HYPNOTISME PROLONGÉ
indépendamment de toute suggestion. On fait accomplir au sujet toutes ses fonctions d'une manière régulière, et dans l'intervalle il reste dans un repos complet. Les auteurs qui ont précoiiisé cette méthode, en particulier Wetterstrand, de Stockholm, en auraient retiré d'excellents résultats. Au réveil, qui serait aussi facile à obtenir qu'après une courte séance, le sujet aurait recouvré toutes ses fonctions sensitives et par conséquent motrices et psychiques.
J'ai eu rarement l'occasion d'employer ce procédé, sauf dans certains cas d'épuisement très profond, avec algidité, ralentissement considérable de la circulation, troubles vaso-moteurs intenses, et défaut presque complet d'assimilation par atonie gastro-intestinale très marquée, avec toutes ses conséquences. L'avantage m'a paru être dû à l'augmentation de la yaso-motricité, amenant le réchauffement du sujet, la possibilité de régler facilement ses diverses fonctions, et par conséquent de lui permettre de reprendre du poids et du ton. Dans un cas j'ai prolongé, sauf de très courts intervalles de réveil, assez incomplet d'ailleurs, ce sommeil pendant une quinzaine de jours. Le plus souvent je n'ai pas dépassé deux ou trois jours. Mais jamais je n'ai constaté la restauration de la sensibilité et des fonctions cérébrales au réveil. C'était, il est vrai, dans des cas très sérieux, très invétérés; mais si ce procédé ne peut agir que dans des cas peu marqués, on a d'autres moyens meilleurs pour les guérir. C'est d'ailleurs une question à réserver, et sur laquelle, en l'absence d'une expérience suffisante, je ne veux pas me prononcer.
Quand l'hypnotisme est employé pour faciliter les suggestions, j'ai dit à propos de ces dernières tous ses dangers en comparaison de leurs faibles avantages. Je n'y reviens pas. Désapprouvant l'emploi de la suggestion directe, je ne saurais conseiller l'hypnotisme ayant pour seul objectif d'en faire plus facilement.
Je dois signaler l'usage qu'en fait M. Pierre Janet pour arriver à dissocier les idées fixes, autour desquelles gravitent, selon lui, presque tous les accidents hystériques.
168 TRAITEMENT GÉNÉRAL DE l'hYSTÉRIE
Pour ne pas trahir sa pensée je citerai ses propres paroles*: (( Il est rare que le malade ait l'idée fixe de Taccident luimême, qu'il soit obsédé, par exemple par la pensée d'être paralysé, ou par la pensée d'avoir des attaques. Le plus souvent de telles idées ne sont que secondaires; elles dépendent d'une autre idée fixe primaire. Celle-ci est un état psychologique très complexe, un état émotif qui est devenu permanent et qui reproduit constamment tous les éléments qui en dépendent, les mêmes troubles de la sensibilité et de la mémoire, les mêmes souvenirs, les mêmes remords, etc. Vous suggérez au malade de n'avoir plus de troubles de la marche et il vous obéit pour un instant, mais le rêve qui a amené indirectement Tabasie subsiste toujours et il va bientôt amener les mêmes conséquences. Si par des suggestions répétées vous réussissez à empêcher cet accident particulier de se manifester, la même cause permanente va en déterminer un autre, car elle peut se manifester de bien des manières. La suggestion proprement dite, dirigée directement et brutalement contre le symptôme quel qu'il soit, est donc un procédé qui peut être utile et efficace dans bien des cas, mais il est souvent insuffisant, parce qu'il ne remonte pas suffisamment à la cause des accidents. »
C'est donc l'idée fixe primaire qu'il s'agit de détruire; mais avant de la détruire il faut la connaître, et c'est soit par l'écriture automatique, soit surtout dans le sommanbulisme, qu'on peut la mettre en évidence, car elle est ordinairement subconsciente et ignorée du sujet dans l'état ordinaire. « Une idée fixe est, d'après M. Janet, une construction, un système composé d'une foule de phénomènes psychologiques associés les uns aux autres. Les éléments sont : quelques tableaux visuels, des images empruntées aux différents sens, un petit nombre de tendances motrices et surtout des phi^ases, des mots. Ce sont les mots qui incarnent en quelque sorte l'idée fixe et qui servent souvent à évoquer tout le reste. » M. Jânet cherche
* Traitement psychologique de Vhystérie. Traité de thérap. de Robin, t. XV, p. 184.