AGENTS PHYSIQUES
Pour en revenir aux excitants physiques, il me paraît donc indispensable de donner aux malades le plus d'air et de lumière possible, conditions nécessaires à la vitalité de tous les organismes. Les en priver, c'est contribuer au ralentissement de leurs fonctions, qu'on doit au contraire s'efforcer de stimuler.
Ce ne sont là d'ailleurs que des conditions hygiéniques utiles, mais qui ne sauraient constituer une méthode thérapeutique à elles seules. La cure d'air, la cure d'altitude, le séjour au bord de la mer, très loin d'être favorables aux hystériques leur sont au contraire nuisibles.
Les grandes altitudes et l'air salin sont particulièrement contre-indiqués : ils sont trop excitants. Or, s'il est nécessaire que les hystériques soient dans des conditions de fonctionnement aussi normal que possible, il ne faut pas oublier que toute excitation trop vive amène chez elles un épuisement et que cet épuisement favorise et entretient l'état hystérique. J'ai vu maintes fois des hystériques à l'état latent présenter leurs premiers accidents, des crises en particulier, à la suite d'une saison sur la montagne ou au bord de la mer.
Ce qui leur convient le mieux c'est la campagne, la plaine, le bord des lacs, tout ce qui est calmant, reposant. Il ne leur faut que des excitations de moyenne intensité surtout quand elles doivent être prolongées.
Les conditions de température doivent être prises aussi en considération. Le froid est mauvais pour les hystériques, par la raison bien simple qu'il les anesthésie, et les engourdit davantage. J'ai vu plus d'une fois des troubles reparaître après une exposition au froid. Les appartements qu'elles habitent doivent donc être toujours à une température plutôt élevée, que justifie d'ailleurs leur mauvaise circulation et leur vaso-constriction.
Une condition atmosphérique qui ne leur est pas moins contraire, c'est les basses pressions, qu'elles accompagnent la neige ou plus encore l'orage. Il s'y joint dans ce dernier cas un élément nouveau, l'électricité, qui provoque chez elles de l'énervement et des crises avec une grande facilité,
flO TRAITEMENT GENERAL DE L HYSTERIE
exagérant d'ailleurs simplement le malaise produit chez la plupart des gens et même des animaux par les mêmes conditions.
Quant au climat^ il ne semble pas qu'il y en ait de plus ou moins recommandable, et il suffit d'ailleurs de constater qu'on rencontre des hystériques partout pour juger de sa valeur.
D'ailleurs, il ne faut pas croire que tel ou tel procédé suffise jamais à lui seul, quand il s*agit, bien entendu, de cas anciens, de troubles plus ou moins généralisés, avec des stigmates profonds et invétérés. On n'a pas trop de tous les procédés que nous avons à examiner soit physiologiques, soit psychologiques, pour en venir à bout.
Excitations sensitives.
L'anesthésie traduisant l'engourdissement cérébral, la diminution d'activité, l'inhibition des centres corticaux, tous les efforts doivent tendre à la faire disparaître. En même temps qu'on réveille les fonctions organiques, qu'on excite la vitalité générale par les moyens généraux que nous venons de voir, on doit s'appliquer à restaurer la sensibilité sous toutes ses formes. Pour y arriver nous avons plusieurs procédés de valeur très inégale et qui doivent être appliqués suivant les différents cas, sans qu'on puisse donner de règles bien précises pour leur adoption. C'est une question d'espèce, si je puis dire, et tel procédé qui sera très utile à un moment donné devra être mis de côté à une phase ultérieure du traitement. C'est au médecin traitant à juger de l'opportunité de leur emploi ou de leur abandon. Je les examinerai en allant des plus généraux aux plus particuliers.
Mécanothérapie .
Je placerai en première ligne la mécanothérapie qui peut rentrer à la fois dans la catégorie des excitations fonctionnelles générales et dans celle que nous examinons maintenant. Elle constitue en effet un moyen de régula-
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riser et d'activer la respiration et la calorification, et en même temps de réveiller la sensibilité. Elle est de plus une méthode psychologique. « Il n'y a pas, dit en efîet Bain, de sentiment de notre nature plus important que celui de la résistance. De toutes nos sensations c'est la seule jamais interrompue... Nous portons sans cesse en nous le sentiment ou la notion de la résistance. » En mettant en jeu ce sentiment, en développant cette sensation, on a donc un point de départ pour agir par propagation sur l€s autres notions personnelles. Sous son apparence purement physique, la gymnastique a donc ainsi la valeur d'un procédé psychologique.
L'action des mouvements sur les fonctions générales de l'économie est bien connue, depuis les travaux de Lagrange en particulier, qui a introduit en France les méthodes de la gymnastique suédoise, si précieuses dans un grand nombre de cas. Mais la gymnastique spéciale que je vais indiquer diffère de la gymnastique suédoise ordinaire. Je ne parle pas, bien entendu de la mécanothérapie faite avec les appareils compliqués et ingénieux de Zander, qui me paraissent très inférieurs comme effet à la vieille gymnastique d'opposition. C'est de celle-ci que je me sers presque uniquement en la modifiant de la façon et pour les raisons que voici :
La modification consiste dans l'emploi des mouvements passifs forcés, i 'avais remarqué en effet que, chez les hystériques anesthésiques, la sensibilité qui persiste le plus longtemps ou celle qu'on réveille le plus facilement est la sensibilité articulaire. Lorsqu'on fait exécuter à une articulation d'un membre anesthésique un mouvement passif forcé ou un mouvement de torsion, on détermine assez facilement de la douleur, alors que les excitations les plus fortes sur la peau et les muscles ne sont même pas perçues. Après quelques manœuvres on constate que la sensibilité des régions articulaires commence à reparaître, et en continuant par des mouvements des muscles qui s'insèrent au voisinage de l'articulation, on voit la sensibilité de la peau qui les recouvre reparaître à son tour ainsi que la sensibilité musculaire. JUais, f insiste sur ce point
il2 TRAITEMENT GÉNÉRAL DE l'hTSTÉRIE
capital, il faut faire usage de mouvements forcés, et arriver à provoquer de la douleur articulaire.-
Lorsque la sensibilité articulaire a reparu, le sujet, reprenant conscience des mouvements qu'il exécute, sans le secours de la vue, peut agir volontairement. A partir de ce moment on rentre dans Tapplication de la gymnastique suédoise d'opposition. On ordonne au sujet de résister au mouvement qu'on va lui faire faire : il doit tendre le bras ou la jambe de toutes ses forces par exemple, si on cherche à les fléchir, et réciproquement. On passe ainsi en revue tous les mouvements des membres, on met successivement en jeu tous les groupes musculaires, jusqu'à ce que l'on constate la réapparition de la sensibilité superficielle, puis profonde, des parties.
Tout d'abord on n'a que des résultats peu durables, puis peu à peu la sensibilité persiste et le sujet reprend de plus «n plus conscience de tous ses mouvements, quelle qu'en soit l'amplitude. Dans les premiers temps la résistance est faible, l'effort d'opposition est non seulement peu intense, mais de courte durée et cesse brusquement. Puis, peu à peu il devient plus marqué^, plus soutenu ; il n'y a plus de relâchement subit des muscles ; la volonté en un mot reparaît et avec elle la force, en même temps que la conscience est plus nette. On est quelquefois surpris de la rapidité avec laquelle la force et la conscience musculaire reviennent sous l'influence de cette gymnastique.
On constate également que bien des mouvements, qui ne paraissaient pas modifiés, étaient en réalité loin de s'accomplir avec l'amplitude et la précision normales. Quand l'hystérie se développe, le sujet limite de plus en plus ses mouvements ; il les évite quelquefois volontairement parce que, au-delà d'un certain degré, ils sont douloureux ; ou bien c'est inconsciemment, par suite de la perte du sens musculaire, qu'il ne les accomplit plus qu'imparfaitement. On doit donc toujours s'assurer que les mouvements passifs peuvent être exécutés dans toute leur amplitude, et il est rare qu'alors on ne constate pas que, si on veut la leur donner tout entière, on détermine
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de là douleur, soit dans rarticulatîon mise en jeu, soit dans les muscles qui Tentourent.
En forçant le mouvement à s'accomplir dans toute sod étendue, on provoque une sensation de tiraillement, qui cède peu à peu et finit par disparaître, laissant l'articulation plus souple et les mouvements spontanés plus amples, sans douleur.
Après les mouvements d'opposition passive viennent ceux d'opposition active. Ce n'est plus alors résister à un mouvement que le sujet doit faire, c'est vaincre un obstacle par un mouvement volontaire.
Pour faire cette gymnastique, les résistances mécaniques me paraissent tout à fait insuffisantes, car elles ont le grand défaut de ne pouvoir pas être graduées au cours même du mouvemcQt. Sans douté, on peut régler l'appareil de façon à opposer chaque jour une plus grande résistance au sujet, ou employer une force plus grande pour la lui faire vaincre. Les appareils Burlot dans lesquels on fait des tractions sur des contrepoids qu'on peut graduer, peuvent rendre des services. Mais l'opposition vivante est bien préférable.
En même temps qu'on ordonne au sujet de résister au mouvement qu'on lui fait exécuter, on soutient son attention, sa volonté, son effort, par des encouragements, des excitations verbales. On le stimule ainsi physiquement et moralement. D'autre part on gradue instinctivement la force à employer suivant l'opposition qu'on rencontre, et le sujet, de son côté, fait de lui-mêtne un effort d'autant plus grand qu'il sent une force plus grande à vaincre.
Toute la stimulation qu'offre la lutte est ainsi obtenue, et les résultats sont bien supérieurs à ce qu'on pourrait obtenir de la force et de la résistance brutales d'une machine, douée d'un mouvement toujours le même, d'une puissance invariable et incapable de s'adapter immédiatement aux besoins.
Ces exercices doivent être de courte durée, dix à quinze ou trente minutes au plus, pour ne pas fatiguer le sujet. Il faut en effet se borner à l'action stimulante sans jamais
SoLLiER. — L'hystérie et son traitement. 8
provoquer d'épuisement. Je commence en général par les membres inférieurs, puis les membres supérieurs, puis le tronc et enfin le tronc et la tète.
Si nous résumons Tordre dans lequel s'exécutent les exercices mécanothérapiques des membres, du tronc et du cou, nous avons le tableau suivant :
Mouvements forcés des articulations par : flexion, extension, torsion.
Opposition passive aux mouvements de : flexion, extension, rotation, adduction, abduction.
Opposition active par des mouvements de : flexion, extension, rotation, adduction, abduction.
Mais si les mouvements forcés et maxima sont capables de réveiller la sensibilité des membres, il était vraisemblable que si Ton pouvait faire fonctionner de la même façon les viscères, dont la diminution fonctionnelle tient aussi à leur anesthésie, on réveillerait de même leurs fonctions. Cette conséquence naturelle de la théorie physiologique de l'hystérie s-'est trouvée confirmée par l'expérience et la pratique.
J'ai donc institué une sorte de gymnastique viscérale portant surtout sur les organes de la respiration et de la digestion.
Appareil respiratoire. — La gymnastique respiratoire a une importance très grande et qui augmente encore si on se rappelle que la diminution de la respiration est une des principales causes, sinon la seule, du sommeil des hibernants, et que l'hystérie n'est en réalité qu'une espèce d'engourdissement, de sommeil, des centres corticaux. Or^ la respiration est toujours diminuée chez les grandes hystériques, et elle l'est davantage du côté anesthésie. Toutes les parties des voie3 respiratoires peuvent être atteintes, depuis le nez, jusqu'aux plus petites ramifications des bronches.
A cette diminution de fonction^ réduite quelquefois au strict nécessaire, il faut opposer des moyens capables de la rétablir dans son intensité normale.