GYMNASTIQUE VISCÉRALE H
La gymnastique respiratoire consiste d'abord à provoquer des inspirations forcées, en faisant exécuter au sujet les mouvements passifs de la respiration artificielle d'une part et en Texcitant en même temps par des encouragements à respirer de plus en plus profondément. On cons^ tate vite, au bout de quelques inspirations, que le sujet se met à tousser, à éprouver des picotements dans la gorge, où il ne sentait pas Tair passer. Puis peu à peu il le sent pénétrer plus bas dans la trachée, et avec un peu d'habitude il est très facile de voir à quel niveau il cesse de le sentir. Sous l'influence de ces mouvements et de ces inspirations^ l'amplitude des expansions thoraciques augmente ; la toux, spasmodique d'abord, cesse pour faire placfe à une sorte de sifflement, puis de simple rudesse au passage de l'air. S'il y avait de l'anesthésie des voies respiratoires supérieures, avec anesthésie superposée du cou, ces troubles de sensibilité s'atténuent et finissent par disparaître, en même temps que l'expansion thoracique maximum ne détermine plus de douleur ni de gène. Je considère en général que la respiration est revenue àla normale quand le sujet n'éprouve plus la moindre irritation à la gorge en respirant fortement, et sent l'air pénétrer jusqu'au bas de la trachée. Cela s'accompagne souvent d'un phénomène, dont il était auparavant incapable, le bâillement.
On verra sous l'influence de cette gymnastique l'amplitude du thorax augmenter, et au lieu de la poitrine rétrécie, des épaules rapprochées en avant, l'élargissement de la première et l'effacement des secondes. En même temps le tracé respiratoire montre qu'il a plus ou moins notablement augmenté d'amplitude. On comprend sans peine l'influence que ces progrès respiratoires ont sur la nutrition générale.
Tube digestif. — Là encore il y a diminution de fonction par défaut de stimulus central et non par lésion. C'est encore la mise en fonctionnement de l'appareil qu'il faut chercher à obtenir par des moyens appropriés.
Pour Vestomac et Yintestin les choses sont un peu moins
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faciles à réaliser. Voici cependant comment on peut y arriver.
On sait que lorsqu'il y a anesthésie des viscères. Il y a en même temps anesthésie cutanée dans la région superposée au viscère intéressé, anesthésie cutanée qui ne va pas sans diminution de la contractilité des muscles de la paroi interposée. Quelle que soit la théorie qu'on invoque pour expliquer cette superposition, elle existe et le rapport entre la sensibilité superficielle et celle des organes profonds sous-jacents est hors de doute. Si donc je restaure Tune, Tautre va pouvoir reparaître par contre-coup.
En partant de ce principe, voici ce que j*ai imaginé. Comprimant la paroi abdominale avec la main, je fais faire au sujet des mouvements de contraction des muscles abdominaux pour s'opposer à cette compression. Il se passe alors pour eux ce qui se passe pour les muscles des membres : ils reprennent de la tonicité en même temps que la sensibilité de la peau devient plus vive et que le sujet a plus conscience des efforts et des contractions qu'il fait.
Progressivement je diminue la pression exercée sur la paroi et je laisse le sujet la contracter volontairement. Il déprime alors lui-même cette paroi, puis la tend, et en même temps on entend des gargouillements qui démontrent que l'estomac et l'intestin subissent l'influence de ces relâchements et de ces contractions. En dilatant le plus possible les fausses côtes, en contractant fortement les droits antérieurs, le sujet arrive à produire volontairement l'effet que je produisais au début parla compression avec la main; il fait refluer en haut son estomac et sa masse intestinale, puis les relâche et, contractant alors son diaphragme, il les pousse au contraire en bas. Sous l'influence de ces mouvements alternatifs de distension et de rétraction abdominales, il se produit une excitation des muscles gastriques et intestinaux, dont la contractilité augmente, et dont la sensibilité reparaît, en même temps que celle des muqueuses gastrique et intestinale, comme le prouvent, d'une part la sensation de vide stomacal que le sujet éprouve, alors qu'il n'avait plus conscience de son
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estomac, et n'avait plus de sensation de besoin, et d'autre part la disparition de la constipation. Là encore on constate le retour à la normale pour l'estomac quand surviennent des bâillements profonds, comme lorsqu'on a faim, et le sentiment de la faim elle-même ensuite.
Mais si ces exercices externes peuvent être utiles, le plus important de tous les excitants et le plus efficace pour le tube digestif, c'est l'aliment. Nous avons vu précédemment qu'il était nécessaire de surveiller d'une façon toute spéciale l'alimentation des hystériques. Mais ce n'est pas tout de les alimenter, il faut encore que l'aliment soit le plus excitant possible — je ne dis pas irritant — c'est-à-dire soit le plus capable d'exciter la fonction sécrétoire de la muqueuse et la fonction motrice de la paroi stomacale. Et ce n'est qu'avec le régime mixte qu'on obtient le résultat, avec le régime ordinaire : pain, viandes, légumes, fromages, fruits.
Il va sans dire que ce n'est pas du premier coup qu'on arrive au résultat. Dans bien des cas même les troubles sont trop profonds pour que ces exercices gymnastiques suffisent à les faire disparaître; mais quand ils sont peu intenses, ou que les autres procédés thérapeutiques les ont déjà atténués, cette gymnastique est très utile pour accélérer leur disparition.
Ce qui m'a du reste inspiré l'idée de ces mouvements, c'est que les malades les font spontanément quand ils recouvrent leur sensibilité par la méthode du réveil général que nous verrons plus. loin. Lorsque, pendant l'hypnose, on ordonne à une hystérique anesthésique de l'estomac, de l'intestin, ou de l'appareil respiratoire, de ressentir ces diflérents viscères, elle se livre exactement aux mêmes réactions motrices.
J'en avais conclu que si, sans l'endormir, on pouvait provoquer ces mouvements, soit d'une manière passive, soit d'une manière active, on arriverait au même résultat. C'est en effet ce que l'expérience m'a démontré, mais je dois ajouter que le résultat est moins facile à obtenir que pendant l'hypnose, parce qu'on a à lutter contre lafatigue du sujet à l'état de veille et que son attention est beau-
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coup plus difficile à soutenir sur ce qu'on veut lui faire faire. Ce procédé ne s'applique donc qu'à des cas relativement légers.
Exercices généraux. — C'est encore en me basant sur les réactions présentées par les hystériques réveillant leur sensibilité pendant l'hypnose que je fais exécuter aux sujets anesthésiques certains autres exercices généraux, qui ne rentrent pas du tout dans la gymnastique suédoise. La plupart des hystériques vous disent qu'elles éprouvent souvent le besoin de s'étirer les membres, de se renverser le tronc en arrière, de se secouer la tête. On dit dans leur entourage qu'elles sont « énervées ». En réalité cet énervement provient de la tendance de leur sensibilité à reparaître.
Elles font en grand ce que nous faisons en petit au réveil d'un sommeil profond brusquement interrompu. Nous nous étirons, nous nous frottons les yeux et le visage pour réveiller notre sens musculaire, nous dégourdir, nous exciter. Elles aussi ont le besoin de se réveiller, puisque, comme nous l'avons vu, leur état n'est qu'une espèce de sommeil, d'engourdissement. J'ai donc pensé qu'il pouvait y avoir intérêt à provoquer également, sans hypnose, ces mouvements.
Déjà, les mouvements d'opposition active dont nous parlons plus haut remplissent en partie ce but, mais j'y ajoute les exercices suivants, qui reproduisent exactement ce qui se passe quand un sujet, plongé dans l'hypnose, se réveille de lui-même par suite de la restauration de sa sensibilité. Le sujet, étendu à plat sur le dos s'étire les bras et les jambes, se renverse le tronc en arrière, cambrant les reins, s'arcboutant quelquefois sur les pieds et la tête, et soulevant le reste du corps. On peut l'aider en tirant soi-même sur ses pieds ou ses mains, en le soulevant par la nuque pendant qu'il, se tend d'une seule pièce tout le corps, en prenant point d'appui sur les talons. Le sujet, en faisant cela, éprouve des fourmillements dans le corps et surtout dans les membres, et ensuite des frémissements, une sorte d'énervement, à la suite de