TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE
de prévenir le mal, ou plutôt de l'enrayer à ses débuts. Car lorsqu'on y pense, c'est qu'il est déjà en voie d'évolution. Ce sont des céphalées persistantes, n'ayant pas le caractère de la migraine, avec hyperesthésie du cuir chevelu souvent, poussant les fillettes à demander qu'on leur coupe les cheveux, de la diminution de l'appétit et du sommeil, avec cauchemars et rêves, de la difficulté pour apprendre et surtout retenir, des caprices de caractère, de la fatigue générale ou simplement cérébrale. Toutes ces manifestations, qu'on met ordinairement sur le compte de la formation, de la croissance, de l'anémie, sont en réalité des troubles purement hystériques. Il faut alors suspendre sans hésitation les études, envoyer la jeune fille ou le jeune garçon à la campagne, mener la vie simple sans travail cérébral, et ne les ramener que lorsque le sommeil et l'appétit sont redevenus bons, et que la céphalée a cessé. Le malheur est que le plus souvent on se dit que tout cela est dû aux causes que je rappelle plus haut et que « cela passera tout seul )>. C'est en effet' ce qui arrive quelquefois, souvent même si l'on veut; mais que de fois aussi l'évolution continue, et suffit-il d'une émotion quelconque pour déterminer un trouble de sensibilité permanent, autour duquel va se faire la propagation et la généralisation de l'anesthésie, jusqu'à ce qu'un accident plus ou moins bruyant vienne enfin attirer l'attention.
La véritable prophylaxie de r hystérie, c'est de la reconnaître dès ses premières manifestations et d'agir en con^ séquence.
En ce qui concerne la prophylaxie de la récidive, on ne peut guère formuler non plus de règles précises. Tout dépend des conditions dans lesquelles l'hystérie s'est développée, et de celles où va se retrouver le malade après sa guérison. C'est une question d'espèce où l'expérience personnelle du médecin peut seule servir de guide.
Il y a une question que l'on ne peut passer sous silence, car elle est souvent soulevée par les familles : Peut-on etdoit'On marier une hystérique'^* Si l'hystérie est consti-
tuée, si la malade est sujette à des accidents sérieux ou fréquents^ il me paraît hors de doute qu'on ne doive pas la marier, et que le mariage ne risquerait le plus souvent que d'aggraver son état. Sans compter que, comme je Tai vu plus d'une fois, des malades mariées ainsi en état d'hystérie, avec des troubles de la personnalité beaucoup plus marqués qu'on ne croyait^ changeaient de caractère en guérissant et voyaient alors les choses d'une tout autre façon qu'au moment de leur mariage.
Quand Thystérie a été guérie complètement, et que depuis un certain temps^ un an ou deux ^ns au moins, il n'y a pas eu d'accident, il est bien difficile de déconseiller le mariage, et, le déconseillerait-on, de l'empêcher. Bien souvent d'ailleurs, je l'ai vu avoir de très bons effets, en donnant à la jeune fille un but dans la vie, une occupation, un intérêt, en même temps que ses fonctions gênésiques y trouvent une satisfaction toute naturelle. C'est souvent un trouble de ces fonctions qui a déterminé l'hystérie. Quand celle-ci guérit, elles reparaissent donc comme les autres, et il n'y a aucune raison pour ne pas les laisser s'exercer, d'autant qu'elle^ sont une des plus importantes à une certaine période de la vie'de la femme, et ont un retentissement plus ou moins marqué sur toutes les autres.
La maternité elle-même n'a pas d'inconvénients, et elle sert bien souvent, 'si la jeune femme est bien constituée^ à donner un coup de fouet plus énergique encore à la reprise de ses fonctions organiques, à sa vitalité, et la modifie aussi heureusement au point de vue moral.
En somme, à moins d'être en présence d'hystérie confirmée, on ne peut défendre à une hystérique de se marier ni d'être mère. Et on peut d'autant moins 1q lui défendre qu'elle passerait outre ainsi que sa famille.
Quant à compter sur le mariage pour guérir l'hystérie, il me paraît plutôt avoir l'effet contraire, et l'on ne saurait davantage le conseiller pour empêcher une récidive.
Le seul parti qui me semble sage en pareil cas est d'attendre que l'hystérie soit guérie depuis un temps suffisamment long pour qu'on puisse considérer la guérison