IDÉES FIXES
jointes persistent également et se substituent à Tidée fixe antérieure, comme l'état cérébral nouveau se substitue à l'ancien. Tandis que normalement le cerveau, après une impression vive déterminant en lui un état spécial, avec ses concomitants sensitif, cénesthésique et idéologique^ revient à son état habituel et que la continuité se trojive établie entre tous les états successifs qu'il peut présenter, réalisant ainsi la continuité de la conscience, de la mémoire et de la personnalité, il n'en est plus de même du eerveaii hystérique. Après chaque nouvelle impression forte il ne reprend pas son état antérieur; c'est donc en quelque sorte chaque fois un cerveau d'une qualité nouvelle, de degré moindre, sur lequel les impressions vont produire des effets différents, et affaiblis ordinairementi qui entre en fonction et qui est différent du précédent.
La continuité de la conscience, de la mémoire et de la personnalité, se trouve ainsi interrompue, et c'est à un système nouveau qu'on a affaire chaque fois. Cette solution de continuité peut être absolue — comme dans les cas de double conscience, ou d^ consciences multiples qu'on connaît — mais elle n'est le plus souvent qu'incomplète^ une partie seulement du cerveau subissant des modifications nouvelles persistantes, sous l'influence d'impressions n'agissantquesurun certain nombre seulementde centres cérébraux.
On se trouve donc en présence d'une succession d'états cérébraux distincts et comportant des états sensitifs, cénesthésiques et moteurs d'une part, des états intellectuels et émotionnels de l'autre, qui constituant des personnalités superposées plus ou moins distinctes les unes des autres. Il est dès lors facile de comprendre qu'il est oiseux de chercher à détruire les idées qui sont partie intégrante de chacune de ces personnalités.
Ces idées ne sont pas des choses imaginaires et fausses; elles se rapportent à des impressions réelles; on ne peut donc les détruire qu'en les annihilant par amnésie suggérée, pu en leur substituant des hallucinations contraires, également suggérées. Est-il bon de développer ces accidents artificiellement sur un cerveau qui a, par constitua
âi4 TRAITEMENT SPÉCIAL DE l'hYSTÉRIE
tioo, tendance à les produire spontanément? Nest-ce pas entretenir d*un côté ce qu'on détruit de Tautre? N'est-ce pas créer dans l'esprit un état de confusion dangereux, et est-on bien sûr que l'amnésie et l'hallucination suggérées persisteront toujours? Qu'adviendra-t-il si elles ne persistent pas? Ou l'état antérieur reparaîtra, ou il faudra constamment les entretenir par suggestion hypnotique? Est-ce là une méthode pratique, à la portée de tous les médecins d'une part, et facile à appliquer à des malades qui doivent, après leur cure, quitter le médecin suggestionneur? Je ne le pense pas, etc'est pourquoi je repousse formellement cette méthode de la dissociation de l'idée fixe préconisée par M. Janet, tant au point de vue théorique qu'au point de vue pratique.
Si nous partons au contraire du mécanisme de la formation de l'idée fixe telle que je viens de la rappeler, nous voyons qu'il suffira de réveiller le cerveau de son engourdissement progressif pour voir reparaître successivement toutes les phases de cet engourdissement et par conséquent tous les états de personnalité que le sujet a présentés, avec les modifications de la sensibilité, de la cénesthésie, de la motricité, et enfin des idées et émotions qui les constituent. Si donc on restaure la sensibilité d'un organe — c'est-à-dire en réalité du centre cérébral sous la dépendance duquel il est placé — lorsqu'on observera une idée fixe en rapport avec un état sensitif et fonctionnel anormal de cet organe, on est certain de voir disparaître l'idée fixe. Et cela est si vrai que si une cause quelconque, absolument différente de la cause première, amène le même état sensitif et fonctionnel anormal de l'organe, on verra aussitôt reparaître l'idée fixe qui lui avait été primitivement liée. Ce n'est donc pas Tidée qui crée le trouble hystérique, c'est le trouble hystérique qui entretient l'idée.
Or, ce trouble hystérique fonctionnel, nous avons bien des moyens de l'atteindre et de le faire disparaître. Nous les avons passés en revue dans le traitement général. Nous avons vu qu'ils sont essentiellement physiques, mécani-