parole dans les distributions de prix des Ecoles municipales d'infirmiers et d'infirmières — ici c'est la seizième fois, ailleurs c'est la vingt et unième fois — que nous devons vous prier d'être indulgents si notre discours renferme plus de répétitions que de nouveautés.
Ainsi que nous le faisons d'hal)ilu(le, nous exposerons d'abord les faits principaux de l'année scolaire linissante, ensuite nous répondrons à quelques-unes des critiques, dont est parl"ois l'olijet l'enseignement des Ecoles d'infirmières et nous reviendrons sur quelques-unes des réformes réclamées et non encore réalisées. Nous utiliserons non seulement nos noies personnelles, mais aussi celles de vos maitresses de l'enseignement pratique, en contact quotidien avec vous et celles de vos professeurs de l'enseignement théorique, en particulier de voire directeur et professeur, M. Jolv.
Le nombre des inscriptions en 1897-1898 a été, dès l'ouverture des cours de 273, dont 20 élèves liln-es. Dans le courant de l'année, 245 élèves nouveaux sont venus se faire inscrire, parmi lesquels 85 élèves libres. Comme d'ordinaire, liien des défections se sont produites, mais cependant les élèves studieux sont restés assez nombreux, puisque, à la lin de juin, ils étaient 171 : 25 élèves lil^res, 58 infirmiers et infirmières de la Pitié, 88 infirmiers et infirmières des établissements hospitaliers.
Pourquoi ces désertions ? Les cours des Ecoles d'infirmiers et d'infirmières sont publics . Peut s'y faire inscrire qui veut. 42 personnes sont venues s'y faire inscrire et, après renseignements sur la durée de l'enseignement, n'ont pas reparu. 138 autres ont assisté aux cours d'une à dix
fois et S(Mnl)liMit avoir reculé (1("\ aiil des (lilllcullés qu'elles ne prévoyaient ])as on devant la linp longue durée des éludes, incompatible avcH" leurs obligations }»rol'essionnelles ou sociales.
51 ont été renvoyés des Etablissenn^ds ; — 22 ont dû abandonner leurs ('iudes pour cause de maladie ; — 42 ont (piillé pour causes diverses les Etablissements où ils étaient au début (1(> l'armée scolaire et n'ont plus reparu ;
— "2'i ont reconnu spontam'Mnent l'insullisance de leur instruction élémentaire; — tl ont quitté délinitivemcnt l'Administi'ation ; — 22 ont cessé de venir aux cours sans motifs sérieux.
La conclusion générale à tirer de ces chiffres, et c'est jiour cela que nous les citons, c'est que, dans le public, on sait de plus en ])lus qu'il existe à Paris, dans quelques hôpitaux, un enseignement destiné à ap))rendre les moyens tln-oiiques et i)ratiques de soigner les malades.
h'en.'^oi(jneiiirnf professionnel a été fait, de même que les années ])récédentes, d'une façon confornn^ au jn-ogramme ci avec le nn^me zèle ])ar tous vos maîtres, qui sont denu'urt's les mêmes. Parmi eux, signalons nos amis le D' Kecnard, ancien interne des hôpitaux, professeur de ])hysiologie à l'Institut agrononrique, nnnnbre de l'Acadéniie de nn''decine, qui Aous enseigne les notions de ])hysiologie depuis 21 ans et le D"" PETrr-VENDOL, ancicm interne des hôpitaux, ancien chef de clinique chirurgicale de la Faculté, (|ui vous enseigne les i)ansements depuis treize années. — Les élèves ont à suivre 72 cours, le soir de 8 à 1) heures et à faire 20 compositions aux mêmes lieures, soit U2 soirées de tra\ail. sans com])tin' les exercices prati(iues faits à la Pitié et dans quelques autres établissements que nous indiquerons dans un instant. C'est là wwr besogm^ d'autant plus dure que les inlirmiers
— et il en est de même de beaucoui) d'élèves libres — se rinqtosent ajn'ès raccom])lissemenl de leurs obligations quotidiennes, hospitalières ou autres.
Les exercices iiVtitiques ont continué sous l'habile et dévouée direction de INI""^ Graby, pour la chirurgie, de M™'' BoissiÈRE pour la médecine, de M'"' Lota, pour les soins à donner aux femmes en couches et aux enfants nouveau-nés ; par M. Thévenot et M""' Godeau pour la pose des ventouses ; par M. Yves et M""-" Carizev pour les bains et les douches.
Quelques remarques sur chacune des parties des exercices pratiques ont, ici, leur place.
Le cours de M""-' Graby comprend l'enseignement de toutes les pièces et articles de pansements, les appareils de fractures, l'application des bandages, la reconnaissance de tous les instruments, leur préparation pour les diverses opérations, l'antisepsie des instruments, etc., etc. Il a eu v lieu trois fois par semaine, de 3 à 4 heures, du 22 octobre au 5 avril, et de 6 h. 3/4 à 8 heures du 11) avril jusqu'à la mi-juillet. Cette dernière heure, en été, est choisie afin de permettre aux élèves infirmiers 'et infirmières des autres établissements qui suivent les cours de la Pitié, de venir plus facilement profiter de l'enseignement pratique et de compléter celui qu'ils reçoivent dans les cours auxiliaires. Eux et les élèves lilîres, appréciant l'utilité de ces exercices, ont été très assidus. Nous avons appris, avec regret, qu'il n'en avait pas été de même des infirmiers et des infirmières de la maison même, qui, cependant peuvent mieux en profiter et sans déplacement.
Le cours de M"'' Boissière comprend la reconnaissance et l'administration des médicaments, de l'instrumentation médicale, l'application des topiques, la prise de la tempéjrature, les injections sous-cutanées, la façon de faire les its, leur nettoyage, les formalités à la réception du malade, à sa sortie, en cas de décès, etc., etc. De plus, elle a fait, pendant l'année, comme les années précédentes d'ailleurs, un grand nombre de leçons sur le inassage. « Plusieurs élèves libres, nous a-t-elle dit, sont venues
faire du massage dans les deux salles de mon service, hommes et fomnies. (-c^s massages oui (■(('■ faits avec régularité et de véiiliihlc sucrés ont été olitciuis grâce à la persévérance de ces élèves. » l']t, dut la modestie de M'"*^ Boissière en souffrir, nous ajouUn-oiis, grâce également à son activité, à sa bonne volonté. Les infirmiers et infirmières de la Pitié n'ont pas apporté le même zèle.
Douze leçons ont été faites par ^I"'' Lota, sur la conduite à tenir par l'inlirmière envers une femme enceinte, à son entrée à l'hôpital, sur ce qu'il faut préparer pour l'accouchement normal ou non, jiour la toilette de l'accouchée et celle de l'enfant, etc., etc., sur l'emmaillotement, la mise au sein, le pesaii'e, etc. Les élèves étaient divisées en deux séries pour que l'enseignement l'ut i)Ius ju'olitable, les exercices mieux com])ris et ]dus souvent répétés par chacune des élèves,
h' enseignement do la pose des ventouses a été faitpkis complètement que jamais. Cinquante leçons, nous assure M. JoLY, votre directeur, ont été données au lit des malades et tous les jours les élèves ont été successivement appelés à pratiquer eux-mêmes, dans leurs salles, cette petite opération, sous la direction de M. Thévenot et de M"" GoDEAU. Mentionnons vingt leçons sur l'administration des bains de vapeur au lit des malades, puisque à la Pitié, l'organisation très défectueuse des bains ne permet pas qu'il en soit autrement.
Le baigneur (M. Yves) et la baigneuse (M"'* Carrizey), le premier en dix, la seconde en douze leçons ont enseigné la manière de donner les bains et les douches, les précautions à prendre en ce qui concerne la température, le linge et tous les soins réclamés ])ar le malade, selon son degré de maladie ou d'infirmité et selon les prescriptions spéciales qui peuvent être ordonnées par le chef de service.
« Pour compléter V enseignement professionnel, répétions-nous déjà l'an dernier, nous avons demandé la créa- ;
tion d'une bibliothèque et d'un musée professionnels dans chacun des établissements-écoles, et nous ajoutions :
« Déjà, ici. notre ami M. Petit- Vendol a pris l'initiative d'un musée spécial. Grâce à son zèle, il se compose dès maintenant d'appareils servant au cours de pansement, de nombreux bocaux contenant des substances médicamenteuses, d'un squelette, de cartes murales d'anatomie, et de la vitrine aux instruments. Malheureusement les locaux font défaut. Il nous faudrait des pièces convenables, à côté de l'amphithéâtre des cours, pour le musée et la bibliothèque. Il se trouvera peut-être un jour un homme autorisé par sa situation pour obtenir du Conseil municipal, les moyens de réaliser cette organisation idéale.
Depuis le jour ou nous prononcions ces paroles, une amélioration dans ce sens a été réalisée dans cet hôpital : « Parmi les diverses transformations que j'ai pu réaliser, nous écrit ^I. Joly en réponse à une demande de renseignements, l'Administration a bien voulu m'autoriser à déplacer le magasin si mal situé à tous points de vue au premier étage et à l'installer dans les caves et j'ai pu ainsi proposer à l'usage d'un 777 usée et d'une bibliothèque l'aménagement de cet ancien magasin, attenant précisément à la salle des cours. Là nous avons réuni dans diverses vitrines les instruments dont les élèves doivent connaître le nom et l'usage, les appareils et objets de pansement, les substances médicamenteuses, le squelette, les nombreux dessins et cartes anatomiques qui, accrochées aux murs, peuvent servir très utilement à l'instruction des élèves. De même les Manuels mis en réserve peuvent être étudiés par les travailleurs qui trouvent à consulter dans cette salle tous les documents utiles à leur instruction professionnelle. Nous avons été heureux d'avoir pu trouver cette combinaison dans un vieil établissement où le plus petit coin disponible n'est pas facile à trouver. Bien qu'elle soit loin d'être parfaite, cette installation marque un progrès sérieux dans l'organisation de notre Ecole. »
Par suite des difficultés qu'éprouvent les élèves des
autres hô]")itaux, surtout durant la mauvaise saison, à se rendre aux exercices pratiques qui se font dans les salles de cet hôpital, sur notr(> proposition, il y a quelques années, 'M. Peyron a organisé des cours pratiques dans quatre hôpitaux.
Voici quelques renseignements sommaires sur les cours supplémentaires qui m'ont été transmis par les maîtresses qui en sont chargées :
1" A Vhôpital de la Charité, les cours, faits par M"* HuLOT, sous-surveillante, ont eu lieu trois fois par semaine. La moyenne des élèves a été de 16 infirmières ou infirmiers. Se])t seulement ont travaillé dans le but d'avoir leur diplôme (4 infirmiers et 3 infirmières).
A VJiôpifal Tenon, les cours confiés à M'"' Larmet, surveillante, ont commencé en novembre, et ont eu lieu une fois par semaine de 4 h. à 5 h. 1/2.
A Vhôpital Necker, les cours pratiques sont faits par ]yjme Chivot, et M"*^ Fanny Schewerchlein, sous-surveillante, aidés par M. Artreux (petite pharmacie) pour le personnel de cet hôpital et pour celui des Enfants-Malades. Chaque semaine deux leçons ont été faites de 3 à 4 heures, par M""' Chivot (Instruments, bandages, etc). Au commencement de l'année scolaire elle avait 20 élèves, dont 4 suivant les cours de l'Ecole de la Pitié et un diplômé. M"* Schewerchlein a fait son cours trois fois par semaine pendant une heure. Elle avait 17 infirmiers au début ; ce chiffre est descendu à 3.
A Vhôpital Cochin, les cours pratiques ont été faits par M'"*^ Boisson', sous-surveillante diplômée. Il y a eu 200 séances d'une heure à une heure et demie. Ils ont été suivis par 75 élèves, provenant des hôpitaux suivants :
Cochin,
Enfants Assistés.
Larochefoucauld.
Maternité
Elèves libres
Infirmières
Infirmiers
De plus, 12 infirmières et k infirmiers de Cochin, diplômés, se conformant à nos conseils, ont eu la bonne idée de profiter de ces cours. Ils ont donné là un bon exemple et nous les signalons à la bienveillante attention de M. le Directeur de l'Assistance publique. Pendant toute l'année scolaire, les élèves, à l'exeption de celles de la Maternité, ont fait preuve d'une réelle assiduité.
Parmi les élèves de la Pitié figurent plusieurs infirmiers etinfimières de l'hôpital Boucicaut. Bien ({ue toutes n'aient pas leur diplôme, elle sont très méritantes, n'ayant pas hésité à venir de si loin pour assister aux cours. Leurs examens pratiques ont été généralement bons, grâce aux leçons pratiques qu'a bien voulu leur faire, M. Scheffer, interne des hôpitaux, attaché au service de notre collègue et ami, M. Letulle. C'est là une collaboration toute spontanée que nous voudrions rencontrer partout. Si les internes et les chefs de services voulaient s'intéresser un peu à l'instruction de leurs infirmiers et infirmières, en peu de temps, nous aurions dans tous les hôpitaux un excellent personnel. Cet appel à la collaboration de tous, nous l'avons l'ait bien des l'ois, mais il n'a pas été entendu. Sauf à l'hôpital Cochin, ces cours auxiliaires auxquels devraient assister par séries les infirmiers et infirmières de l'établissement même et des hôpitaux voisins n'ont pas rendu tous les services que l'Administration a le droit d'attendre.
Les examen.s pratiques qui ont occupé trois longues séances ont été pasés par 174 élèves.
Infirmières de la Pitié 33
Infirmiers de la Pitié 27
Infirmières des établissements 46
Infirmiers des établissements A3
Élèves libres, femmes 25
Total 174
Ici comme dans les trois autres écoles, nous avons noté qu'une partie des élèves avait une instruction très satis-
— refaisante. 49 sont pourvus du certificat d'études, une du diplôme de sage IVninie, 8 du ])rcvet élémentaire et 1 du brevet supérieur.
Au nombre des élevés de cette école figurent les infirmières de l'hospice des Enfanls-assistés. Leur directeur, M. jMay, veille avec soin à ce qu'elles suivent les cours primaires du soir, institués dans cet établissement et dirigés par ]M"^ Glais, munie du certificat d'aptitude pédagogique et du bi"e\('l siipéi-ieur cl dont l'éloge n'est plus à l'aire. Quel([ues infirmières de l'hôpital Cochin et de la Clinique Tarnier se soint jointes à celles des Enfants assistés. Deux ont eu leur certificat d'études (1).
Cette année le noml)r(> des diplômes de l'école de la Pitié est de 108 ainsi répartis :
Infirmières de la Pitié 23
Infirmiers de la Pitié i4
Infirmières des établissements 27
Infirmiers des établissements 24
Elèves libres 20
Total i08
Le nombr(> total des diplômes de la Pitié, dejtuis 1.883 est de 1.363. Le chitTrc de 1897-1898 est inférieur de 24 à' celui de 1896-1897, bien que le nombre des élèves inscrits soit plus considérable. Cette différence tient, pour une part, à ce que le personnel a été davantage éprouvé par la maladie, ]iour une plus grande ]iart à l'insouciance, aux man- (jues d'cfïort d'un grand nombre d'élèves qui se sont figurées que les cours étaient de médiocre importance, qu'en faisant seulement une ou deux compositions afin d'avoir le minimum exigé, elles auraient leur di])lôme. Mal leur en a i)ris. Elles ont \)n s'apercevoir de leur méprise et constater, à leurs dépens, que /i'apas le diplôme qui veut. Aussi, sur les 177 élèves qui ont passé les examens pratique, si 108 ont leur diplôme, 69 ont échoué, faute des
(1) Mlle» Redu et Blanchard.
points nécessaires dans l'une ou l'autre des matières du programme. Le tableau ci-après indique par catégorie, les diplômés et les non dii)lômés :
Ont passé Sont N'ont pas les examens diplô- eu les points pratiques. mes. voulus.
Élèves libres 2.") 20 T»
Infirmières de la Pitié 35 23 12
Infirmiers de la Pitié 27 14 13
Infirmières des Etablissements.. 4(i 27 1!)
Infirmiers des Établissements . . 44 27 10
Infirmières des établissements . . 43 24 20
Total 177 108 G9
Nous avons parlé à Lariboisière de l'insufTisance de Tinstruction primaire d'une ])artie d(>s élèves, insulïisance, qui diminue d'ailleurs d'année en année, et nous avons proposé le moyen d'y remédier et de ne laisser i)articiper aux compositions que ceux et celles qui peuvent utilement les faire. M. le D' N.\pi.\s examinera cette proposition et décidera.
Les compositions, au nombre de trois par chaque branche de l'enseignement, ont à nos yeux une grande importance. Elles obligent les élèves à formuler leur pensée sur les questions posées et les [préparent à une tâche qui ira s'imposant progressivement, c'est-à-dire savoir prendre, à l'entrée des blessés, au])rès des i)ersonnes qui les accompagnent, des renseignements détaillés sur l'accident qui amène le blessé à l'hôpital, les circonstances dans lesquelles il s'est produit, les ])hénomènes qui en ont été la conséquence ; — des renseignements aussi sur le début, la marche et le traitement, quand il s'agit d'une personne atteinte de maladie interne.
Enfin, les compositions préparent les élèves à prendre, chaque jour, dt's notes précises sur les changements, les complications observées chez les malades de leurs salles, entre la visite du matin et celle du soir ou durant la nuit.
Cette tâche, nous la faisons remplir depuis bien long-
temps par nos infiniiicrs et surtout nos infirmières de Bicctre. Elle devra conslilucr une des i)articularilés de l'École de perfectionnement dont la création, à la Pillé, est toujours à l'élude el st'i;i sans doute réalisée proehainement. Nous en avons i)ai-lé trop souvent ici même, pour que nous ayons besoin d'y revenir avant la solution définitive.
Dans toutes les écoles d'infirmières, principalement à la Pitii', à T,a)'il)oisière et à la ISnlpêtrière, il y a un certain nond)r('(r(''lèves libres et, parmi elles, il y en a qui exercent en ville la profession de (jarde-mala.de. Nous leur rappelons ([u'elles ont intérêt à s(> faire inscrire sur le Registre, établi au bureau de la direction et destiné à être mis à la disposition des familles de la ^'ill(■ qui ont besoin de garde-malades.
Nous ^ous a\ ons raïqx'b' naguère dans quelles conditions M. Pi: viiON voulait et faisait procéder aux 23/'onîoh'o/is, que toujours il exigeait le diplôme. Depuis un an, une seule première infirmière (diplômée) a été promue sur place su[)])léante et deux sous-sufveillantes ont été élevées à la première classe de leur grade. Peut-être serait-il plus pratique, plus avantageux, pour le bien du service hospitalier et partant d(>s malades, dv faire ])orter progrès" sivement les augmentations de salaire non ]ias uniformément sur tous, dès l'entréi', mais sur les infirmiers instruits, au bout d'un temps à fixer, et d'augmenter le nombre des premiers infirmiers, des premières infirmières, les autres étant en quelque sorte des apprentis infirmiers, — tles j)robatioiiers selon les Anglais.
Arrivons maintenant à la ]>arlie la plus délicate de notre tâche, aux revendications.
Nous avons hésité à revenir sur la question des logements, mais elle est si importante au point de vue du recrutement du personnel, que nous croirions manquer à notre devoir, si nous n'y revenions ])as jusqu'à ce qu'elle ait
reçu une solution drlinilive. La situation, ici, est toujours aussi déploral)le. Depuis 20 ans, nous protestons contre rinsalu])rit6 de ces halîitations. M, Gras s'est joint à nous pour en faire, au Conseil municipal, un tableau saisissant, mais rien n'est changé : les infirmiers couchent toujours dans un immense grenier où l'on ne peut se tenir debout, où manquent également l'eau et les cabinets d'aisances ; cette installation échappe à toute description.
Les infirmières, logées dans le bâtiment nommé « le Tonkin », sont entassées à trois dans chaque chambre où deux seraient à peine à l'aise et, comme les infirmiers, elles ne peuvent avoir près d'elles même un meuble dans lequel elles puissent ranger leurs vêtements. Elle sont ainsi contraintes, matin et soir, d'aller chacune dans leur service pour y faire leur toilette, s'y habiller et s'y déshabiller dans les offices [ou dans les salles. Tout le monde comprend combien ces promenades forcées sont incompatibles avec la discipline, sans compter qu'elles sont une cause de fatigue et de danger pour la santé du personnel.
Cette situation restera sans issue tant que l'on n'aura pas construit dans les vastes terrains disponibles de la Pitié une maison bien aménagée à l'usage des sous-employés et serviteurs, comme celle qui a été construite à l'asile de Villejuif, aux Enfants-jNIalades et à Necker : là, chacun pourrait, dans une chambre vraie, ranger ses vêtements, faire sa toilette et, si le séjour en était agréable, y consacrer, de temps en temps, quelques heures au repos ou à l'étude. Nous sommes loin de cet idéal. Disons cependant ([ue (quelques médecins des hôpitaux, vingt ans après nous, se sont aperçus ([ue vos logements étaient défectueux et ({u'il fallait les améliorer si l'on voulait sérieusement lutter contre la tuberculose dans les hôpitaux.
Très ému de cette situation contre laquelle il est impuissant, le directeur de la Pitié a cherché, })ar tous les moyens, à diminuer les dangers de cette inhumaine
installation et saisit toutes les occasions d'en adoucir les tristes elTcls, Pour obvier au défaut de ]>lace, qui est une des causes princi})ales (l"insalul)ril(', il autorise tous les infirmiers mariés, (|ui en l'ont la demande, à loger au dehors. « Si, dit-il, celle catégorie n'existait pas, il me serait lualériellenn'nl iiuiiossible de trouver un coin disponible dans la maison pour y loger la totalité des infir mier. » De jilus, par suite du dé])lacement d'un laboratoire, deux chambres assez vastes se sont trouvées vacantes, votre directeur a eu la bonne idée d'y installer cinq inlirmiers : là, ils ont l'eau dans les chambres même et chacun a une armoire à sa disposition. Cinq infirmiers se trouvent donc convenablement installés. C'est malheu: reusement tout ce qu'il a été possible de faire.
tenant aux dortoirs des femmes, à la suite de la visite que, sur notre appel, voulut bien faire M. Peyron, il y a un an, ils ont été repeints, mais la place manque toujours et l'on est contraint de loger trois infirmières dans de petites chambres où deux seraient à peine à l'aise. Cependant votre directeur, ])Our améliorer la situation dans la limite du possible, a fait mettre dans chaque chambre, une ])etite table et tous les menus objets indispensables ])Our la toilette, qui n'existaient pas. Enlin, ne pouvant l'aire davantage, faute de place, il a fait installer six armoires dans lesquelles six infirmières rangent leurs vêtements, ce qui sup]irime • — au moins pour celles-là — ■ l'ennui de s'habiller et se déshabiller nuUin et soir dans les services.
Dans de telles conditions, }Kn'sonnc ne peut s'étonner que le p(>rsonnel secondaire paie chaque année un lourd tribut à la maladie. Quelques chiffres à l'appui. Du l*^"" juillet 1897 au 1''' juillet 1898, ')2 d'entre eux ont dû interrompre moiuentanément leur service pour cause de maladie, soit 20 de plus (j[ue Tannée dernière pendant la mémo période.
Pour les hommes.
Bronchite et grippe 6
Fièvre typhoïde 2
Rhumatisme 1
Pneumonie 1
Alïections de l'estomac 1
Divers 2
Total 13
Pour les femmes.
Broncliite et grippe 23
Anémie 2
Rhumatisme 1
Pneumonie 5
Alïeclions de l'estomac 3
Divers 6
Total 40
Ce nom])rc est relativement très considéra])le, et encore on ne comprend dans ce taljleaii que les infirmiers et inlirmières soignés en salles, sans y faire iigurer les sousemployés des deux sexes, malades, qui se sont fait traiter à domicile.
L'autre jour à Lariboisière, où les habitations des infirmiers et infirmières sont peut-être encore plus insalubres, nous avons réclamé de nouveau, à défaut de la construction de pavillons spéciaux, l'extension du logement au dehors, moyennant indemnité, des infirmiers et des infirmières.
Nous sommes persuadé que cette mesure, appliquée progressivement, avec prudence, serait acceptée avec la plus vive satisfaction par une notable partie du personnel. « J'estime, nous a écrit une surveillante des plus zélées et des plus dévouées de l'Administration, qu'une infirmière, fille, femme mariée, veuve, avec ou sans enfants, qui a passé la journée ou la nuit dans un hôpital à faire son travail consciencieusement, a besoin d'un repos physique et surtout moral qu'elle ne trouve qu'en changeant de milieu, dans les distractions de la vie extérieure ou au sein réconfortant de la vie de famille. La vie d'internat rebute vite : il faut, je le crois fermement, des dérivatifs à une
iDesog'iie qui, plus que toute autre, nécessite une application constante au devoir. On éviterait ainsi le découragement, on assurerait la ]ierscvérance dans la profession et l'on atteindrait le but qui est de conserver longtemps un personnel devenu excellent après bien des années de pratique. »
Nous terminerons ces considérations générales par quel({ues mots sur les lacunes ({ue présenteraient les Ecoles municipales, au dire de personnes, que nous supposons ])ienveillantes, mais (jui n'ont pas examiné d'une manière approfondie les détails de cet enseignement.
Le massage, qui est fait à Bicétr(\ à la Pitié, etc., a ])ris, l'année dernière et surtout l'ette année, une plus grande extension et cela parce que M'"*^ Boissière a su s'attirer l'estime de tous les chefs de service, qui, ayant confiance en elle, n'hésitent pas à lui contier leurs malades. Tout intirmier doit savoir masser, ce qui n'empêche pas ({ue, en ville, il n'y ait des infirmiers qui s'occupent plus particulièrement du massage.
Tout infirmier doit savoir poser des ventouses. S'il y a un ventouseur spécial, c'est pour éviter une dépense dans chaque salle.
Tout infirmier doit savoir préparer un bain, puis({ue pour beaucoup de maladies aiguës on donne des bains au lit des malades, ce qui n'empêche pas d'avoir un infirmier (lualifîé de baigneur.
Tout infirmier doit savoir faire des joansements : on en fait dans toutes les salles de médecine, aussi bien que de chirurgie, ce ((ui n'empêche pas de donner le nom de jianseur à l'infirmier i[ui en est plus particulièrement chargé dans certains services, par excmi)le aux consultations externes.
Nous ne concevons ])as un infirmier qui ne saurait ni faire un pansement, ni poser des ventouses, ni donner un bain, une iu/rr/uiè/'e (jui n'aurait pas ces connaissances
et qui serait incapable de secourir une femme en couche, d'emmailloter un nouveau-né, etc.
Tous, et non pas quelques-uns, doivent être aussi au courant de V antisepsie médicale et chirurgicale. A l'origine des Ecoles, les professeurs ont toujours insisté sur la jjropreté la plus absolue et dès que l'antisepsie, qui n'est au fond qu'une extrême propreté, complétée par l'introduction de médicaments spéciaux, a été mise en pratique, tous les maitres de l'enseignement professionnel, hommes de progrès, l'ont enseignée dans leurs cours : cours de pansements, cours sur les soins à donner aux femmes en couches, etc.. En parcourant les différentes éditions du Manuel de l'Infirmière, on constate que Vantisepsie y occupe chaque fois une place de plus en plus grande. En outre, depuis 1883, nous avons tous les ans, donné des dictées, aux cours primaires, sur l'antisepsie, empruntées à différents ouvrages et en dernier lieu au Manuel de notre très regretté ami le D'" Nicaisc.
On a parlé récemment des Infirmiers sanitaires. Or, à notre avis, surveillants et surveillantes, infirmiers et infirmières, doivent posséder des connaissances d'hygiène qui les mettent en mesure de veiller, non pas par période, mais du matin au soir, à Vhijgiène de leur salle, de leurs malades et cV elles-mêmes. Dans un hôpital, tout le monde, depuis le directeur jus([u'aux infirmiers, doit ou devrait être un agent sanitaire.
Notre but a toujours été de former des infirmiers et des infirmières et ultérieurement des surveillants et des surveillantes possédant une instruction professionnelle complète, c'est pourquoi nous avons réclamé sans cesse dans les établissements-écoles ce que nous avons appelé le roulement de service en service.
L'ëco^e de perfectionnement devrait compléter l'instruction acquise à Bicêtre. à la Salpê trière et à Lariboisière. Toutefois comme La Pitié elle-même ne renferme
Écoles d'infirmières. 3
que des adultes, il conviendrait d'établir, par séries, un roulement dans les hôpitaux d'enfnnls. dans les services où il y a une crèche et peut-être à l'hôpital Saint-Louis. En tout cas on devrait exiger des candidats à la direction d'une crèche, d'abord le diplôme, ensuite un stage de deux ou trois mois dans un hôpital d'enfants, enfin un stage d'un ou deux mois dans une crèche d'hôpital.
La liste des réformes que nous demandons est bien longue, malheureusement chaque année n'en diminue pas la longueur. Pour alioutir, il l'audrait des sacrifices pécuniaires considérables et l'Assistance publique est impuissante. En effet, contrairement à une opinion très-répandue, ses ressources sont très-limitées : loin d'être riche, elle est pauvre. Seul, le Conseil municipal de Paris est en mesure de procurer les ressources nécessaires à leur réalisation. Toutefois il est juste de reconnaître que s'il y a encore bien des réformes à réaliser le Conseil municipal et l'Assistance publique en ont déjà accompli un certain nombre dont vous profitez. Vous les devez, ne l'oubliez pas, à la Répu]di(|ue, dont, aujourd'hui plus ({ue jamais, vous devez vous montrer les plus ardents défenseurs.