‹ L'hystérie et son traitementChapitre 45 sur 62 · HYPERESTHÉSIE — POINTS DOULOUREUX · texte numérisé non relu

HYPERESTHÉSIE — POINTS DOULOUREUX

Les points douloureux sont un phénomène constant dansThystérie, même peu développée et relativement localisée. Chaque fois qu'on les constate on peut être sûr que l'organe sous-jacent est troublé, diminué dans son fonctionnement, que ce soient les ovaires ou l'estomac, le cœur ou les poumons. Quand il s'agit des membres, c'est surtout au niveau des renflements de la moelle qu'on les rencontre, et enfin, quand l'hystérie est très développée, que les centres corticaux sont le siège d'un engourdissement marqué, ce n'est plus seulement sur le corps, qu'on les observe, mais sur la tête, dans les régions sus-jacentes aux centres intéressés. Lorsque l'hystérie est généralisée à toute l'écorce, le crâne tout entier aussi est douloureux et il devient impossible de distinguer le rapport qui existe entre les troubles périphériques et les points douloureux du crâne. Mais quand on procède aux restaurations partielles de la sensibilité, au réveil cérébral, ils deviennent au contraire évidents et le malade lui-même en indique la place, en même temps qu'il éprouve au niveau de l'organe les sensations et les réactions caractéristiques du retour de la sensibilité et de sa fonction.

Les points douloureux ont donc une grande importance au point de vue de l'appréciation, tant du siège des organes les plus troublés dans leur fonctionnement, que du degré de leur trouble, que ce soit le cerveau ou un organe quelconque que l'on considère ; viscère, muscle ou articulation. Gela étant,»la conclusion au point de vue thérapeutique s'impose d'elle-même : il est absolument inutile et même contre-indiqué de chercher à supprimer ces points douloureux par des procédés locaux analogues à ceux que Ton doit rejeter dans le traitement de l'hyperesthésie. C'est cependant contre eux plus encore que contre elle qu'ils ont été employés, parce que leur application sur un point localisé est plus facile.

Mais parmi ces procédés, il en est deux qu'il faut proscrire d'une manière tout à fait spéciale : ce sont les vésicatoires et les pointes de feu. J'ai vu souvent de malheureuses jeunes filles dont le creux de l'estomac, ou la partie supérieure de la poitrine avaient été ainsi couverts de

pointes de feu absolumeat inutiles, et dont la trace persistante les désolait, avec juste raison, une fois guéries. Il serait bien difBcile d'ailleurs de dire à quelle conception pathogénique correspond une telle manière de faire.

J'en dirai autant de la pratique de la compression permanente des ovaires ou d'autres organes, sous prétexte que la compression les calme quelquefois. Il y a à cela une raison : c'est qu'elle entrave la circulation et augmente ainsi l'anesthésie, aggravant par conséquent l'état qu^elle a la prétention de combattre.

En présence des manifestations douloureuses de l'hystérie c'est le cas ou jamais de se rappeler ce principe fondamental de la thérapeutique : Primum non noceuse. Ce sont aussi celles qui se réclament le plus de cet autre adage : Noli me tangere. Que d'hystéries n'auraient pas été aggravées et entretenues si on ne les avait jamais traitées !

En présence d'un cas d'hystérie avec points douloureux nombreux, permanents, surajoutés toujours d'ailleurs à une aneslhésie plus ou moins profonde, c'est donc au traitement général et non à des procédés symptomatiques qu'il faut recourir. Il s'agit toujours d'une hystérie grave, beaucoup plus ancienne qu'on ne croit, et à laquelle il faut opposer tous les moyens dont on dispose avec l'isolement.

Pei^versions sensitivo-sensorielle^

Il y a lieu de signaler un assez grand nombre de troubles sensitivo-sensoriels qu'il est assez difficile de classifier, mais qui montrent combien les hystériques paraissant le plus jouir de toutes leurs facultés intellectuelles sont sujettes à de grandes erreurs de jugement. C'est ainsi que le sentiment qu'elles ont de leur propre personne est presque toujours perverti. Elles se sentent un des côtés du corps plus gros, plus lourd que l'autre ; leurs articulations paraissent déboîtées, leur tête est plus grosse d'un côté que de l'autre, il leur semble qu'il n'y a plus d'os dans leurs membres ; la peau leur parait épaisse, rigide,

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L'appréciation des distances et des dimensions est souvent faussée aussi : tantôt tout leur paraît trop grand, tantôt trop petit ; les objets leur semblent tout près d'elles et elles les dépassent en voulant les atteindre ou, au contraire, tout leur paraît lointain, et quelquefois même ces sensations succèdent Tune à l'autre très rapidement, d'où le sentiment de vertige qu'elles ont souvent.

On n'en finirait plus de signaler toutes ces sensations bizarres qui ne sont généralement pas avouées par les malades, mais qui les font agir d'une manière anormale et qui attire l'attention des gens exercés.

La contradiction entre la réalité qu'elles savent devoir exister et ce qu'elles sentent leur montre leur erreur quand il s'agit des choses matérielles. Mais dans Tordre moral, les mêmes illusions se produisent, et l'on voit alors quelles conséquences cela peut entraîner dans les jugements et dans la conduite. Seulement là, elles n'ont pas de contrôle sur elles-mêmes et sont convaincues que ce qu'elles sentent est vrai, d'où leur obstination à soutenir des choses fausses ou absurdes. Tout cela disparaît par le traitement, et elles sont alors les premières à vous signaler tous les jugements bizarres, toutes les idées erronées qu'elles avaient fondés sur ces perversions sensorielles.

A7'th7*algies.

L'hyperesthésie limitée aux articulations n'est qu'un cas particulier de ce que nous venons de dire de l'hyperesthésie en général et des contractures douloureuses, qui en sont d'ailleurs fréquemment la conséquence. On sait que la sensibilité articulaire est une des plus délicates et de celles qui persistent le plus. Aussi est-ce assez facile de combattre les arthralgies, comme les contractures douloureuses, non pas par le massage qui les exaspère, mais par la mobilisation forcée, puis volontaire. Comme pour toutes les manifestations douloureuses, il faut être prévenu de l'augmentation delà douleur au début des manœuvres pour passer outre.

Névralgies.

Il est permis de se demander s'il existe de véritables aévralgies hystériques. Du moins, chaque fois que de tdles névralgies sont tombées sous mon observation, n'y ai-je jamais rencontré les points douloureux caractéristiques au niveau de Témergence des filets nerveux, et ai-je toujours vu au contraire la douleur siéger dans les muscles des régions voisines, mais non sur le trajet du nerf luimême. Les grandes névralgies pelviennes, pour lesquelles tant de castrations inutiles ont été pratiquées sur des femmes et même des jeunes filles, ne sont dues qu'à des troubles de la sensibilité profonde, soit des ovaires, soit de l'intestin, soit des muscles intra-pelviens.

A ce propos je dois signaler certains faits qui peuvent avoir une grande importance au point de vue thérapeutique.

Le premier c'est que les points dits ovariens, s'ils siègent réellement aux ovaires dans un certain nombre de cas, siègent au moins aussi fréquemment au niveau de l'intestin, soit cœcum, soit rectum dans TS iliaque. On constatera fréquemment leur coïncidence avec de l'entérocolite muco-membraneuse qu'il faudra traiter comme nous le verrons plus loin.

Le second point, c'est que certains troubles paraplégiques sont dus à l'existence de ces points pseudo-ovariens qui siègent en réalité au niveau du psoas iliaque. Sous l'influence de la douleur, les femmes marchent le bassin un peu fléchi sur les cuisses, qui sont serrées, et si on commet la faute de les immobiliser sur une chaise longue sous prétexte de douleurs ovariennes par lésions, on ne tarde pas à en faire des paralytiques par appréhension de la douleur, qui ne fait qu'augmenter par le repos.

C'est alors qu'on fait un curetage utérin, puis une amputation du col, puis l'hystérectomie ; et les douleurs reparaissent toujours. La raison en est très simple : elles ne siègent pas dans l'appareil utéro-ovarien, mais dans les muscles pelviens. Il est facile de le constater : il suffit d'appuyer sur les points suivants : insertions lombaires du

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