TROUBLES LOCALISÉS
Ayant ainsi examiné successivement le traitement général de l'hystérie, puis les procédés à employer contre ses manifestations spéciales considérées au point de vue gêné-
rai de leur mécanisme, nous n'avons plus qu'à indiquer très rapidement maintenant à propos des nombreuses variétés que présentent les troubles hystériques suivant leur localisation, les particularités que celle-ci entraine dans l'application des procédés précédemment étudiés et décrits. Nous passerons donc en revue tous ces troubles en examinant successivement chaque système et chaque organe. Les procédés qne nous indiquons et dont nous nous servons journellement sont aussi simples que possible^ et n'exigent l'emploi d'aucun appareil, d'aucun dispositif compliqués. C'est l'utilisation de tout ce que Ton a partout sous la main. Il faut être en effet pratique avant tout et ce n'est pas pour apprendre à des malades à se servir d'objets spéciaux et à vivre d'une façon spéciale qu'on les traite, mais pour les mettre en état de mener de nouveau la vie ordinaire, dans leur milieu ordinaire, et de « vivre comme tout le monde. »
i4. — Fonctions motrices. — Membres.
Monoplégie brachiale.
Fixer l'attention du sujet sur sa main, puis lui faire exécuter avec la main indemne quelques mouvements des doigts, qu'on insiste pour lui faire répéter de la main paralysée, et en lui demandant sans cesse ce qu'il sent dans la main. L'attention expectante est ainsi mise en éveil par la curiosité de savoir ce qui va se passer et utilisée par l'attention volontaire. Si rien ne se produit, si l'anesthésie est trop profonde, il faut recourir aux mouvements forcés et essayer de déterminer un peu de douleur articulaire, par torsion du poignet. Dès qu'on l'a obtenue, le sujet commence à sentir quelque chose de vague dans sa main; les yeux fermés, il ne lui semble plus qu'elle n'existe pas, maià il la sent d'une façon vague, informe. On insiste alors de plus en plus jusqu'à ce que quelques mouvements se dessinent dans les doigts et la main. La première séance doit être courte, de dix à quinze minutes; la seconde est un peu plus longue, et ainsi de suite, sans
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qu'il soit jamais nécessaire de dépasser une demi-heure.
Dès que la main est un peu plus libre, on passe au segment supérieur de l'avant-bras et on fait constater au malade sa force dynamométrique comparée avec le côté opposé. On rintéresse ainsi à ses progrès, alors qu'il était auparavant indifférent à son état. On procède ainsi segment par segment de membre, en commençant à chaque séance par les mouvements de l'extrémité et en remontant. On fait alors exécuter des mouvements d'opposition en excitant toujours le malade à faire effort, à faire attention à ce qu'il ressent dans son bras. Les mouvements de torsion des articulations du segment considéré, et les tiraillements du membre tout entier^ sont souvent nécessaires pour réveiller un certain sentiment kinesthétique, qui, une fois apparu, se développe assez facilement. On fait faire simultanément au sujet les mêmes mouvements des deux côtés , non plus des mouvements d'opposition , mais des mouvements d'amplitude de plus en plus grande. Il est souvent bon de le placer devant une glace, pour qu'il se rende compte de l'inégalité qui existe entre les deux côtés et fasse ainsi effort pour égaliser ses mouvements.
Quand ces exercices gradués restent sans effet, ce dont on s'aperçoit dès les premières séances, il vaut mieux y renoncer, et comme dans ces cas la monoplégie n'est qu'un accident épisodique au milieu d'autres manifestations plus ou moins nombreuses, il n'y a qu'à s'adresser au traitement d'ensemble. La modification des autres troubles entraîne forcément à un moment donné un changement dans le membre paralysé, changement qu'il faut mettre aussitôt à profit, en agissant comme ci-dessus.
Enfin, si cela même est encore insuffisant, et si l'état local et général menace de rester stationnaire, alors il faut recourir au réveil de la sensibilité du membre et au réveil cérébral.
C'est ce qui arrive ordinairement quand on a affaire à une paralysie flasque. Quand il y a au contraire de la contracture, on en arrive beaucoup plus facilement à bout par les procédés généraux que nous avons indiquég précédemment.
Paraplégie des membres inférieurs.
Les mêmes exercices d'attention, la même mécanothérapie, y sont applicables au début pour arriver à éveiller une sensation kinesthétique si faible qu'elle soit. Une fois que celle-ci est provoquée par des mouvements passifs, on fait accomplir au sujet quelques mouvements volontaires. On le met d'abord dans la position couchée et on lui fait remuer les orteils, la cheville, puis retirer et allonger la jambe, enGn la soulever un peu du plan du lit.
On essaie alors de le placer assis sur une chaise : on lui fait d'abord relever la pointe des pieds, puis soulever le pied^ et la jambe par conséquent, en même temps ; il doit ensuite allonger la jambe et la maintenir au-dessus du sol. Les encouragements, les stimulations, ne doivent pas lui être épargnés pendant tout ce temps.
Quand ces résultats sont obtenus, même à un faible degré, on aide le sujet, en le tenant par les deux mains et en se plaçant en face de lui, à se relever de sa chaise et à se rasseoir sans se laisser retomber comme une masse. Ce n'est qu'après qu'on essaie de le mettre debout. Pour y arriver, on l'appuie contre un mur et on se place devant lui, en le soutenant sous les bras, en même temps qu'un aide appuie sur ses genoux, pour les empêcher de fléchir, pendant que soi-même on l'empêche de tomber de côté. Quand il est parvenu à se tenir tant bien que mal accoté contre le mur, on s'écarte alors un peu de lui en le soutenant toujours et on le détache du mur. Généralement il fléchit aussitôt sur les genoux. Il ne faut pas le laisser tomber, ce qui lui ôlerait de la confiance ; on recommence plusieurs fois et enfin on se place en face de lui, en le soutenant toujours, d'abord sous les bras, puis sous les coudes, puis parles poignets, et on le fait avancer en marchant soi-même à reculons, et en corrigeant au fur et à mesure les mouvements défectueux qu'il fait.
Peu à peu on le soutient moins, on le tient simplement par les doigts, puis par une seule main, puis par un seul doigt, en marchant toujours devant lui. Ce n'est que plus tard qu'on lui laisse le champ libre et qu'on marche à ses