‹ L'hystérie et son traitementChapitre 28 sur 62 · SUGGESTION INDIRECTE · texte numérisé non relu

SUGGESTION INDIRECTE

malgré leur peu d'importance apparente^ ne finissent pas moins par influer sur sa conduite ordinaire^ et sur sa personnalité tout entière. A-t-on la prétention de faire au sujet une nouvelle personnalité, difTérente de la sienne propre, de celle qu'il aurait si elle s'était développée normalement; a-t-on la prétention de lui imposer à tout jamais une ligne de conduite, une manière de sentir et de penser, avec quelques séances de suggestion?

Et à quoi ne se trouve pas exposé un pareil sujet, si son suggestionneur vient à lui manquer! Ou il retombe, avec un désordre plus grand dans les idées, et une volonté, un jugement plus faibles pour se diriger au milieu de tout ce qu'il y a en lui de pathologique et d'artificiel. Ou il passe sous la coupe de quelque autre suggestionneur — médecin ou non — grâce au développement 'de sa suggestibilité. C'est Tincurabilité presque à coup sûr.

En résumé la suggestion directe, hypnotique ou non» augmente la suggestibilité et par là développe l'état hystérique, affaiblit la volonté et le jugement, trbuble la personnalité, réduit le sujet à l'état d'automate et l'expose par là à toutes sortes de dangers et à l'incurabilité définitive. Elle peut faire disparaître quelquefois certains accidents, mais elle favorise souvent Péclosion d'autres ; efficace pour tout ce qui est inutile au traitement et à la guérison, elle reste souvent sans effet sur les accidents eux-mêmes; elle peut guérir un symptôme, elle ne modiûe pas les stigmates, elle ne guérit pas la maladie. Impuissante le plus souvent dans des mains expérimentées, au service d'une conscience scrupuleuse, elle peut devenir une arme funeste et dangereuse dans un trop grand nombre de cas. Tout la condamne, et rien ne justifie les risques auxquels elle expose les malades.

Suggestion indirecte.

De toute autre valeur est la suggestion indirecte. Bien loin de violenter les tendances du sujet, d'assujettir sa volonté, de développer son automatisme, elle réveille au contraire les associations d'idées, la réflexion, l'at-

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tention et le jugement. On n'a pas à craindre avec elle Topposition que certaines hystériques manifestent quelquefois avec tant de vigueur. Elle s'adresse en effet à leur personnalité sous-consciente. Mais il y faut beaucoup de doigté de la part du médecin ; il ne doit pas laisser apercevoir le but caché qu'il se propose en disant certaines choses ou agissant de certaine manière. C'est dans la conversation qu'il est le plus facile de glisser d'une manière indifférente, comme une chose toute naturelle, la vérité qu'on veut faire entrer dans l'esprit de son malade. Souvent même, et c'est encore préférable, c'est en s'adressant en sa présence à un tiers qu'on dit ce qui s'applique également à lui. Toutes les occasions sont bonnes, et c'est pour cela que le médecin doit vivre au milieu de ses malades, ou au moins en contact extrêmement fréquent avec eux.

Et pour n'être pas exposé à se contredirey il ne doit jamais dire que la vérité. Celle-ci fait toujours son chemin et l'on est surpris parfois que des malades devant lesquels on a émis certains conseils, auxquels ils n'ont même pas paru faire attention , vous les rappellent longtemps après en vous avouant qu'ils en ont eu une impression très vive, qu'ils se les sont appliqués à euxmêmes et en ont fait leur profit. Donnés directement, ils n'auraient eu que peu d'effet ou même en auraient eu un tout opposé à celui qu'on recherche, par la tendance instinctive des hystériques à croire toujours qu'on a un intérêt à leur dire ce qu'on leur dit. Tout ce qu'ils voient autour d'eux, — quand ils sont placés dans un établissement spécial — , la confiance des malades à fin de traitement et racontant par quelles phases analogues ils ont passé avant de se rendre compte de ce qu'on faisait pour leur bien, la manière dont on s'y prend avec ceux-là, tout cela fait impression sur eux plus qu'on ne saurait le croire. Bien loin d'être une condition défavorable au traitement, la vie commune dans les établissements spéciaux devient ainsi une chose excellente, à la condition d'une surveillance étroite par des personnes habituées à ces malades, les empêchant de se livrer à des conversations

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