‹ L'hystérie et son traitementChapitre 31 sur 62 · HYPNOTISME ET IDÉE FIXE · texte numérisé non relu

HYPNOTISME ET IDÉE FIXE

à décomposer ce système en le démolissant pierre à pierre, en dissociant l'idée fixe.

Je ne veux pas revenir ici sur ce que j'ai démontré autrefois et dont j'ai des preuves nouvelles chaque jour, à savoir que c'est l'idée qui est la conséquence des troubles de la sensibilité et non leur cause, qu'il suffit de modifier ces derniers et de les faire disparaître pour détruire l'idée fixe, et que s'ils se reproduisent sous une influence quelconque absolument étrangère à l'idée fixe, celle-ci reparaît aussitôt. Mais je crois devoir faire remarquer que si, à la rigueur, cette hypothèse de l'idée fixe primaire pouvait s'appliquer aux cas dans lesquels l'hystérie s'est constituée d'emblée à la suite d'une émotion violente, elle ne peut convenir aux cas très fréquents où elle s'est développée progressivement et lentement. Sous l'influence d'une émotion un état cénesthésique particulier se produit, une diminution de sensibilité survient, conséquence d'une inhibition cérébrale. Au lieu de revenir à son état normal, l'état organique persiste : l'idée liée à cet état persiste aussi, et il ne saurait en être autrement. C'est précisément là un des faits qui viennent à l'appui de la théorie de l'émotion de James-Lange. Détruisez l'état organique et vous détruisez l'idée. Une fois cet état d'inhibition persistant dans une partie du cerveau, la résistance de ce dernier est amoindrie; un choc, même léger, va déterminer une aggravation de cette inhibition, un état organique anormal différent du premier va s'ajouter au précédent, au prorata de l'étendue du cerveau intéressée, et l'idée ou les idées ayant accompagné cet état d'inhibition vont également persister et masquer souvent l'idée fixe précédente. Et ainsi de suite. Dire qu'il faut rechercher l'idée fixe primaire, c'est donc dire tout simplement qu'il^faut détruire successivement tous les états par lesquels est successivement passé le cerveau pendant le développement de l'engourdissement de ses centres, et par conséquent les idées, souvenirs, émotions, etc. qui leur sont liés.

Mais à quoi reconnaître que l'idée fixe en présence de laquelle on se trouve est la primaire? Celle-ci peut en effet être bien moins forte que certaines idées fixes secondaires

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survenues au cours de l'hystérie. Une émotion très légère a pu déterminer un engourdissement cérébral permanent quoique léger, puis des émotions très fortes ont accentué cet engourdissement d'une manière très considérable. M. P. Janet avait lui-même signalé que fréquemment on voyait, au fur et à mesure qu'on chassait une idée fixe, en apparaître une plus ancienne. Nous verrons que ce phénomène s'explique très aisément quand on procède au réveil de la sensibilité cérébrale, lequel amène la régression de la personnalité jusqu'à l'époque des accidents primitifs, à celle où le sujet a commencé à s'engourdir et où les idées liées à cet état persistant ont elles-mêmes persisté jusqu'à ce qu'un état d'engourdissement plus marqué se soit produit, masquant le précédent et accompagné des idées qui se sont produites au cours de son développement. Il est donc bien évident que lorsqu'on en est arrivé à la première idée fixe, c'est qu'on e'st arrivé au début de l'hystérie, et on s'en aperçoit à ce que l'état de la sensibilité est normal en même temps que la personnalité du sujet est celle qu'il avait alors et que tout ce qui s'est passé depuis a disparu de sa mémoire. En restaurant davantage encore la sensibilité cérébrale du sujet, j'ai montré que sa personnalité se reconstituait progressivement, le sujet repassant par toutes les phases de son existence, les revivant réellement, et ne se les rappelant pas seulement, jusqu'à ce qu'enûn il se retrouve au moment actuel et se réveille complètement, débarrassé de tous ses accidents, de tous ses stigmates hystériques.

Si j'anticipe ainsi sur ce que je vais exposer plus loin, c'est pour bien mettre en évidence la différence du procédé de M. Janet avec le mien. Dans celui-ci je n'ai besoin de faire aucune suggestion, de disséquer psychologiquement aucune idée, aucune émotion. Je me borne à réveiller la sensibilité cérébrale — et cela par des procédés mécaniques uniquement quelquefois — pour voir se dérouler tous les souvenirs, toutes les idées, toutes les émotions, tous les états physiques et moraux de la vie du sujet depuis le moment actuel jusqu'au début de sa maladie, puis dans

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Tordre inverse. Mais cette fois la continuité de la personnalité consciente s'établit, au lieu que pendant l'évolution de la maladie chaque nouvel état de personnalité, lié à un état cérébral différent, masquait le précédent et que la personnalité du sujet se trouvait ainsi composée d'une succession de personnalités d'une durée plus ou moins longue, sans lien presque les unes avec les autres.

Comment procède M. P. Janet pour dissocier l'idée fixe primaire, à supposer qu'il soit arrivé pendant le somnambulisme provoqué à la découvrir du premier coup, sans l'avoir confondue avec quelque idée fixe secondaire plus importante souvent ?

Il cherche à la décomposer en ses éléments, tels que je les ai énoncés plus haut, d'après lui, et par suggestion il essaie de supprimer tel ou tel de ces éléments. Or, diverses remarques s'imposent immédiatement : est-il bien sûr d'avoir tous les éléments de l'idée fixe? Le sujet les ignorant, n'en ayant pas conscience, c'est par raisonnement, par hypothèse, qu'il les établit ; quelle valeur cela a-t-il, et est-il bien sûr que cela corresponde à la réalité? Admettons qu'il soit tombé juste et qu'il ait reconstitué exactement l'enchaînement de ces divers éléments pour aboutir à ridée fixe ; il cherche à les supprimer par suggestion, c'est-à-dire à faire oublier au sujet son idée fixe. Mais comment concilier cette manière de faire avec l'opinion émise plus haut par M. Janet lui-même que la suggestion directe, brutale, échoue ordinairement? N'est-ce pas une suggestion directe et brutale que de vouloir faire oublier à un sujet un événement de sa vie qui lui a causé une émotion assez forte pour le rendre hystérique? Et quelle solidité, quelle persistance, peut avoir une telle suggestion ayant pour but de supprimer de la conscienœ personnelle du sujet un morceau de son existence? N'est-ce pas là un singulier moyen de rétablir cette synthèse mentale dont on proclame l'affaiblissement comme là cause première de l'hystérie? Et s'il a fallu procéder de même pour toutes les idées fixes secondaires, quelles lacunes doivent exister dans l'esprit du sujet à la fin du traitement?

Mais ce n'est pas tout. La suggestion étant souvent

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insuffisante, ce qui ne nous étonne pas, pour supprimer complètement tel ou tel élément on se sert de la méthode de substitution. Elle consiste à ajouter, par hallucination provoquée, aux scènes qui constituent le souvenir obsédant, quelques éléments qui les transforment. « J'ai montré ailleurs, dit M. JanetS que ce fut déjà un résultat important quand je parvins à vêtir un cadavre qu'une malade voyait devant elle. J'ai souvent réussi à mettre fin à des obsessions amoureuses en métamorphosant la flgure que la malade voyait dans ses rêves. Dans certains cas graves, la substitution peut aller plus loin encore, et je me suis bien trouvé de suggérer au sujet un accident réel, une contracture par exemple, pour détourner l'esprit de l'idée obsédante. »

Ainsi on ne se contente pas de supprimer de la conscience le souvenir d'événements réels, on y introduit encore des souvenirs faux, on provoque jusqu'à des phénomènes pathologiques, au risque de les voir se reproduire peut-être, une fois la tendance développée. Tout cela c'est artificiel ; ce n'est pas l'état normal qu'on ramène, c'est un état anormal, différent de celui qu'on a à soigner, qu'on provoque. C'est bien en effet une méthode de substitution, mais c'est la substitution d'un état pathologique à un autre, ce n'est pas le rétablissement de l'état normal primitif.

J'ajoute que cette lutte contre l'idée fixe primaire est souvent vaine, par la raison très simple que l'hystérie est loin d'en présenter toujours au début. J'ai d'ailleurs eu plus d'une fois l'occasion de traiter des malades soumis sans succès à cette méthode, et qui ont parfaitement guéri dès qu'on a cessé de chercher à découvrir dans leur esprit ce qui n'y était pas pour s'adresser tout simplement aux troubles fonctionnels visibles et facilement constatables. On oublie vraiment trop que le cerveau est l'organe de la pensée et que, pour agir sur la fonction, il n'est peut-être pas absurde de chercher à agir directement sur l'organe. Malheureusement en médecine les théories les plus com-

* Loc. cit., p. 187.

pliquées.et les plus subtiles séduisent souvent plus que celles qui découlent de l'examen tout simple des phénomènes. C'est une tendance de Tesprit humain d'admirer d'autant plus qu'il comprend moins.

J'en arrive maintenant au dernier emploi de l'hypnotisme, à celui que j'en fais pour réveiller la sensibilité et , faire sortir le cerveau de l'état d'engourdissement, de sommeil, dans lequel il est plongé et d'où découlent tpus les stigmates et tous les accidents hystériques somatiques et psychiques.

Ali lieu de l'employer pour endormir plus profondément les malades, et profiter de l'affaiblissement de leur volonté et de leur personnalité pour leur imposer des suggestions quelconques, on ne s'en sert au contraire que pour les réveiller de plus en plus, de telle sorte qu'après chaque séance ils soient, partiellement ou en totalité, plus réveillés qu'au moment où ils ont été mis en état d'hypnose. Mais pour bien montrer son rôle véritable, et en réalité secondaire dans ce cas, je dois maintenant exposer le traitement général par réveil cérébral, tel qu'il ressort de mes recherches sur la genèse et la nature de l'hystérie, auxquelles je renvoie pour l'exposé détaillé des phénomènes cliniques et des expériences. Les limites de cet ouvrage m'obligent à me borner au côté pratique de la méthode.

Méthode du réveil cérébral.

Cette méthode essentiellement physiologique, même pour le rétab'lissement des fonctions psychiques, a l'avantage de s'adresser d'emblée au trouble fondamental de l'hystérie, à savoir l'engourdissement des centres cérébraux, qui se traduit objectivement par des modifications de la sensibilité sous toutes ses formes. Réveiller une hystérique ou restaurer sa sensibilité sont donc une seule et même chose, et suivant les cas on peut procéder au réveil d'emblée, ou au contraire agir méthodiquement et progressivement sur la sensibilité.

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A la vérité, tous les moyens que nous avons précédemment examinés, et qui ont tous pour but d'amener une réaction énergique du sujet, qui le tire de sa torpeur cérébrale, excite son attention, ranime sa volonté, comme risolement et les excitants moraux, ou de réveiller la sensibilité des divers organes et de la peau, comme la mécanothérapie, l'électricité, la rééducation des mouvements, etc., constituent une partie de cette méthode. Dans les cas légers ou moyens, ces divers procédés, isolément ou plus souvent combinés, sont suffisants. Dans les cas anciens, où les accidents sont tenaces, où le cerveau tout entier est atteint, et où, par conséquent, toutes les fonctions sensitives, sensorielles, motrices et psychiques sont troublées, ils peuvent amener une amélioration plus ou moins grande, plus ou moins durable, mais ils sont ordinairement incapables de ramener les sujets à Tétat absolument normal, de reconstituer leur personnalité dans son unité et sa continuité.

Tant que la personnalité n*est pas intégralement reconstituée, rhystérique n'est pas guérie. Et pour se reconstituer, il faut que tous les souvenirs qui s'étaient effacés reparaissent. Le sujet ignore le plus souvent ces lacunes, et ce n'est que lorsque les souvenirs reviennent qu'il constate qu'il les avait perdus. Aussi est-il de bonne foi quand il vous dit que sa mémoire est toujours aussi bonne. Il en est d'elle comme de beaucoup d'autres troubles fonctionnels : on ne constate leur existence que lorsqu'ils disparaissent. Aussi le médecin doit-il s'assurer par luimême de la façon dont fonctionne réellement chaque organe et ne pas s'en rapporter aux seules impressions du malade.

La régressi07î de la personnalité que j'ai signalée dans le chapitre premier, et qui est un des faits les plus importants et les plus intéressants au point de vue non seulement de la thérapeutique et de l'histoire de l'hystérie, mais encore à celui des fonctions psychiques du cerveau, se manifeste d'une façon tellement complète dans le réveil des grandes hystériques vigilambules, qu'elles croient

réellement avoir l'âge auquel Tétat de leur cénesthésie et de leur sensibilité générale les ramène, et qu'elles repassent par toutes les impressions, reproduisent toutes les attitudes, toutes les manières d'être et de penser qu'elles avaient alors. J'en ai cité un grand nombre de cas dans mes recherches précédentes. Et depuis lors je n'en ai pas observé moins d'une cinquantaine de nouveaux.

Mais je pensais autrefois que c'était seulement dans les cas d'hystérie grave, généralisée, qu'on observait ces régressions de la personnalité jusqu'à l'époque du début de l'hystérie. En réalité il n'en est rien, et c'est un phénomène constant, chaque fois que l'engourdissement cérébral a été suffisamment étendu ou profond. Mais, de même que suivant son degré on observe des troubles de la sensibilité plus ou moins marqués et généralisés, des troubles de mémoire plus ou moins accentués, et une insomnie plus ou moins tenace, il y a des troubles plus ou moins profonds de la personnalité. Au lieu de repasser par toutes les phases de leur existence pathologique, les sujets les voient surgir par fragments dans leur esprit, soit sous forme de rêves, soit sous forme de souvenirs obsédants, et qu'aucun événement n'évoque chez eux. Ils vous racontent un jour que pendant la nuit ils ont rêvé à tout ce qui leur était arrivé à une certaine époque de leur maladie ; le lendemain ils rêvent d'une époque antérieure et ainsi de suite. Pendant la journée ils vivent de la vie ordinaire et ne songent à rien de leur passé ; dès qu'ils sommeillent tout surgit de nouveau sous forme de rêves. Chez d'autres, ce sont des souvenirs qui leur apparaissent brusquement de gens, d'événements qui leur sont survenus et auxquels ils ne pensaient plus jamais ; ils viennent vous les raconter sous un prétexte quelconque, pour se soulager en quelque sorte. Et l'on constate que les jours suivants ils vous en rapportent d'autres dont la date est plus éloignée toujours, jusqu'à en arriver à des souvenirs quelquefois très lointains et ayant trait aux premières manifestations de leur hystérie. Ils s'étonnent souvent de voir surgir sans cause ces souvenirs, dont ils s'aperçoivent seulement

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alors de la disparition auparavant, depuis un temps plus ou moins long. Marchant de pair avec ces souvenirs personnels, surgissent également les sentiments qui ont accompagné les circonstances qui en sont Tobjet, et Ton comprend dès lors les changements d'humeur des hystériqites qui paraissent si bizarres quelquefois.

Mais ce qui est intéressant dans ces cas, ce n'est pas tant le réveil des souvenirs et des sentiments connexes anciens, sans compter, bien entendu, la réapparition des accidents que les sujets ont pu présenter en même temps, au fur et à mesure des progrès vers la guérison, c'est surtout que l'ordre de leur résurrection est rétrograde d'une façon régulière depuis le moment de leur mise en traitement jusqu'à l'époque du début de l'hystérie. Ces phénomènes sont importants à connaître pour porter un jugement sûr au sujet de la marche du traitement. En effet, si l'on voit survenir une disparition plus ou moins complète des stigmates, et qu'ensuite des accidents anciens, avec retour des anesthésies, reparaissent, on pourrait croire qu'on a eu une amélioration, puis une rechute. Mais qu'on recherche quels sont les souvenirs, soit à l'état de veille, soit dans le* sommeil naturel, qui surgissent en même temps dans l'esprit du sujet, et on constatera qu'on est en présence d'une régression de la personnalité, reproduisant en sens inverse des phases d'aggravation et d'amélioration qu'il a traversées autrefois. Loin de s'alarmer de cette rechute apparente, on en conclura au contraire que l'évolution du cerveau se fait normalement, que le réveil suit son cours régulier et qu'on marche en réalité vers la guérison.

Il faut être prévenu de ces phénomènes auxquels, lorsqu'ils sont peu marqués, les malades n'attachent pas grande importance, et dont ils ne nous feraient pas part même quelquefois si on ne s'en informait pas.

Les ayant constatés chez des malades qui n'étaient soumis qu'à un traitement général physiologique, isolement, hydrothérapie, mécanothérapie, sans aucune adjonction de suggestions directes ou indirectes, leur spontanéité, leur constance, leur identité avec ce qu'on observe

au maximum dans le réveil des grandes hystériques vigilambules au moyen de l'hypnose, montrent qu'il s'agit là d'une loi générale du retour du cerveau à l'état normal, en sortant de son engourdissement.

Il ne saurait en aucune façon être question de suggestion : pour répondre à cette objection, il me suffit de dire que j'ai pu déterminer des régressions complètes de la personnalité, puis sa reconstitution à l'état normal par des exercices de mécanothérapie employés seuls à l'exclusion de tout autre procédé psychologique, en dehors de l'isolement, et que dans certains cas même je les ai vus se dérouler d'une façon absolument spontanée, sous la seule influence de la réaction produite par l'isolement. Je crois donc être en droit de dire qu'il en est de même lorsque je les vois se développer au cours de la restauration de la sensibilité pendant l'hypnose.

J'ajouterai que les phénomènes subjectifs, accompagnant ces modifications de la personnalité sous l'influence du traitement général, sont identiquement les mêmes que ceux qui se produisent quand on réveille le cerveau dans l'hypnose. C'est la preuve que dans les deux méthodes — avec ou sans hypnose — la chose à considérer c'est la réaction du cerveau aux excitations qui l'atteignent, quelle que soit la voie par laquelle elles y arrivent et le procédé qu'on emploie. Le principe est le même ; la variété seule des moyens de le mettre en œuvre diffère suivant la forme et l'intensité de l'engourdissement cérébral.

Lorsqu'on a affaire à des cas anciens datant, comme j'en ai rapporté des exemples, de 10,15,20 et 27 ans, avec accidents de tous ordres, dont quelques-uns particulièrement tenaces, et où l'attention du sujet est extrêmement difficile à fixer, où sa mémoire est très affaiblie, où sa conscience est plus ou moins diminuée, il faut alors recourir à l'hypnose. Grâce à elle, on obtient du sujet plus d'attention, car il peut la fixer sur le point qu'on lui indique, l'y concentrer avec toute l'énergie dont il dispose, au lieu de la laisser se digpçrser sous l'influence de toutes les

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excitations, si faibles quelles soient, qu'il reçoit du monde extérieur quand il n'est pas endormi.

Suivant le degré du sommeil cérébral on peut, une fois rhypnose provoquée par les moyens que nous avons vus plus haut, procéder de deux façons différentes : 1® par réveil simple^ d'emblée ou pi^ogressif; — 2° par restaurations partielles de la sensibilité suivies du réveil cérébràl proprement dit. Toutes deux consistent en fin de compte en une seule et même chose : réveiller l'hystérique de son état de vigilambulisme. Les difficultés qu'on a à vaincre sont plus ou moins grandes et proviennent de diverses causes : c'est ainsi que la généralisation de l'engourdissement cérébral est beaucoup moins importante que sa profondeur et son ancienneté ; que son instabilité et son intensité sont pires que sa ténacité, et qu'enûn sa propagation aux centres viscéraux est plus grave qu'aux centres moteurs et sensoriels.

Réveil simple.

Étant donné que l'hystérie n'est qu'un état de sommeil avec apparence de veille, ce que j'ai appelé vigilambulisme, — terme assez impropre, je le reconnais, mais qui a pour but de le mettre en opposition avec le somnambulisme nocturne, dont le mécanisme est d'ailleurs le même — , il est naturel de penser qu'on pourraitpeut-être réveiller une vigilambule par une injonction ou une excitation appropriées. C'est en effet ce qui arrive dans certains cas. J'ai vu plus d'une fois des hystériques à qui je soufflais sur les yeux, en leur disant énergiquement : « Réveillez-vous », sursauter, secouer les membres et la tête, et me regarder étonnées, comme si elles sortaient d'un rêve, ne sachant pas ce qui venait de se passer, et se montrant à la suite plus alertes, plus « dégourdies », l'esprit plus éveillé, là sensibilité quelquefois modifiée sur certains points ou plus vive sur ceux où elle était relativement conservée.

Mais ce procédé élémentaire n'a d'autre utilité que de mettre en évidence la vraie nature de leur état et la possi-

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bilité de les en faire sortir en les réveillant. Faisons un pas de plus. Fermons les yeux du sujet, sans même lui donner Tordre de s'endormir, ni lui en suggérer l'idée : laissons-le se mettre au repos, ea état de calme, et ordonnons lui de se réveiller. Il ouvrira aussitôt les yeux, confondant le réveil avec l'ouverture des paupières. Maintenons lui les yeux fermés avec les doigts, et répétons lui l'injonction de se réveiller complètement de la tête aux pieds. On le voit alors s'étirer, contorsionner les membres, présenter des secousses dans tout le corps, se renverser en arrière, et ébaucher en somme toutes les réactions de la grande attaque, lesquelles ne sont, disons-le en passant, que celles du retour de la sensibilité cérébrale. Sous Tinfluence de la perturbation ainsi produite dans son état cérébral, il se trouve dès lors dans un véritable état d'hypnose dont il ne peut plus sortir volontairement. C'est ainsi que j'ai signalé^ plus haut que certains exercices de mécanothérapie, ceux par exemple qu'on exerce sur un membre contracture, peuvent déterminer Thypnose.

Plus on insiste alors, plus on enjoint énergiquement au sujet de se réveiller, plus ces réactions augmentent, et si, à un moment donné, on arrête et qu'on dise au sujet de se réveiller en ouvrant les yeux quand on soufflera dessus, il paraît quelque- peu étonné, se trouve changé, et Ton constate qu'en effet sa sensibilité est revenue plus ou moins nette, et que les accidents qu'il présentait ont disparu ou se sont atténués.

Au lieu de lafsser l'hypnose se produire en quelque sorte d'elle-même, on peut la provoquer d'abord par les moyens ordinaires. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire qu'elle soit profonde.

Dans les cas les plus favorables, on peut en quelques séances obtenir un réveil complet, c'est-à-dire la guérison. Quelquefois même on peut y arriver en une seule fois, Ainsi se produisent les miracles. Mais, même provoqués, les miracles sont rares.

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Réveil par restaurations partielles de la sensibilité.

Le réveil simple en une ou plusieurs séances, avec hypnose préalable ou non, n'est malheureusement applicable qu'à un nombre très restreint de cas. On peut toujours le tenter sans inconvénient. S'il est insuffisant on est obligé de recourir au second procédé de réveil, celui que Ton peut appeler par restaurations partielles de la sensibilité. L'anesthésie traduisant simplement à la périphérie l'engourdissement de la région cérébrale sur laquelle vient se projeter la partie du corps considérée, tout procédé qui parvient à faire disparaître, à modifier Tanesthésie périphérique, agit en réalité sur les centres corticaux eux-mêmes et les réveille. Or, il est plus facile d'avoir accès à la périphérie des nerfs que sur les centres cérébraux, d'où la méthode des restaurations partielles de la sensibilité dans l'hypnose, lorsque la mécano thérapie d'une part, le réveil simple de l'autre, ont été insuffisants à faire disparaître l'anesthésie et par conséquent les accidents.

Cette méthode ne doit donc s'appliquer qu'en dernier ressort en quelque sorte, ou lorsque tous les autres moyens ont échoué, ou lorsqu'on juge, d'après l'intensité et l'ancienneté des troubles hystériques, du vigilambullsme, que les autres procédés sont insuffisants. Car il est, dans ce cas, inutile de perdre du temps à les essayer, ce qui ne peut que décourager le malade et lui enlever la confiance.

Je me bornerai à indiquer ici l'ordre que l'on doit suivre, les difficultés qu'on rencontre, les conditions dans lesquelles on doit se mettre, les signes enfin auxquels on reconnaît que l'état normal est atteint dans tout l'organisme. Quant aux réactions qui accompagnent le retour de la sensibilité des membres, des viscères, des organes des sens, du cerveau, je suis forcé de renvoyer à mon ouvrage sur la genèse et la nature de l'hystérie, où elles sont exposées dans les plus grands détails, où les moindres expressions, stéréotypées et caractéristiques chez tous les malades, sont notées dans l'ordre même où elles se déroulent, depuis l'anesthésie complète jusqu'au retour à la

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normale ; où ce que j'ai décrit s'appuie sur des observalions cliniques prises au jour le jour, minute par minute même, pendant les séances de réveil, et où toutes les réactions, toutes les réflexions du sujet, toutes les manœuvres et toutes les injonctions du médecin, sont notées au fur et à mesure. On y trouvera donc un véritable tableau de ce qui se déroule dans la réalité, et les observations des auteurs qui, comme le D^ Comar (de Paris) et le D'' Vial (de Marseille), ont appliqué ma méthode, montrent que les choses se passent d'une façon absolument identique, quel que soit l'opérateur. Je laisserai donc ici tout le côté théorique, expérimental et clinique, que j'ai exposé dans l'ouvrage précité, pour m'en tenir essentiellement au côté pratique.

Pour bien comprendre comment il faut procéder, je vais prendre un cas de grande hystérie : anesthésie généralisée, plus ou moins profonde, points douloureux divers, amyosthénie, insomnie, troubles vaso-moteurs et de la nutrition générale, anesthésies viscérales, anorexie, crises diverses, contracture ou spasmes divers, affaiblissement de l'attention, de la mémoire, idées fixes, etc. Ce tableau est moins rare qu'on ne croit, et, dans les établissements spéciaux, c'est le plus souvent à des cas de ce genre qu'on a affaire. Supposons, ce qui est souvent aussi la réalité, que tous ces accidents remontent à l'âge de dix ou douze ans et se sont progressivement installés, passant tantôt inaperçus, tantôt étant pris pour des accidents organiques et non nerveux, jusqu'à ce qu'enfin, au bout de huit ou dix ans, un gros accident, contracture, paralysie, crises diverses, attire l'attention et oblige à traiter l'hystérie négligée ou méconnue.

A ce moment existe un état de vigilambulisme complet. Rien n'est donc plus facile que d'endormir ce sujet du sommeil hypnotique, puisqu'il dort déjà : on ne fait en réalité, en lui fermant les yeux, que le séparer davantage du monde extérieur, et ces sensations visuelles, qui maintenaient encore son activité cérébrale dans un certain éveil, étant supprimées, le cerveau tombe dans le sommeil complet.

Pour arriver à ce résultat il suffit de lui appliquer la main sur les yeux en lui disant, ou même quelquefois sans avoir besoin de lui dire : « Dormez ». J'ai toujours trouvé préférable de lui parler sur un ton persuasif plutôt qu'autoritaire. On ne se rend pas ridicule de n'avoir pas persuadé une chose du premier coup ; on a bien dès chances de l'être si on trouve une résistance, due quelquefois à une cause ignorée, après avoir affecté des airs irrésistibles.

Le sujet est endormi assez profondément pour n'être plus guère en rapport qu'avec vous. Il faut, en effet, qu'il reste en rapport avec vous, c'est-à-dire que non seulement il entende votre parole, mais qu'il soit en état de répondre aux questions que vous lui posez sur ce qu'il éprouve. Ce n'est que par ses sensations subjectives que vous pourrez reconnaître à quel point du réveil il est parvenu pour certains organes, les viscères par exemple. Il y a bien sans doute des signes objectifs, mais qui ne sont pas toujours faciles à constater et qui, d'autre part, deviennent, à mesure qu'on se rapproche de la normale, trop fins, de nuances trop délicates, pour pouvoir être discernés par les moyens cliniques dont on dispose alors, et qui varient d'ailleurs trop d'un moment à l'autre.

Le sujet est placé sur un lit spécial, un peu résistant, où il puisse se livrer sans crainte à tous les mouvements réactionnels qui vont se produire sous Tinfluence du retour de la sensibilité. S'il s'agit d'une femme, je lui fais revêtir un costume de gymnastique pour qu'elle puisse s'y livrer sans arrière-pensée de pudeur bien naturelle. On peut d'ailleurs se servir d'un lit quelconque, ou simplement d'un matelas étendu par terre.

Ayant ainsi placé et endormi son sujet, on lui dit de faire bien attention et de « sentir ses jambes en commençant par les pieds ». S'il ne comprend pas ce qu'on lui demande, on lui montre qu'il ne sait pas reconnaître où sont ses pieds, distinguer le droit du gauche, savoir quelle attitude on leur fait prendre. On fait exécuter alors quelques mouvements forcés ou on dit au sujet de remuer les orteils. Il arrive souvent qu'il les remue

sans le savoir, et alors on lui dit de continuer jusqu'à ce qu'il les sente remuer. Usent, au bout d'un temps plus ou moins long, « qu'il remue quelque chose », puis il éprouve quelques tiraillements, quelques picotements, des brûlures, et alors on constate qu'il sent les piqûres qu'on lui fait à la peau, mais qu'il ne sait pas encore distinguer ses orteils les uns des autres. Maintenant il peut les remuer volontairement, et il a conscience de leur existence.

On procède ainsi segment par segment, en commençant par les extrémités des meihbres, pour remonter progressivement vers la racine, ne passant au segment supérieur que lorsque le segment inférieur paraît à peu près normal. Souvent, sans qu'on le veuille, la propagation de la sensibilité se fait dans toute l'étendue du membre. Sous l'influence de ce retour on voit reparaître, parallèlement à la conscience musculaire, la liberté complète des mouvements et un sentiment de forcé plus grande dans le membre.

Que fait et dit le médecin pour obtenir ce résultat ? Simplement ceci : il reste auprès du sujet, et l'excite en lui disant : « Sentez, sentez plus, sentez mieux encore ; continuez ; faites bien attention » — et pas autre chose. Donc pas l'ombre de suggestion.

Il ne lui dit même pas ce qu'il doit sentir, éprouver, ni quels mouvements il doit faire. Il lui demande par contre ce qu'il ressent, mais sans ajouter la moindre réflexion, le moindre commentaire à ses réponses. En outre il note tout ce qui se produit, vérifie la sensibilité objective d'après les sensations subjectives éprouvées, mais tout cela sans informer le malade de ses constatations et de ses remarques.

Quand celui-ci a recouvré sur une partie du corps la sensibilité, le médecin se borne à dire : « Sentez plus haut, sentez telle partie du corps, tel organe, etc. » Une fois la mise en train faite pour des parties accessibles aux excitations directes, comme les membres, la propagation de la sensibilité se fait tout naturellement. On serait d'ailleurs bien embarrassé pour dire au sujet comment faire pour sentir son estomac ou tel autre viscère. Cependant il le

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fail très bien instinctivement, et cela par la raison que j'en ai donnée plus haut, à savoir que dans cet état il a conscience de son fonctionnement organique, normalement inconscient, et que, en ayant conscience, il peut volontairement agir sur lui.

Dans les premières séances il n*est pas nécessaire d'aller très loin. Il suffît d'avoir obtenu un résultat qu'on fait constater immédiatement au sujet, s'il ne le constate pas lui-même spontanément au réveil par des phrases caractéristiques : « Tiens! j'ai des pieds, des jambes, maialenant! — Vous n'en aviez donc pas avant? — Si, je le savais, mais je ne les sentais pas. »

Malheureusement ce résultat ne tarde pas à disparaître au bout de quelques heures et l'aneslhésie reparaît.

Mais à la séance suivante la sensibilité revient beaucoup plus vite, et on constate en outre qu'elle est plus vive, plus affinée. A la suite elle persiste plus longtemps.

Enfin, après un nombre de séances plus ou moins grand, elle persiste presque tout le temps, mais elle présente encore une grande facilité à disparaître. Mais il faut bien remarquer une chose, c'est que lorsqu'on croit ainsi avoir restauré complètement la sensibilité des membres, on n'a pas encore réveillé complètement les centres moteurs. Les sensations actuelles sont redevenues conscientes, mais les représentations anciennes, conscientes, de l'ancienne personnalité normale, sont encore absentes. Or, pour que le réveil des centres puisse être dit complet, il faut que toutes les sensations présentes soient perçues, que toutes les futures soient possibles, que toutes les représentations anciennes soient évocables.

On reconnaît que les centres cérébraux commencent à se réveiller pour leur propre compte lorsqu'il apparaît de la douleur à leur niveau au moment où la sensibilité périphérique se restaure, puis que reparaît au même point la sensibilité du crâne. Car la superposition des anesthésies superficielles aux troubles profonds existe aussi bien pour le crâne vis-à-vis des centres corticaux que pour la peau vis-à-vis des viscères sous-jacents à la périphérie.

Ce que je dis des membres s'applique exactement aux viscères et aux organes des sens. J'ai donné ailleurs l'explication de cette superposition, qui ne se remarque pas du reste que dans Thystérie K

Après avoir procédé au réveil des membres, et le plus souvent en même temps, on restaure la sensibilité viscérale : abdomen, bas-ventre, estomac, poumons, cœur, larynx et pharynx, langue, lèvres. Comme je l'ai dit plus haut, il est impossible de rapporter ici les réactions diverses se déroulant toujours dans le même ordre, accompagnées des mêmes sensations, formulées par les malades d'une manière en quelque sorte identique, montrant bien qu'il se passe réellement dans leur organisme des phénomènes d'un déterminisme absolu, et non pas le moins du monde des idées, des représentations mentales seulement. L'exposé détaillé de ces réactions, organe par organe, tel que je l'ai fait dans mon ouvrage sur la nature de Thystérie, occuperait à lui seul plus de la moitié du présent volume. Je me contenterai donc d'indiquer la marche à suivre pour obtenir ces réactions, qui sont tellement caractéristiques, toujours si identiques à elles-mêmes, qu'une fois qu'on les a vues une fois on est sûr de les retrouver, à quelques variantes près dans la rapidité de leur apparition ou dans leur intensité, dans tous les cas. Mais les impressions subjectives des malades sont toujours les mêmes et ils les traduisent par les mêmes expressions imagées.

Après les viscères, c'est le tour des organes des sens. Ici encore ce sont toujours les mêmes ordres du médecin : « Sentez, sentez bien, sentez complètement. Dites-moi ce que vous éprouvez. Continuez, sentez davantage encore. »

Il ne faudrait pas croire que ces réactions soient indolores. Il en est au contraire de très pénibles, et plus l'organe est anesthésié profondément plus elles le sont. C'est

* Localisation cérébrale des troubles hystériquest — Revue Neuroogique, 1900, n» 9.

d*ailleurs un point de la plus haute importance à connaître au point de vue du traitement, que ce fait de la douleur qui accompagne le retour de la sensibilité^ et qui se produit aussi bien quand on se sert des autres procédés que nous avons décrits que du réveil avec hypnose. En effet, si on n'en est pas prévenu, on cherche à arrêter cette douleur, à restreindre le fonctionnement de Torgané qui en est le siège, où à arrêter le réveil. Si on le sait au contraire, on active le fonctionnement dans les autres procédés, le réveil dans celui-ci, et la douleur disparait en même temps que la fonction et la sensibilité redeviennent normales. Mais les malades cesseraient vite de faire des efforts si le médecin D*était pas là pour les encourager et les stimuler. En réalité son rôle se borne à cela, et à enregistrer les phénomènes qui se produisent.

Il juge aussi du moment auquel il doit cesser la séance, de façon à ne pas fatiguer le malade. Il est du reste à remarquer qu'il est rarement fatigué, même quand il a réagi pendant deux ou trois heures et quelquefois plus. Spectateur et directeur, voilà donc le rôle du médecin. Il ne saurait rien suggérer au malade, même pour Tordre dans lequel il doit opérer et recouvrer sa sensibilité, même pour arrêter les phénomènes dans leur évolution. J'ai fait bien des essais à cet égard, et j'ai toujours vu les phénomènes, qui paraissaient s'arrêter lorsqueje disais au sujet de ne plus faire d'efforts, continuer plus ou moins leur évolution même après l'avoir réveillé. Je n'ai jamais pu davantage en intervertir le cours. C'est un phonographe qui se déroule dans un sens déterminé, auquel on ne peut rien changer, et qui reprend son cours, si par hasard on est arrivé à Tenrayer.

Un point intéressant à signaler au cours de la restauration de la sensibilité périphérique, c'est la disparition des idées fixes sous la simple influence du retour de la sensibilité et de la fonction des régions, ou des viscères, ou des organes des sens qui en étaient le point de départ. La jeune fille, que j'ai citée, qui avait perdu la sensibilité du bas-ventre à la suite d'une tentative de viol dont le sou-

MÉTHODE DU RÉVEIL CÉRÉBRAL i87

venir la poursuivait, voyait cette idée disparaître, en tant qu'obsession émotionnelle, dès qu'elle recouvrait la sensibilité abdominale et génitale. Une autre, ayant des hallucinations visuelles dans lesquelles elle voit son père mort, ce qui la fait tomber en crise, cesse de penser à ce spectacle le jour où je lui rends la sensibilité de l'appareil de la vision. Je pourrais multiplier les exemples.

Ce phénomène se produit surtout au cours du réveil du cerveau. J'ai, en effet, par de nombreuses expériences, montré que le cerveau est doué d'une sensibilité propre, spéciale, et que le retour de cette sensibilité, qui consiste dans le réveil des centres corticaux , s'accompagne de réactions motrices, sensitives et psychiques, tout à fait caractéristiques. ^

Lorsque tous les membres, tous les viscères, tous les organes des sens, dont les centres de projection sont répartis sur la partie moyenne et postérieure du cerveau, ont recouvré. leur sensibilité et leurs fonctions, il reste encore à synthétiser toutes ces sensibilités, à faire converger vers le centre d'apçrception les impressions émanées de tous les centres moteurs et sensitifs. Ce centre d'aperception semble bien être constitué par les lobes frontaux. En même temps que les sensibilités musculaire, cutanée, sensorielles et viscérales reparaissent, on voit en effet toutes les régions du crâne superposées aux régions motrices et sensitivo- sensorielles de l'écorce — et j'y ai ajouté expérimentalement les centres viscéraux dont une partie occupe la zone dite latente — recouvrer leur sensibilité. Seule la région frontale reste plus ou moins anesthésique. Si alors on dit au sujet de sentir son cerveau, ou mieux de se réveiller complètement des pieds à la tète, on assiste à l'évolution de toute sa personnalité.

Après avoir fait osciller sa tète de droite à gauche, avoir eu des secousses qui correspondent à des sensations de chocs dans la tête, etc., on voit tout d'un coup le sujet se mettre à parler, à marmotter quelquefois tout bas des paroles que vous avez peine à saisir.

Demandez-lui alors la date du jour présent, et vous êtes

188 TRAITEMENT GÉNÉRAL DE l'hYSTÉRIE

surpris de Tentendre vous en donner une antérieure à la date réelle. Dites-lui de continuer à se réveiller encore davantage et interrogez-le de nouveau au bout de quelque temps : il donne une date encore plus antérieure; il y mêle alors, si vous insistez, des détails sur les circonstances dans lesquelles il se croit. Il remonte ainsi le cours de son existence en repassant par tous les événements, en représentant tous les accidents pathologiques qu'il a eus, et on constate alors les modifications concomitantes de la sensibilité avec ces accidents.

En général cette régression se fait très rapidement, quelquefois tout d'un coup. Subitement le sujet qui éprouve toutes les réactions du retour de la sensibilité cérébrale : secousses, chocs, tiraillements, fils qui se cassent, brûlures, fourmillements, écoulements de liquide froid, puis chaud, etc. , sent une sorte de confusion dans sa tête ; il lui semble qu'il va devenir fou, puis tout se calme, et il se trouve ramené à l'époque où l'hystérie a commencé. Quelquefois il se réveille alors, fort étonné de se trouver là et n'y comprenant rien, surtout quand la régression porte sur-plusieurs années, comme c'est généralement le cas.

Parfois elle se fait en plusieurs temps. Après une première régression allant jusqu'à une époque où il y a eu une amélioration, une guérison partielle, on voit la personnalité se reconstituer. Mais au moment où on croit atteindre le but, le réveil à l'état normal, un nouveau réveil se produit qui ramène le sujet à un état de personnalité très antérieure. Pareille chose peut se produire deux ou trois fois, jusqu'à ce qu'enfin on soit arrivé à l'époque du début réel de l'hystérie ; j'ai rapporté des cas où cette époque était celle où la malade tétait encore. Cela est rare, mais j'en ai cité d'autres où il y a eu des régressions à vingt-cinq et vingt-sept ans en arrière, et où le sujet se retrouvait exactement comme il était alors : mêmes altitudes, même langage, mêmes sentiments, mêmes connaissances, et ayant perdu tous les souvenirs postérieurs à l'âge où il se croyait.

Quand la régression est ainsi complète, la progression

se fait et le sujet, sur l'injonction de se réveiller de plus en plus, — ce qui, on le voit, n'a aucune espèce de rapport avec la suggestion de souvenirs quelconques, que le médecin ignore d'ailleurs, — se met à repasser par toutes' les phases de son existence. Ce sont surtout celles où il a eu des émotions, où sa maladie a fait des progrès, qu'il traverse le plus lentement, procédant jour par jour, quelquefois heure par heure, revoyant, revivant tout dans les plus petits détails, et les décrivant soit spontanément dans des colloques imaginaires avec les personnes qui y ont pris réellement part autrefois, ou dans une sorte de monologue où il décrit tout ce qu'il a pensé alors, soit d'une manière provoquée, en réponse aux questions du médecin lui demandant ce qu'il fait dans ce moment même : « Je suis chez mon père ; je vais à l'école; maman va me gronder, etc., » sont les réponses qu'on obtient. On voit le sujet frissonner, grelotter : il est dehors en hiver ; il pousse un cri d'effroi : c'est la vision, la réminiscence d'un accident dont il a été victime ; voilà des pleurs : c'est la perte d'un parent ; voici maintenant des rires : c'est une partie de plaisir avec des amis. Et ainsi de suite, le sujet passe par les moindres incidents de sa vie. On voit évoluer sous ses yeux tous les accidents qu'il a présentés, les réflexions que cela lui a suggérées, les discussions médicales auxquelles ils ont donné lieu.

Et c'est alors qu'on peut facilement juger combien les médecins en imposent peu aux hystériques quand ils croient lés impressionner par des menaces de maladie grave si elles ne se soignent pas. Elles ne s'y trompent pas ; elles savent très bien que leur phtisie ou leur maladie d'estomac n'en sont pas et que les drogues et les ' régimes n'y feront rien. On est à même de saisir sur le vif l'état de leur esprit, et on s'aperçoit vite qu'inconsciemment elles connaissent admirablement leur véritable mal et ne pardonnent pas à ceux qui ne savent pas le reconnaître. C'est pourquoi le seul moyen d'en devenir maître c'est de leur montrer qu'on sait ce qu'elles ont et qu'on n'est pas dupe de leurs explications.

A mesure qu'on approche de la date actuelle, la lucidité

devient de plus en plus grande dans Tesprit du sujet. Il cause avec plus de facilité, plus haut ; il reprend de plus en plus conscience de lui-même^ interroge quelquefois le médecin, se rend compte de ce qu'il fait et fait des réflexions sur ce qu'il ressent. Il assiste à ce qui se passe dans son cerveau et peut le décrire très bien.

Quand il atteint le jour et l'heure actuels, après avoir revécu heure par heure tous les jours de son traitement, il ouvre les yeux spontanément. Mais ce n'est pas le vrai réveil encore, quoiqu'il le croie et se trouve très bien et très heureux de se sentir revivre. Il faut lui refermer les yeux et insister encore pour qu'il se réveille davantage de la tète aux pieds. On le voit alors s'étirer, faire l'arc de cercle, secouer la tête de nouveau, et l'on s'aperçoit que la sensibilité périphérique qu'on croyait revenue à la normale gagne encore. lien est de même des viscères, en particulier l'estomac. Au moment de se réveiller définitivement, le sujet se met à bailler, à sentir son estomac creux et à avoir faim.

Mais du côté du cerveau il se passe aussi des phénomènes intéj?essants : c'est quelquefois toute la vie morbide qui défile comme dans un panorama; ou bien c'est la vision intérieure de tous les organes du corps que le sujet vous décrit comme s'il les voyait devant lui sur une planche anatomique, bien que ne les connaissant pas, et les décrivant dans un langage plus ou moins vulgaire, mais toujours pittoresque. Enfin le sujet a la sensation que ce tout se remet en place dans sa tête », que « ses idées deviennent bien nettes », que « tout son corps tient ensemble et lui appartient bien » ; il sçnt sa volonté revenue, il se sent redevenu « lui-même ».

La caractéristique la plus intéressante du réveil complet cest le retour de V appétit et surtout du sommeil normal. Dès la première nuit après le réveil, le sujet dort du sommeil naturel, et lui-même fait, sans qu'on l'en prie, la différence avec le semblant de sommeil, la torpeur, l'engourdissement plus profond qu'il avait auparavant. Sommeil calme, reposant, sans rêves. Ce retour du sommeil

MÉTHODE DU RÉVEIL CÉRÉBRAL lÔl

normal vient à Tappui de ma théorie que si les hystériques ne dorment pas normalement, c'est parce qu'elle dorment d'un sommeil pathologique. Dès que ce sommeil pathologique cesse, le sommeil normal reparait.

Mais ce n'est pas du premier coup qu'on arrive au réveil complet, et lorsqu'on y est ce n'est pas non plus dès la première fois qu'il se maintient.

En ce qui concerne le premier point, il faut y revenir à maintes reprises ; il faut souvent dix et quinze séances, et Ton est soi-même surpris des progrès obtenus chaque fois. Car chaque fois, si l'on s'en rapportait au sujet, on croirait qu'on est arrivé au but. Il ?e figure ne pas pouvoir être mieux, n'ayant jamais été aussi bien depuis des années. Il faut donc s'assurer que toute sa sensibilité, et particulièrement celle du front, est normale. Pour être bien certain que le réveil est complet, il faut que le sujet se réveille malgré l'application de la main ou du pouce sur le front entre les deux yeux. Ce procédé, par lequel on l'endort d'habitude, lui cause toujours une sensation particulière, l'engourdit, l'endort. Il sent le doigt pénétrer dans son cerveau : mais peu à peu cette sensation s'efface, à mesure que le réveil se produit — toujours par la même simple injonction de se réveiller complètement. 11 sent le doigt appliqué seulement sur sa peau, mais la peau est épaisse, brûlante ; puis elle devient comme celle du reste du front, et enfin le sujet se réveille. Si on cherche à le rendormir on ne doit plus pouvoir le faire. Pour qu'il se rendorme, il faudrait que sa sensibilité diminuât.

La possibilité où il est de ne plus s'endormir par les moyens employés habituellement avec lui prouve qu'il est bien réellement et complètement réveillé, et en même temps qu'il a recouvré une résistance et une volonté nouvelles. C'est donc à ce point qu'il faut l'amener pour être sûr du réveil complet.

Quant au maintien de l'état normal après le réveil complet, il subit les mêmes vicissitudes que la sensibilité périphérique. Outre que les moindres émotions suffisent à enrayer plus ou moins l'activité cérébrale, une des

choses qui favorisent le plus le retour de Tengourdissement du cerveau, c'est le sommeil normal. Au lieu de se réveiller d'un coup ou très vite, comme on le fait à l'état normal, l'hystérique reste plus ou moins engourdi et, si on n'y prend garde, retombe dans un état de plus en plus accentué. Il faut donc, dès qu'on s'en aperçoit, secouer son activité, le réveiller en un mot, pour combattre cette tendance ancienne du cerveau, qui ne saurait, on le comprend, disparaître du jour au lendemain après avoir duré des années.

Pour y parvenir, on a du reste maintenant un auxiliaire intéressé : c'est le malade lui-même. Une fois qu'il a compris la cause et le mécanisme de sa maladie, une fois qu'il a repris part à la vie normale, qu'il a eu la satisfaction de retrouver toutes sortes d'impressions, de sensations, de sentiments perdus, qui lui paraissent tout nouveaux, il est le premier à désirer se conserver en cet état et ne demande qu'à faire le nécessaire.

C'est ici, je crois, que la méthode que je préconise a une réelle supériorité sur toutesles autres : c'est de permettre au malade, dès qu'il s'en aperçoit, de sortir lui-même de son engourdissement, de se réveiller lui-même. On comprend toute l'importance que cela peut avoir pour un malade qui, ayant été traité par un médecin dans une autre ville que celle qu'il habite, se trouve livré à lui-même, à peine convalescent quelquefois, et exposé à des rechutes sous des influences impossibles à prévoir et à éviter, mais toujours possibles à survenir.

Voici sur quelles observations j'ai basé le procédé qui permet d'atteindre ce but : d'une part, à mesure que le réveil complet approche, le sujet prend conscience de tout ce qu'il éprouve et substitue des réactions volontaires aux réactions involontaires qu'il avait présentées antérieurement ; il se souvient, d'ailleurs en général, de tout ce qui se passe dans cette dernière période du réveil. D'autre part, les malades éprouvent spontanément le besoin de faire ces mouvements, de se détendre, quand ils se sentent mal à l'aise, et c'est ce qui les porte quel-

quefois à se tordre les membres, à déchirer, à crier, etc. Enfin ces réactions ne sont qu'une exagération de celles qui se produisent au sortir d'un sommeil normal profond. Lorsqu'il a bien compris ce qu'il éprouve quand il s'engourdit, qu'il connaît les signes objectifs auxquels^ il peut être certain que ce qu'il ressent est bien dû à son engourdissement cérébral, il n'a qu'à s'étendre et à faire, les yeux fermés, les mouvements d'étirement des membres et du tronc,^ d'oscillation de tète, qui se produisent à la fin du réveil. Ces mouvements volontaires le font quelquefois tomber dans un état analogue à Thypnose provoquée, mais où il conserve toute sa volonté pour faire les mouvements nécessaires.

C'est à l'ensemble de ces mouvements et de ces réactions, soit provoquées par le médecin, soit spontanées et volontaires, et aboutissant au réveil complet,que les premières malades qui ont été soumises à cette méthode ont donné le nom de irav)ail. Ce mot peint assez bien ce qui ce passe dans leur tète, où elles ont en effet, comme dans toute leur personne aussi, la sensation d'un travail qui s'opère. Les tei^mes de travail et de travailler m'ont paru dignes d'être conservés comme équivalent bref et simple des opérations diverses que comporte ce réveil : hypnose préalable, restaurations partielles de la sensibilité, réveil cérébral enfin, avec régression puis progression de la personnalité, le tout accompagné de réactions spéciales, localisées ou générales, caractéristiques.

J'habitue donc les malades, dès qu'ils se sentent un peu endormis, engourdis, — à la suite des premières promenades, d'émotions, et, comme je le disais plus haut, le matin au réveil: — à « travailler » immédiatement jusqu'à ce qu'ils se sentent complètement bien réveillés, la tête légère, les idées nettes, et la sensibilité absolument normale.

Ce travail volontaire amène exactement les mêmes réactions que le travail provoqué. Mais lorsque l'engourdissement survenu est un peu trop profond, le sujet a quelquefois de la peine à s'en 4'irer tout seul : le trouble de la conscience, qui résulte del'auto-hypnose provoquée

SoLLiER. — L'hystérie et son traitement. 13

par les réactions volontaires du début du travail, l'empêche de vouloir avec l'énergie suffisante pour lutter contre les manifestations douloureuses. Il faut dans ce cas que le médecin Taide. Mais il doit toujours le laisser d'abord livré à lui-même. Au bout de quelque temps le sujet va tout naturellement « travailler » dès qu'il se sent fatigué, mal à l'aise, et le matin surtout pour se réveiller tout à fait complètement. Peu à peu, il s'habitue ainsi à ne compter que sur lui, et, quand il rentre dans son milieu habituel, il sait ce qu'il faut faire pour se remettre d'aplomb s'il sentait quelque trouble ou quelque engourdissement. Il emporte donc avec lui le moyen radical de se guérir lui-même.

Dans les premiers temps de son retour je lui conseille de « travailler » ainsi tous les matins^ et de ne se lever que quand il a une conscience bien nette de toute sa personne, n'éprouve aucune gêne nulle part, a faim, peut bailler, et a ses idées très nettes, sans vague, sans lourdeur de tête. Ce travail lui demande souvent d'abord une heure, puis trois quarts d'heure, et très rapidement il lui suffit de dix minutes, pour être tout à fait bien dégourdi. Au bout d'un certain temps le réveil se fait normalement le matin, sauf de rares exceptions, et le sujet peut se dispenser de tout « travail n, en le réservant pour des occasions où il se sent envahir par l'engourdissement. J'ai un grand nombre de malades, grandes hystériques depuis dix et vingt ans, qui se maintiennent ainsi sans accidents depuis six et sept ans, sans rechute. Quelques-unes sont venues deux ou trois fois, à dix-huit mois ou deux ans d'intervalle, me demander de les faire (( travailler )> à fond^ sentant que certaines fonctions ne marchaient pas tout à fait bien. Et c'est tout.

Si j'ajoute que certaines de ces malades avaient été trai* tées déjà par d'autres méthodes, soit par moi-même, soit par d'autres médecins, et que c'est par cette méthode seulement que je suis parvenu non seulement à les guérir^ mais à les faire se maintenir elles-mêmes dans leur état normal, on conviendra que c'est là une méthode de choix dans le cas oii toutes les autres échouent, ou lorsque les

accidents sont si graves, si invétérés, si profonds, qu'on ne peut espére^ en venir à bout par les moyens ordinaires.

Est-ce à dire que, même avec elle, on est sûr de guérir toutes les grandes hystériques, même les plus anciennes. Je ne l'affirmerai pas, bien entendu. Il n'y a pas de maladies où il n'y ait des cas incurables, contre lesquels tout échoue.

Ce que je puis dire c'est que je compte les cas où elle a amené seulement une guérison momentanée ou bien une amélioration des symptômes , permettant toutefois le retour à la vie ordinaire que des accidents trop graves rendaient auparavant impossible, mais que je ne compte plus ceux où elle a remis assez complètement 'Sur pied de grandes hystériques pour qu'elles se marient, aient des enfants, et reprennent une vie absolument normale sans rechute depuis plusieurs années, alors qu'elles traînaient une malheureuse existence et paraissaient condamnées à l'incurabilité, à laquelle elles étaient d'ailleurs résignées. Le D' Gomar, médecin directeur de la Villa Montsouris, à Paris, qui a appliqué maintes fois cette méthode dans des cas graves qu'on lui confiait en dernier ressort, est arrivé à des résultats absolument identiques aux miens, tant au point de vue des réactions observées que de la guérison. Je suis heureux de voir mes théories et mes méthodes confirmées par un clinicien aussi consciencieux et compétent.

La durée d'un pareil traitement est longue. I) y faut plusieurs mois souvent, de quatre à huit ou dix dans les cas exceptionnellement sérieux, anciens, ou dans ceux où les malades ne font aucun effort pour aider à leur guérison, n'ayant aucun but dans la vie, rien qui les stimule et leur en donne ie désir. C'est dans ces cas que le traitement moral proprement dit, que l'action morale du médecin doit et peut avoir une grosse influence.

De plus, il faut bien savoir que ce n'est pas dès les premières séances qu'on obtient le réveil cérébral. Avant d'en arriver à la régression de la personnalité qui en

résulte, et qui dure un assez long temps, il faut restaurer la sensibilité des membres et des viscères, et cela ne se fait pas en un jour. Des semaines y sont souvent nécessaires. Ensuite, une fois la régression et la progression de la personnalité en marche, il. y a des temps d'arrêt, des reculs pour ressaisir plus complètement certains détails des événements passés, puis des progrès en avant. Et toutes ces alternatives demandent encore longtemps avant que rien de la personnalité passée n'ait été revu, revécu, ressenti. Mais si cette méthode est longue, c'est que les cas dans lesquels on est obligé de l'employer sont seulement les plus graves, les plus invétérés. Quand il s'agit de guérir des états qui sont considérés comme incurables la question de temps est secondaire.

On peut d'ailleurs dire de cette méthode ce qu'on peut dire de toutes : tant vaut l'homme tant vaut la méthode. Il faut y consacrer beaucoup de patience et de temps. Il n'est pas rare de voir des traitements demander de soixante à cent séances et quelquefois plus. Or, ces séances durent au moins deux heures et souvent davantage. On voit quel temps un médecin perdrait en ville à l'employer. D'ailleurs les conditions de l'entourage rendraient son application presque impossible. On ne peut pas toujours choisir son heure pour faire « travailler » une hystérique. C'est souvent une occasion, un accident à arrêter, qui vous force la main. Il faut être là pour pouvoir en profiter. Que diraient des parents, et dans quel étonnement et quel embarras seraient-ils, en voyant leur enfant se réveiller en se croyant revenue à cinq ou six ans en arrière ! Ils croiraient qu'elle devient folle, ou plutôt que c'est le médecin qui la rend folle, et ils suspendraient tout traitement. Dans un établissement spécial où on est habitué à ces phénomènes, cela ne soulève même plus la curiosité; rien ne se passe d'ailleurs, devant les autres malades. Le médecin, en outre, est toujours là; et comme le ce travail », une fois mis en train, se continue automatiquement, il lui est facile de pouvoir vaquer à ses soins auprès d'autres malades, tout en venant le plus souvent possible surveiller l'évolution des phénomènes chez la malade en « travail » sous

la garde du personnel habitué à cette méthode^ et pouvant rendre compte de ce qui se passe hors de la présence du médecin.

Outre que Tisolement est nécessaire aux malades sou* mis à cette méthode^ pour éviter le trouble que jetterait dans leur esprit la vue de leur famille qu'ils ne reconnaîtraient plus bien pendant leur régression^ trouble qu'ils n'éprouvent pas quand cela se passe parmi des étrangers et dans un milieu nouveau, on comprend que la proximité continuelle du médecin traitant, la durée des séances de « travail », sans compter le traitement moral qui s'exerce d'une façon en quelque sorte continue pendant la journée, que tout cela, dis-je, rende impossible, ou tout au moins peu praticable, son application en dehors d'un établissement spécial.

On peut combiner l'hydrothérapie à ce traitement par réveil cérébral. En ce cas, je la donne sous forme de douches en jet brisé à 40*. Mais le plus souvent je m'en abstiens complètement. La plupart du temps en effet j'ai constaté — et le D' Gomar a fait la même remarque — que les douches font perdre la sensibilité restaurée avec trop de facilité, et détruisent ainsi en une demi minute des résultats qu'on a mis souvent plusieurs heures à obtenir.

Les exercices de mécanothérapie spéciale que j'ai indiqués plus haut trouvent aussi leur emploi, pour aider ou mettre en train le « travail » de certaines régions — membres, cou, tète — . A la fin du « travail » surtout, au moment du réveil définitif, il est indispensable que le médecin aide le sujet dans ses efforts violents pour se réveiller.

Isolement, réveil général du cerveau, sans ou le plus souvent avec hypnose, avec adjonction de l'hydrothérapie et de la mécanothérapie s'il y a lieu, et traitement moral au moment de la reconstitution de la personnalité normale du sujet, telles sont les bases rationnelles de la méthode à employer avec les grandes hystériques, d'ancienne date y à accidents multiples , avec anesthésie généralisée et vigilambulisme complet^ lorsque tous les

198 TRAITEMENT GÉNÉRAL DE L'hTSTÉRIE

autres procédés, isolés ou combinés, ont échoué soit totalement, soit partiellement»

£n règle générale, en effet, il faut éviter Thypnotisme chez les hystériques à cause de leur accoutumance possible si on n'y prend garde, et n'employer d'ailleurs jamais que les méthodes nécessaires, mais dans toute leur précision et leur rigueur. A ce prix seulement est le succès.

C'est à cet ensemble de moyens que je donne le nom de traitement d'ensemble de l'hystérie, pour ne pas le confondre avec le traitement général, terme qui s'applique aux procédés généraux seulement, par opposition avec les procédés spéciaux, comme nous le verrons dans la troisième partie.

Un mot encore. Puisqu'il s'agit en somme dans l'hystérie d'un état de sommeil, d'engourdissement, d'arrêt cérébral, des fonctions de l'écorce pour mieux dire, et que te traitement n'a pas d'autre but que de produire le réveil, la remise en jeu de cette écorce, il y a peut-être d'autres procédés, d'autres agents physiques ou chimiques capables de produire ce résultat. Je n'en connais pas, mais l'avenir nous en fournira peut-être. En tous cas le principe reste le même«

Traitement propliylactiq[ue.

Existe*t-il un traitement prophylactique de l'hystérie? Existe-t-il même des mesures prophylactiques ? Je crois qu'on peut répondre que non, quoiqu'en disent certains auteurs, en donnant quelques conseils applicables à tous les enfants nerveux en général : vie calme, au grand air, absence d'excitations de toutes sortes, alimentation saine et fortifiante, exercices physiques, peu de travail intellectuel, direction morale ferme et régulière. Tout cela est excellent, mais quand on le conseille à une famille de névropathes il est bien exceptionnel qu'on écoute le médecin.

Au moment de la puberté, occasion si fréquente de l'éclosion de l'hystérie, le médecin a un peu plus de chances

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