HYPOCHONDRIE
de manifestation hystérique isolée. Elle est le corollaire obligé, pour ainsi dire, de l'amyosthénie d'une part et de Taffaiblissement des perceptions de l'autre. Quand on procède au réveil cérébral, on constate que le sentiment de la volonté est un des derniers à reparaître ; c'est tout à fait à la fin, près du réveil, que le sujet a conscience que « c'est lui qui veut », et que ce n'est plus une force étrangère à lui, quoique intérieure à lui, qui le mène. Pour favoriser ce sentiment de puissance personnelle et de volonté, j'ai pour habitude de pousser le réveil jusqu'à ce que le sujet me résiste assez pour que, lui appliquant la main sur les yeux ou le front pour l'endormir de nouveau, il ne s'endorme plus. Sa volonté équilibre donc alors — en y mettant de mon côté un peu de complaisance — la mienne.
Du reste la rééducation de la volonté se fait tout naturellement dès que le malade est isolé, puisque son but, à partir de ce moment, est de reconquérir sa liberté et, pour l'atteindre, de faire tous ses efforts. De plus, le médecin traitant doit habituer son malade, une fois entré dans la période de reconstitution de sa personnalité, de consolidation, après la disparition des accidents, à exercer sa volonté à propos des moindres actes de l'existence, et le forcer à prendre lui-même des décisions de plus en plus importantes. C'est là une des parties de ce que nous avons étudié sous le nom de traitement moral et celle qui nécessite plus que toute autre la présence constante du médecin au milieu de ses malades, car il doit profiter des mille occasions de la vie journalière pour faire cet entraînement.
Hypochondrie.
Ordinairement les hystériques assistent à l'évolution de leurs accidents et éprouvent les sensations les plus bizarres sans paraître s'en émouvoir, comme si elles se rendaient compte qu'en réalité rien n'est lésé dans leur organisme et que tout, par conséquent, est réparable un jour ou l'autre. Et l'on peut dire que plus les accidents sont sérieux, plus l'hystérie est profonde, et plus
elles y sont indifférentes. Elles veulent bien guérir, mais elles ne veulent pas faire ce qu'il faut pour cela.
Mais^ dans les cas où Thystérie est plus légère, où elle atteint surtout la cénesthésie, comme cela se produit souvent chez les hommes, il n'en est plus de même. La diminution de la cénesthésie produit un état de malaise qui inquiète le sujet : il greffe des interprétations sur toutes ses sensations, a des appréhensions de toutes les maladies imaginables, et devient un véritable hypochondriaque.
C'est une des plus mauvaises formes de l'hystérie. Elle se développe sur un terrain mental assez faible généralement.
Son traitement est celui de l'hystérie en général. On peut essayer, au début, de quelque diversion par des voyages, des occupations nouvelles et intéressantes. Mais quand cela prend des proportions telles que le malade devient incapable de travailler, passe son temps à gémir, et à manifester ses craintes de mourir, il faut recourir à l'isolement et au traitement général ; l'hydrothérapie (douches froides ou écossaises), la mécanothérapie, le traitement moral surtout, trouvent ici leur application. Malheureusement il faut plutôt compter sur des amélio* rations que sur des guérisons. C'est la forme la plus rebelle de Thystérie : c'est celle qu'on qualifie souvent d'hystéro-neurasthénie, et qu'on rencontre habituellement dans l'hystérie traumatique, particulièrement à la suite d'accidents de chemins de fer ou autres.
Hallucinations, délire, folie.
Avec l'hypochondrie nous empiétons sur le terrain de la médecine mentale. C'est à cette forme, comme à celles où l'on rencontre les hallucinations et le délire^ qu'on peut donner le nom d'hystérie mentale.
Les hallucinations sont fréquentes dans l'hystérie ; elles sont ordinairement visuelles. Elles peuvent exister tout à fait isolées sans entraîner de délire ; elles ne sont alors qu'un rêve plus extériorisé que ceux qui hantent les grandes hystériques.
Elles ne sont souvent aussi que la reproduction, à l'état