EXERCICES GENERAUX
quoi se produit la détente, avec sentiment de mieux être, de souplesse et de force.
Enfin il est certains mouvements sur lesquels je ne yeux dire que quelques mots, car ils sont délicats à exécuter, à savoir ceux de la tête. Un grand nombre d'hystériques éprouvent de la gène dans les mouvements de rotation de la tête ; ils ne s'en aperçoivent pas quelquefois parce qu'ils limitent instinctivement cette rotation et se tournent tout d'une pièce dans la direction où ils veulent regarder.
£n même temps, ils éprouvent souvent des tiraillements dans la nuque comme si des ficelles — ce sont leurs propres expressions — partant de l'intérieur du crâne les tiraient en arrière.
En faisant exécuter d^s mouvements de rotation avec résistance à la tête on détermine des craquements, non seulement subjectifs, mais qu'on peut entendre soi-même, et à la suite de chacun desquels il y a un sentiment de relâchement musculaire.
Mais les choses ne s'arrêtent pas toujours là^et il arrive assez souvent qu'il se produit du côté du cerveau les réactions spéciales qui accompagnent le retour de la sensibilité cérébrale. Le sujet se met alors à faire osciller, à secouer sa tête à droite et à gauche, en même temps qu'il éprouve à l'intérieur toute une série de sensations que j'ai décrites ailleurs * et que je résumerai plus loin.
Mais ce qui est le plus intéressant ce ne sont pas ces sensations et ces réactions motrices, c'est qu'elles ne tardent pas à s'accompagner de phénomènes d'ordre psychologique. Ce sont d'abord des modifications de la mémoire , la réapparition rétrograde des souvenirs jusqu'au moment où la maladie a débuté, et parallèlement une régression de la personnalité ; ensuite le sujet redescend le cours de son existence, passant en revue dans son esprit toute la suite des événements, et éprouvant à leur occasion les mêmes états affectifs qu'alors. Le
* Genèse et nature de l'hystérie, t. I.
i20 TRAITEMENT GÉNÉRAL DE l'hYSTÉRIE
çaractèreredevient normal et la personnalité tout entière, physique, intellectuelle et morale du sujet, se trouve reconstituée et rétablie dans son état normal. Ces phénomènes me paraissent être une démonstration péremptoire de la nature toute physiologique de l'hystérie, pième dans ses manifestations psychiques.
J'ai pu très, souvent amener ces modifications d'une manière très. rapide par ces exercices gymnastiques gra-t dues, reproduisant à l'état de veille ce qui se passe dans le réveil général de la sensibilité pendant l'hypnose, auquel je ne procède que dans les cas où je ne peux pas faire autrement. Ce procédé a l'avantage de ne recourir à aucune suggestion, de ne pas endormir les sujets, de ne pas leshabituerainsi au sommeil hypnotique, de développer parallèlement chez eux la force musculaire: l'attention et la volonté, et enfin de leur donner un moyen, une fois le traitement terminé, de réparer eux-mêmes les désordres qui pourraient survenir daos leurs fonctions, sans, l'aide de personne, en exécutant eux-mêmes les exercices qu'on leur a appris, et qui sont d'ailleurs d'autant plus faciles à. comprendre que d'instinct ils ont tendance à les faire. .
-J'ai pu ainsi guérir complètement des cas d'hystérie généralisée, dans lesquels toutefois la sensibilité — bien qu'atteinte sous toutes ses formes et dans tous ses modes — ne l'était que peu profondément. Cette méthode m'a été particulièrement utile quand les sujets — et le cas est plus fréquent qu'on ne croit — n^ pouvaient supporter -la doucha sous aucune forme ou que les autres procédés avaient échoué. Combinée à l'isolement elle m'a paru, depuis que je l'expérimente^ supérieure à toutes les autres ayant pour but la restauration de la sensibilité, base de tout traitement de l'hystérie. Elle a donc une application générale et non pas limitée seulement aux troubles moteurs. .
Gharcot d*ailleurs l'avait entrevue quand il préconisait la rééducation des mouvements dans les paralysies hystériques. Mais il n'employait ce procédé qiie dans les paralysies/et encore dans les paralysies incomplètes, oùily
EXERCICES GÉNÉRAUX 12i
avait encore un certain degré de conscience des mouvements à exécuter et par conséquent assez de volonté pour le faire. Tout consistait à réveiller les fonctions en réveillant chez le sujet les représentations mentales du mouvement à accomplir, tant par le sens musculaire que par les autres sens que Ton pouvait mettre en jeu, et en particulier la vue. Ces exercices de rééducation qui ne pouvaient s'appliquer qu'à un petit nombre de cas étaient en conformité de la théorie de l'hystérie — maladie psyr chique — qui régnait alors. En réalité la mise enjeu de la motilité avait pour effet de réveiller la sensibilité dans les parties anesthésiées, et, par le retentissement de l'excitation sensitive sur le centre cortical, de réveiller ce centre lui-même,. d'où la réapparition des représentations ment taies.
D'ailleurs cette rééducation doit être poursuivie égale** ment dans les paralysies et les contractures hystériques, particulièrement dans les paraplégies des membres inférieurs. Nous aurons l'occasion, au chapitre du traitement des paralysies et contractures, d'examiner cette importante méthode en détail.
Pour faire faire cette gymnastique spéciale aux malades/ j'ai fait construire un lit articulé de telle sorte qu'on puisse soulever soit la partie seule sur laquelle reposent le tronc et la tète, soit cette partie et celle qui supporte les membres inférieurs en formant un dos d'âne, soit donner à tout le lit une inclinaison descendante de la tête aux pieds. Ce lit, composé de deux tables indépendantes accolées au milieu, est formé par un rembourrage à la fois souple et résistant, et sa hauteur est telle que le médecin qui opère puisse le faire facilement sans avoir à se pencher, et évite par là beaucoup de fatigue. Il est bien préférable en effet — autant que possible — que ce soit un médecin qui fasse faire aux malades ces exercices. Il peut être seul juge de l'effort qn'il exige du sujet et peut seul se rendre un compte exact des effets produits. Quand les phénomènes psychiques se déroulent, sa présence et sa direction deviennent encore plus nécessaires. C'est là,, san^ doute, un procédé très fatigant, mais avec les hystériques
et les nerveux en général on n'obtient rien sans peine, et plus le médecin participe lui-même à ce qu'il fait faire à son malade, plus le résultat est bon, plus Tefifet est grand. Si la constitution physique du médecin ne lui permet pas de faire exécuter lui-même cette gymnastique, il doit du moins y assister en personne, la diriger, exhorter luimême le sujet à faire ce qu'on lui demande^ et constater au fur et à mesure les effets produits, en un mot ne se servir de son aide que comme d'un manœuvre.
Je ne puis terminer ce chapitre de la mécano thérapie sans dire un mot du massage. Je n'en ai jamais vu aucun bon effet. Il n'excite pas la fibre nerveuse mais la fibre musculaire, laquelle, dans l'hystérie, n'est pas atteinte, même quand on fait du pétrissage. Quand on emploie l'effleurage, il provoque de l'énervement, surtout s'il y a de Thyperesthésie, ou dans d'autres cas il agit à la manière des effluves magnétiques et détermine un frisson de toutes les parties touchées sans que la sensibilité en paraisse modifiée à la suite. Dans les contractures et les spasmes, où il semblerait devoir agir plus efficacement, il ne produit non plus aucun résultat et les augmente même quelquefois. Je considère donc qu'il doit être absolument rejeté.
Hydrothérapie.
L'hydrothérapie, sous forme de « douches froides en jet brisé sur la colonne vertébrale et les membres, en laissant la tête indemne, et d'une durée de 30 secondes environ », telle a été pendant longtemps la formule consacrée par laquelle on la prescrivait aux hystériques de tout genre, dans tous les accidents divers. Il en faut rabattre beaucoup aujourd'hui, et dans bien des cas la douche froide est mauvaise et aggrave les phénomènes hystériques.
Je ne crois pas devoir entrer ici dans de grands détails sur la technique de l'hydrothérapie. Je veux cependant indiquer quelques conditions qui me paraissent bonnes à réunir quand il s'agit d'hystérie. Au lieu d'un jet de 10 à 12 millimètres à l'origine, sous une pression de 12 mètres