‹ L'hystérie et son traitementChapitre 9 sur 62 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Maintenant que nous savons quel est le trouble fondamental d'où dérivent toutes les manifestations de l'hystérie, nous allons pouvoir aborder son traitement rationnel et scientifique, basé sur sa pathogénie et non pas sur l'empirisme. Mais ce n'est pas tout de savoir ce qu'il faut faire^ il faut encore savoir comment on peut le faire. Et ce passage de l'indication thérapeutique à son exécution, qui est ordinairement facile dans la plupart des maladies, constitue ici une des plus grosses difficultés pour le médecin. Car les nécessités du traitement vont très souvent à rencontre des exigences des malades et des idées de la famille. Il faut donc être très armé pour l'imposer, il faut que les conditipns de son application soient très précises, très bien réglées, toujours justifiées, pour ne pas faire de fausses manœuvres, ce qui est souvent pire que l'inaction.

Il est aussi une face du problème thérapeutique qui doit être tout particulièrement examinée quand il s'agit d'hystérie, c'est ce qu'on ne doit pas faire. Dans la thérapeutique de toutes les maladies il y a des contre-indications à l'emploi de certains procédés ; ici les contre-indications prennent une importance particulière, car de leur non observance il peut résulter des aggravations et quelquefois même des dommages irréparables pour le malade. Je ne veux citer pour le moment, comme procédé d'aggravation, que la mise en appareil de certaines contractures, et comme dommage irréparable que l'ovariotomie et Thystérectomie.

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Je m'efforcerai dans Texamen de chaque procédé d'en expliquer le mécanisme et j'aurai ainsi l'occasion de préciser bien des faits auxquels je n'ai pu que faire allusion dans la première partie. Je n'en resterai pas moins sur un terrain essentiellement pratique, mais j'estime que, en matière d'hystérie surtout, on ne saurait rien faire de bon si on ignore le pourquoi de ce que l'on fait et si on ne peut en donner, au moins dans ses grandes lignes, les raisons, sinon au malade lui-même, du moins à sa famille^ qui ne manque pas de le demander et qui se permet trop souvent de donner son avis au médecin et de le contrecarrer.

Après quelques considérations générales sur le traitement de l'hystérie, j'étudierai dans cette seconde partie Jes procédés généraux qui permettent de provoquer le réveil de l'activité cérébrale, conformément à la théorie physiologique que j'ai exposée.dans la première partie, et je terminerai par l'examen de quelques points particuliers tels que l'hystérie chez les enfants et les vieillards, l'hystéro-trâumatisme et la prophylaxie.

Dans la troisième partie, nous pourrons alors aborder 1 es procédés à employer contre les manifestations générales, soit physiques soit psychiques, et contre les troubles moteurs, sensi tifs, vaso-moteurs et trophiques qui n'ontpas de localisations spéciales et peuvent se rencontrer sur tous les points du corps, affecter tous les organes. Nous y examinerons enfin les. procédés spéciaux à utiliser contre les J;roubles affectant les divers appareils moteurs et sensoriels et les différentes fonctions.

En procédant ainsi nous agissons comme un médecin placé en présence d'un cas quelconque ; c'est l'ordre qui m'a semblé le plus logique et le plus pratique en même temps. Tout en passant en revue toutes les manifestations hystériques, nous n'avons pas besoin ainsi de faire des répétitions, car beaucoup d'entre elles n'ont aucun procédé de traitement spécial et sont passibles des moyens généraux que nous avons examinés d'abord. Il suffira donc de se reporter à ces procédés généraux, mais je crois néanmoins utile, à propos de chaque trouble, de rappeler

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aussi brièvemerit que possible ce qui doit être fait ou non.

Considérations générales.

Étant donnée la nature de Thystérie que nous venons d'établir, il est facile de comprendre que tous les efforts du médecin tendront à réveiller les fonctions cérébrales enrayées ou ralenties. Nous allons passer en revue tout à l'heure les moyens d'atteindre ce but, mais auparavant il me paraît indispensable d'attirer Tattention des médecins sur certains points essentiellement pratiques et dont la connaissance peut influer singulièrement sur l'issue du traitement. Les hystériques, même le plus profondément atteintes, savent toujours inconsciemment que les accir dents qu'elles présentent ne sont pas organiques, quelque apparence qu'ils en aient.; mais elles protestent énergiquement quand on leur affirme que « c'est nerveux ». Si, pour ne pas les contrarier, croyant même capter leur confiance en abondant dans leur sens, on a l'air de les croire, et si on leur prescrit un traitement comme s'il s'agissait réellement d'un trouble organique, elles perdent immédiatement toute confiance, font volontiers tout ce que vous leur ordonnez, mais sans aucun résultat. Combien de fois n'aije pas entendu des malades me dire en parlant des traitements subis antérieurement : « Oh ! ça m'était bien égal, je savais bien que ça ne me ferait rien. »

Plus une hystérique nie que ses troubles sont nerveux^ plus elle le sait inconsciemment^ et moins elle a confiance si on paraît la ciboire.

Mais ce n'est pas une raison pour traiter de billevesées et d'idées imaginaires toutes les sensations qu'elle décrit. Outre que ces sensations sont très caractéristiques, et, comme je l'ai dit, permettent de se rendre compte du degré et de la profondeur de l'hystérie, comme elles sont parfaitement réelles, quelque interprétation que le sujet en donne, il ne faut pas les repousser ironiquement. La moquerie dans ce cas, montre simplement à la malade que vous ne connaissez rien à son état, que c( vous ne la com-

prenez pas» et, tout en ayant Taîr de les écouter, elle cesse d'avoir toute confiance dans vos affirmations.

Non seulement il faut écouter avec bienveillance le récit de ces impressions, si bizarres parfois, il faut montrer encore qu'on les connaît^ qu'on les comprend, et si, comme c'est facile quand on a l'habitude des hystériques, on va au-devant de leurs aveux, si on leur demande si elles n'ont pas éprouvé certaines impressions qu'elles croient être les seules à avoir jamais eues, elles sont tellement heureuses d'être comprises, de voir que leurs maux sont enfin connus, qu'elles vous accordent toute leur confiance. Rien n'est plus facile alors que de leur imposer le traitement rationnel.

Si vous voulez agir efficacement sur une hystérique^ montrez-lui que vous comprenez et connaissez les moindres replis de son état^ qu'elle ne peut par conséquent rien vous dissimuler, A partir de ce moment elle cessera de protester que ses accidents sont organiques et non nerveux.

Inutile alors d'essayer de lui imposer par un traitement qui ne s'adresserait pas à son état nerveux. C'est une règle, dont je reconnais chaque jour davantage l'exactitude, que la suivante : Tout procédé employé dans le cas d'un trouble organique, est non seulement inefflcacCy mais souvent nuisible, quand il s'applique à un trouble hystérique ayant la même apparence. Gomme je l'ai dit plus haut, l'hystérique l'accepte fort bien sachant qu'il est inutile, d'où cette conclusion : Plus une hystérique se révolte contre le traitement qu'on lui propose, plus il a chance de réussir, à la condition, bien entendu, qu'il soit conforme à la pathogénie vraie de l'état général ou local hystérique.

La raison en est facile à comprendre : l'hystérique, par suite de cet état d'engourdissement cérébral, est dans un état d'aboulie et d'indifférence plus ou moins considérable, mais constant. Tout ce qui est capable de changer cet état amène du malaise, et quelquefois même de la douleur. Le sujet en a maintes fois fait l'expérience et se complaît dans son inertie. Tout ce qui le contrarie dans

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sa tendance à s'engourdir davantage lui est donc à la fois désagréable et utile. Bien loin de recommander d'éviter aux hystériques des contrariétés, il faut donc au contraire provoquer chez elles une révolte, une réaction qui a justement pour but de les réveiller. Mais il faut savoir utiliser cette réaction, mettre à profit le réveil produit momentanément, sinon on les laisse retomber dans leur état de sommeil d*oii il devient plus difficile de les faire sortir une autre fois. Aussi est-ce un médecin, et un médecin habitué au traitement des hystériques, qui peut seul mettre en œuvre ce procédé.

Il ne faut jamais oublier que toute fausse manœuvre est pire que de ne rien faire. Mieux vaut ne pas traiter une hystérique que la mal traiter. Aussi tous les essais que l'on fait si souvent, cette chasse aux symptômes si fatigante pour le médecin, si décourageante pour le malade et son entourage, sont-ils pires que la simple expectation. Primum non nocere. En ayant devant les yeux cette maxime, on ne se livrera pas à toutes les fantaisies de son imagination, comme certains ne le font que trop, parce qu'ils oublient simplement que chez les hystériques, plus que chez tout autre malade, on ne doit rien prescrire dont on ne puisse donner la raison, dont on ne puisse expliquer le mode d'action.

Et étant donnée la connaissance inconsciente que l'hystérique possède de son état réel, connaissance en vertu de laquelle elle suit ou contrecarre vos ordres, il est souvent d'une très grande utilité de lui expliquer d'une manière succincte le but que l'on poursuit et par quel mécanisme il sera atteint par le moyen qu'on préconise.

Dans le traitement de Vhystérie^ le malade est le principal auxiliaire du médecin et moins il y a d'intermé" diaires entre eux mieux cela vaut. C'est là un des principes qui justifient le plus l'isolement, où le malade se trouve placé sous la direction unique du médecin, les garde-malades n'étant que ses aides et les exécuteurs de ses volontés.

La première condition pour qu'un traitement quel-

conque réussisse étaat qu'il soit accepté et exécuté inté« gralement par le malade, on peut résumer ainsi comment le médecin doit s'y prendre pour atteindre ce double but : gagner la confiance du sujet en lui montrant qu'il connaît et comprend son état, même dans ses recoins les plus secrets ; ne rien lui ordonner qui n'ait pour objet de réveiller les fonctions, que malgré ses dénégations, le sujet sait être engourdies, endormies ; ne rien prescrire qui ne se puisse rationnellement justifier, et ne faire aucune concession sur les moyens à employer, toute demi-mesure, toute fausse manœuvre étant pire que l'inaction.

Connaissance approfondie du malade, logique rigoureuse du traitement, autorité allant presque jusqu'à r intransigeance dans son application^ telles sont les préliminaires de la thérapeutique de l'hystérie. Toute ignorance, tout défaut de raisonnement, toute faiblesse, ébranle la confiance du malade et l'autorité du médecin.

Mais ce n'est pas tout de convaincre le malade de la nécessité de se soigner et de suivre un certain traitement auquel il est souvent réfractaire, il faut encore — et ce n'est pas toujours la tâche la plus facile — faire accepter le traitement à sa famille. On peut être surpris des résistances qu'on rencontre de ce côté. Après vous avoir présenté toutes les inquiétudes que leur cause la santé de leur fille, les parents s'ingénieront à donner à chacun de ses troubles une cause banale qui les justifie complètement, et vous démontreront en fin de compte qu'elle n'est pas malade du tout. Si vous leur parlez d'isolement ce seront des hauts cris : « Ma fille n'est pas foUe ; elle ne m'a jamais quittée, s'écrie la mère ; je la connais ; elle ne le supporterait pas et ce serait pire que le mal. » La perspective de la voir succomber à l'anorexie ne la désarme pas : « Si elle doit mourir, j'aime mieux qu'elle meure chez moi. »

C'est là une satisfaction pour certaines mères, plus communes qu'on^ne croit. Le devoir du médecin dans ce cas est d'insister de toute son autorité, et son autorité est d'autant plus solide qu'elle s'appuie sur une expérience personnelle ou sur des exemples jplus nombreux. Il doit

tout mettre en œuvre et ne pas oublier qu*il a affaire à des personnes qui sont quelquefois aussi nerveuses que la malade elle-même. On peut sans crainte affirmer que le plus grand obstacle à la guérison d'une hystérique vient de la famille et principalement de sa mère, souvent ancienne hystérique elle-même d'ailleurs, sans compter les cas nombreux où elle a entretenu, développé la névrose de sa fille par une sollicitude inopportune et inintelligente.

Le médecin ne doit donc pas oublier ce point capital quand il a à se prononcer sur le traitement à faire suivre à une hystérique, c'est que son piHncipal ennemi est la famille et particulièrement la mère de la malade ou quelque autre parente nerveuse elle-même et cédant à toutes ses exigences. Mais j'aurai l'occasion d'y revenir ^ propos de l'isolement, car c'est à ce sujet surtout que s'élèvent les oppositions.

Une question qu'on ne manque pas de poser au médecin c'est celle de la durée du traitement. Certains médecins n'hésitent pas à dire que c'est l'affaire d'un mois à six semaines, en présence de grandes hystériques qui sont atteintes depuis des années de troubles persistants et variés. Le résultat est qu'au bout de ce temps, si la malade est restée chez elle et n'est pas guérie, vous avez perdu sa confiance et n'avez plus aucune chance d'agir sur elle ; vous parez à quelques accidents trop violents, mais vous ne pouvez plus songer à une cure complète. Si la malade a été placée dans une maison de santé, comme il es); matériellement impossible qu'elle soit guérie dans ce laps de temps, ce n'est plus elle qui perd confiance, parce qu'elle sait très bien au fond qu'elle ne peut pas sortir si rapidement de son état et se rend compte de ce qu'on lui fait faire, mais c'est sa famille qui réclame, s'appuie sur l'autorité du médecin consultant et accuse le médecin traitant d'incapacité ou d'exploitation. De sorte que de toutes façons on est exposé, en fixant la durée du traitement, à perdre la confiance du malade ou de sa famille et à voir ses efforts inutiles ou perdus.

Gomme il est impossible de savoir d'avance la façon dont une hystérique réagit au traitement, &est une impnc^ dence absolument inutile dans tous les cas de se prononcer sur la question de sa durée. On voit des hystériques à manifestations très tapageuses qui guérissent avec la plus grande facilité dès qu'elles sont isolées, ou même quelquefois dès qu'elles sont convaincues qu'on va les mettre dans une maison de santé. D'autres au contraire, à manifestations très calmes, mais atteintes profondément, principalement les formes viscérales, sont extrêmement lentes à réagir et à guérir.

Les facteurs qui entrent dans l'appréciation de la durée du traitement se confondent en somme avec ceux qui concourent au pronostic de l'hystérie. Or ces éléments varient avec chaque cas et, de plus, on ne les connaît jamais complètement qu'au fur et à mesure de l'évolution vers la guérison. Il en est un particulièrement qui parait très simple à établir et qui, en réalité, est des plus difficiles à préciser, c'est celui de la date du début de l'hystérie.

Quand on vient consulter le médecin, c'est parce qu'un gros accident a éclaté, paralysie, contracture, crises diverses, etc. Si on rapportait à Vapparition de ces accidents le début de la névrose on se ti^omperait grossièi^ement. En réalité, quand on remonte dans la vie du sujet on s'aperçoit que les premières manifestations se sont montrées plusieurs années auparavant, et lorsqu'on emploie la méthode du réveil on en a la pfeuve, car le sujet rétrograde comme personnalité jusqu'à l'époque du début réel. Ce seul fait montre avec quelle circonspection on doit se prononcer sur la durée du traitement, alors qu'on est souvent incapable de se prononcer sur l'ancienneté réelle de la maladie à traiter et que cependant cette question d'ancienneté a une importance de premier ordre pour juger de la gravité, de la profondeur du mal.

Le médecin fera donc bien de ne jamais fixer, même approximativement, la durée du traitement quel qu'il soit. L'expérience montre cependant que dans les cas légers il faut environ deux mois, lorsque l'on applique un traite-

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ment rigoureux, méthodique, avec Tisolement pour base au début, et dans les cas moyens, de quatre à six mois. Quant aux cas graves, à ces cas dans lesquels il y a des manifestations invétérées depuis plusieurs années, où tous les appareils sont atteints, où il y a en un mot un état de vigilambulisme complet, c'est huit à douze mois qu'il faut compter pour la guérison. Il y a deux espèces de cas qui doivent inspirer de grandes réserves au médecin. Ceux à manifestations calmes mais fixes et invétérées, comme certaines paralysies, certaines contractures, certaines affections viscérales, surtout lorsque le sujet les présente depuis dee années avec début dans Tenfance; et ceux à manifestations transitoires, mobiles comme siège et qui guérissent trop facilement. Les premiers sont très difûciles à guérir parce que Torganisme s'est développé en même temps que la maladie et s'est par conséquent faussé davantage dans sa manière de fonctionner ; les autres sont difficiles à guérir, parce que de même qu'ils disparaissent sous la moindre influence, ils reparaissent également sous la plus faible cause. Dans le premier cas c'est un mauvais pli qu'il est très difficile d'effacer et qui a toujours tendance à se reproduire ; dans le second c'est un système nerveux qui n'a pas de consistance et qui se laisse froisser et redresser avec la même facilité. Au point de vue d'une guérison persistante, j'estime que les premiers cas sont d'un meilleur pronostic, si on a le temps suffisant pour redonner au système nerveux l'habitude de fonctionner normalement. Ce n'est en effet souvent qu'une question de temps et de patience de la part du médecin et de la famille des malades. Mais j'ai obtenu ainsi des guérisons durables chez des sujets présentant sans discontinuer des accidents depuis plus de vingt ans. J'ajoute même que, lorsqu'on arrive chez ceux-là à obtenir la guérison, elle se maintient mieux que chez d'autres moins atteints et qui ont eu moins à souffrir de leur maladie. Car autant l'hystérique parait indifférente à ses accidents pendant qu'elle est en puissance d'hystérie^ autant elle est heureuse d'en être quitte après et s'applique à ne pas se laisser retomber.

Au point de vue du pronostic de la récidive on peut donc formuler cette règle : On doit se défier des cas qui guérissent trop vite et trop facilement. Ce sont ceux qui servent à si bon compte au triomphe de la suggestion hypnotique. On guérit Tacôident d'une façon miraculeuse en quelque sorte, mais c'est pour en voir survenir un autre, et un autre encore. On fait alors la chasse aux accidents jusqu'à ce qu'une circonstance quelconque en produise de trop grands pour que la suggestion soit suffisante.

Il ne faut pas chanter trop tôt victoire en matière d^ hystérie. Il faut en effet se défier de ces cas où l'évolution régressive de la maladie se faisant spontanément ou sous une influence accidentelle, on voit des phénomènes anciens reparaître. On croit en général que c'est mauvais signe, surtout si ce sont des accidents bruyants, des crises quelconques, tandis qu'au contraire cela indique que le système nerveux suit son évolution normale. Il faut seulement savoir profiter de ce mouvement, le diriger, l'accentuer, l'empêcher de s'arrêter.

Mais pour cela, il est indispensable de savoir que le retour des fonctions s'accompagne toujours de certaines douleurs, variables avec chaque organe, et qui se montrent d'autant plus que ces fonctions se réveillent plus rapidement. Loin de considérer comme fâcheuse l'apparition ou, pour mieux dire souvent, la réapparition de douleurs dans l'accomplissement de certaines fonctions, il faut au contraire s'en réjouir, et au lieu de chercher à les calmer par des narcotiques quelconques, ou en diminuant le fonctionnement des organes, il faut au contraire activer ce dernier pour les voir s'atténuer et disparaître pour céder la place à la sensation normale de l'organe intéressé, et à son fonctionnement régulier. C'est ce qui fait, par exemple, que les contractures douloureuses sont plus facilement curables que les contractures non douloureuses, que les crampes et les brûlures d'estomac dans les cas d'anorexie, quand on recommence à alimenter les malades, prouvent le réveil de leur fonction gastrique. Je pourrais citer bien d'autres exemples, les douleurs de tête, par exemple, qui accompagnent le retour de

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la mémoire et des fonctions psychiques en général. Il est des accidents qui, pour être peu graves en apparence, sont cependant très difficiles à guérir : ce sont des troubles localisés, monosymptomatiques, tels qu'un spasme, une algie, une contracture limitée à un seul muscle, par exemple. On n*a que très peu de prise dessus, on ne peut atteindre que très difficilement le centre cortical intéressé et il semble que les excitations qu'on fait diffusent en chemin et restent ainsi sans action. Il ne faut donc pas se baser sur la limitation d'une manifestation hystérique pour en conclure à sa bénignité; ce sont souvent les plus rebelles, et ce n*est que le jour où Thystérie se généralise ou s'étend davantage qu'on peut plus facilement en venir à bout.

Dans le traitement de l'hystérie on ne doit jamais oublier qu'une circonstance fortuite peut amener la guérison* La raison en est bien simple : il s'agit d'un réveil de fonction plus ou moins complet et plus ou moins rapide surtout. C'est ainsi que certaines impressions morales vives — Lourdes, ou la perspective d'être placée dans une maison de santé, — ont pu déterminer chez certaines malades la guérison. Mais il faut pour cela que la maladie ne soit pas très profonde, très étendue, très invétérée. Dans ces cas d'ailleurs, une fois le phénomène principal disparu, on reconnaît facilement, comme l'a si bien montré Gharcot, que les troubles de sensibilité ne s'elTacent pas instantanément et mettent au contraire un certain temps à disparaître. J'ajoute que bien souvent ils ne disparaissent jamais complètement, mais assez seulement pour que le sujet recouvre le fonctionnement inconscient de son organe, et qu'il reste ainsi sujet à de nouveaux accidents, d'ordre différent souvent, qui naissent sur ce terrain bien préparé et encore en puissance d'hystérie.

Mais il n'est pas douteux que sous l'influence de certaines causes banales, imprévues, quelquefois même impossibles à préciser, des cas en apparence sérieux guérissent pour ainsi dire subitement. On doit donc être assez modeste quand on voit le fait se produire à la suite d'une

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intervention anodine, et Ton aurait de grosses déceptions si Ton croyait pouvoir appliquer à d'autres cas le petit procédé qu'on a pu imaginer dans un cas particulier, dans des circonstances spéciales.

Médicaments.

Cette constatation doit rendre particulièrement circonspect sur l'efficacité des médicaments. On pourrait presque les diviser en deux catégories : les inutiles et les nuisibles. Les seuls qui peuvent agir dans une certaine mesure n'agissent pas à proprement parler sur l'hystérie, mais pourraient être employés dans tous les cas où il y a besoin de remonter l'état général. Nous pouvons les examiner sous trois points de vue différents : Calmants, excitants et tonifiants.

Médicaments calmants.

Les uns s'adressent à la douleur, les autres à l'énervement, aux crises, spasmes, etc., les autres enfin à Tin* somnîe.

Contre la douleur on peut employer des médicaments à l'extérieur, en topiques, ou à l'intérieur. Je ne dirai qu'un mot des topiques : ils ne font en général, quels qu'ils soient, qu'exaspérer les douleurs, alors même qu'ils ont paru les calmer au premier moment. Ceci me dispense de citer tous les topiques — depuis le vésicatoire jusqu'aux emplâtres et cataplasmes d'herbes composées — qu'on a imaginés avec le même succès.

Intérieurement, il est facile de se rendre compte de l'action des médicaments contre la douleur. Ou ils stupéfient le système nerveux, l'inhibent, et calment la douleur en aggravant la maladie, ou ils sont toxiques, susceptibles de produire l'accoutumance et ajoutent un mal à un autre. Dans les premiers, je citerai le bromure de potassium que j'ai vu appliquer jusqu'à 20 grammes par jour, sans succès d'ailleurs, chez des hystériques à crises, le valérianate d'ammoniaque contre les spasmes et les contractures^ l'antipyrine. Dans les seconds figurent l'éther, le chloro-

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forme, la cocaïne, la morphine et tous les dérivés de Topium en général.

Rien n*est plus commun que de voir administrer Téther ou même quelquefois le choroforme pour arrêter des crises d'hystérie. On est effrayé alors des quantités énormes que certains sujets peuvent en absorber sans autre effet que de les enivrer et de les faire alors tomber comme une masse. Le remède est pire que le mal, car il est fréquent de voir ces sujets prendre de l'éther pour la moindre chose, pour le moindre malaise, et devenir ainsi éthéromanes ou chloroformonfanes, ce qui a la plus fâcheuse influence sur la curabilité de leur hystérie, qu'elle aggrave d'ailleurs en augmentant Tétat d'anesthésie.

Quant à la cocaïne et surtout à la mo7j)hine, c'est une mauvaise action doublée d'un non-sçns que de les employer. Donner de la cocaïne ou de la morphine à une hystérique, quand elle a des crises ou des douleurs quelconques, lui abandonner une solution toxique et une seringue — ce qui arrive fatalement au bout de peu de temps parce que le médecin ne peut être toujours là en temps opportun — c'est en faire fatalement une morphinomane ou une cocaïnomane, et quelquefois les deux. C'est une mauvaise action parce que c'est donner au sujet une habitude qu'il prend, vu son état nerveux, avec la plus grande facilité, et qui empêche sa cure en même temps qu'elle le plonge dans un état de déchéance dont il ne désire même pas sortir et qui le conduira, si on n'intervient pas à un moment donné , à la cachexie et à la mort. C'est un non-sens, parce que tout médicament ayant pour effet d'endormir, d'inhiber les centres nerveux , ne fait qu'accentuer, qu'aggraver la maladie, qui consiste précisément dans l'engourdissementj l'inhibition de ces centres. Il supprime la douleur parce qu'il supprime la fonction, alors que le but du traitement est au contraire de réveiller cette fonction diminuée ou supprimée.

Les médicaments dits calmants sont donc non seulement inutiles mais dangereux. J'en dirai autant de ceux qui ont plus particulièrement pour but de combattre Tin-

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