‹ L'hystérie et son traitementChapitre 40 sur 62 · DEDOUBLEMENT DE LA PERSONNALITÉ · texte numérisé non relu

DEDOUBLEMENT DE LA PERSONNALITÉ

ques même, et par conséquent à la portée de tous les médecins, même si on est obligé de recourir à. l'emploi de l'hypnose. ^

La longue durée du traitement et surtout la perte de temps considérable que ces procédés occasionnent à un médecin dans la clientèle de ville, en outre des conditions beaucoup plus favorables à leur application quand on soumet le malade à Tisolement, toutes ces considérations que j'ai déjà soulevées, et sur lesquelles je n'ai pas à revenir ici, nécessitent le plus souvent son placement dans un établissement spécial. Mais l'avantage considérable que trouve le malade à cette méthode — qui, je le répète, peut à la rigueur être appliquée par tous les médecins en dehors d'une maison de santé — c'est que, une fois guéri, il n'a plus besoin de rester continuellement sous la direction du médecin qui l'a soigné, même quand le réveil a eu lieu dans l'hypnose, comme c'est le cas dans la grande hystérie à accidents multiples, anciens, invétérés. En effet, le malade sait lui-même se débarrasser de son engourdissement cérébral et par conséquent de ses idées fîxes^ comme de tout autre accident, s'il les sentait reparaître. S'il ne se croit pas capable d'en sortir tout seul, son médecin ordinaire peut l'y aider très facilement en l'endormant, s'il l'a été, et en se contentant de lui dire de (( se sentir complètement, de se réveiller complètement». En une ou deux heures il remet son malade dans son état normal.

Telle est la méthode que je préconise dans les cas d'hystérie grave avec idées fixes, et grâce à laquelle j'ai pu en guérir qui duraient depuis plus de vingt-cinq ans, sans rechute depuis plusieurs années, et qui avaient résisté à tous les autres traitements que j'avais employés moimême. Donc, en présence d'un cas de grande hystérie avec idées fixes, isolement du malade et réveil cérébral.

Dédoublement de la personnalité.

Ce trouble constant dans l'hystérie, au moins à certaines phases, est la conséquence même de l'engourdissement du cerveau, une partie étant engourdie et l'autre non, ou l'étant moins. Si tout le cerveau était engourdi de la même

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façon, il n'y aurait pas de dédoublement. C*est ce qui arrive quelquefois^ mais rarement. Quand cela se produit, on en constate toujours néanmoins quand le cerveau se réveille et repasse par les étapes du début, où son engourdissement Tenvahissait peu à peu et d'une façon inégale. On peut donc observer du dédoublement dans des cas légers et cesser de le rencontrer quand Thystérie est généralisée et l'engourdissement cérébral très profond. Ce n'est donc pas à proprement parler un accident de rhystérie, c'est l'état hystérique lui-même. Il n'y a pas de procédé spécial pour le faire disparaître. C'est le traitement général de l'hystérie qui lui est applicable.

États seconds, — Automatisme ambulatoire.

Ces deux accidents ne sont que des aggravations, et des conséquences des troubles que nous venons d'examiner. Les états seconds, pendant lesquels peut se produire l'automatisme ambulatoire, qui en forme une variété particulière à cause des conséquences spéciales que cela peut avoir, ne sont en réalité pas autre chose que des retours plus ou moins brusques à des étals de personnalité antérieurs. Ils dénotent, quelque degrés quelque durée qu'ils présentent, un trouble très marqué de la personnalité et par conséquent une hystérie généralisée, un engourdissement profond.

On ne traite pas séparément les états seconds. Ils disparaissent avec l'hystérie sous l'influence du traitement d'ensemble.

Amnésie. — Aboulie,

Je pourrais en dire autant de ces troubles, qui font partie intégrante de l'hystérie, et n'en constituent pas des accidents plus ou moins fréquents seulement. Toutes les hystériques ont des troubles de la mémoire, toutes ont une diminution de la volonté. Les impressions extérieures ne déterminant plus les modifications normales dans les centres cérébraux appelés à les recevoir, par suite de leur engourdissement, elles ne sauraient en effet être suffi-

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samment fixées et conservées pour constituer des souvenirs : voilà pour la mémoire, qui est surtout atteinte dans ses deux premières opérations^ la fixation et la conservation qui en est la conséquence. Quant à la volonté^ qui n'est en somme que la réaction motrice aux excitations diverses, il est évident qu'elle est affaiblie, tant par le fait de la diminution de réceptivité de ces excitations par le cerveau engourdi que par l'engourdissement lui-même des centres sensitivo-moteurs.

Les souvenirs de tous ordres constituent en grande partie notre personnalité, car c'est par eux que tous nos états antérieurs se trouvent reliés à l'état présent. Or, nous avons vu, à propos des idées fixes, comment les divers états de personnalité que nous traversons peuvent être indépendants les uns des autres chez les hystériques et se masquer réciproquement ; et nous avons montré d'autre part que le réveil cérébral ramenait tout naturellement tous les souvenirs et rétablissait le lien interrompu entre les diverses phases de notre conscience et de notre personnalité. Il suffît donc de procéder à ce réveil pour faire disparaître les troubles de mémoire, qu'ils consistent dans un simple affaiblissement du pouvoir de fixation et de conservation, ou qu'ils aillent jusqu'à l'amnésie rétrograde ou rétro-antérograde la plus complète.

Dans ces derniers cas faut-il, comme on en a cité des exemples restés célèbres et rares, tenter la rééducation complète des sujets? C'est un procédé terriblement long, et d'ailleurs peu sûr, puisque, si l'amnésie persiste, c'est que l'état cérébral persiste lui-même, et par conséquent ne sera guère apte à de nouvelles acquisitions. Ce n'est en tout cas pas une méthode pratique, ni rapide. Faut-il essayer, dans les formes limitées à une période relativement courte, d'éveiller dans l'esprit du malade ses souvenirs abolis par le récit des événements qu'il a oubliés? On peut arriver à lui faire apprendre ainsi ce qu'il a fait pendant la période sur laquelle porte son amnésie ; il se souviendra de ce que vous lui apprenez, mais il ne se rappellera pas, il ne se représentera pas les circonstances elles-mêmes; il saura^ il ne se souviendra pas. Cela peut

lui rendre service, mais cela ne lui restaure pas sa mémoire personnelle.

J'ai montré par diverses expériences et des cas cliniques, dont un des plus remarquables a été rapporté par le D' Gomar ^ et confirme pleinement ma théorie^, que Tarnnésie rétro-antérograde, qui peut se rencontrer à Tétat isolé sans autre phénomène hystérique, est dû à Tanesthésie^ à l'engourdissement des lobes frontaux, que révèle d'ailleurs l'anesthésie localisée à la peau du front, alors que tout le reste du crâne a sa sensibilité normale. Il suffit alors d'endormir le sujet, et de lui ordonner de « sentir son front » ou de « se réveiller complètement » pour voir les souvenirs reparaître régulièrement, en même temps que l'anesthésie cutanée frontale disparait et que le malade éprouve dans la partie antérieure du cerveau toutes les sensations du retour de l'activité cérébrale, et en particulier des douleurs souvent très vives, qui paralyseraient quelquefois ses efforts si le médecin n'était là pour l'encouger et l'exciter.

C'est donc au réveil cérébral qu'il faut recourir dans ces cas, et on peut l'essayer avant d'isoler le malade, quand il n'y a pas eu autrefois d'autres manifestations hystériques. Car il y a de grandes chances alors de voir la régression de la personnalité et sa reconstitution subir des alternatives assez nombreuses avant que cette dernière soit stable, et nécessiter par conséquent une direction assez longue et soutenue qui ne peut se faire efficacement que dans un établissement spécial.

Contre Vaboulie^ on peut également employer des méthodes de rééducation, d'entraînement. J'en ai cité un cas en collaboration avec le docteur Séglas^,oii le résultat a été assez satisfaisant^ mais incomplet.

Comme l'amnésie, il est rare que l'aboulie existe à l'état

< Loc. cié. Revue Neurol., 1900.

• Le Problème de la Mémoire^ Paris, 1900.

' Séglas et Sollier. Folie puei'pérale. Amnésie. Astasie et abasie. Arch., de neurol., t. I, 1891.

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