OBSERVATION II
En 1915 MM. Lévy, Cotte et Latarjet publient une observation de septicémie à Perfringens compliquantune blessure de guerre. S
Il s'agit d’un homme de 32 ans, blessé le 13 avril à 16 h. par un éclat d’obus, amené à l’ambulance chirurgicale 3 heures après. Le blessé se trouve dans un gros état de shock.
Il présente une petite plaie à la partie moyenne del'avantbras droit avec fracture du radius ; et une autre plaie de dimensions également fort réduites à la partie inférieure de l'hémithorax droit avec fracture de la ge côte. La plèvre est intéressée mais il n'y a pas un gros épanchement et pas d’hémoptysie : l'abdomen est souple.
Le lendemain l'état général s'aggrave. 0 4101. Le pouls à 110 ; 60 respirations à la minute. On débride les plaies, on résèque la côte fracturée, on incise la plèvre d’où s'écoule un sang épais, visqueux, non spumeux.
Malgré le drainage, l’état continue à s’aggraver et le blessé meurt le 15 avril à 14 heures avec une 0 à 4o°. Les
accidents ont donc évolué en 48 heures à peine. G. Leroy 2
L’autopsie fut pratiquée une heure après la mort. Le cadavre est énorme, gonflé, comparable à celui d'un noyé ayant séjourné quelque temps dans l’eau. Il répand une odeur excessivement fétide.
Les téguments ont une teinte lie-de-vin foncée, particulièrement accentuée à la face. Une infiltration gazeuse qui crépite sous la pression de la maina boursouflé la face, le cou, le tronc, les cuisses.
Par contre on ne constate aucun gonflement au niveau des membres supérieurs, en particulier pas de crépitation au voisinage de la plaie antibrachiale.
A la section des téguments on à l’impression d'ouvrir un emphysème sous-cutané. Les veines sectionnées laissent échapper des gaz sous pression d'odeur fétide., \
La plèvre droite contient un grand verre de liquide rougeâtre, Les poumons,à part un certain degré de congestion, ne présentent aucune lésion.
Le diaphragme‘est le siège d’une perforation des dimensions d’une pièce de cinquante centimes, siégeant à droite, en dehors du centre phrénique.
Dans l’abdomen on trouve un épanchement rouge brique considérable constitué par un mélange de sang et de bile d’odeurinfecte.
Le foie, jaune pâle, est gonflé, énorme, Il crépite sous le doigt comme les téguments Son augmentation de volume est due à des gaz qui ont arrondi ses bords et adouci les reliefs. A la face supérieure du lobe droit, entre le bord antérieur et le bord postérieur existe une plaie irrégulièrement arrondie des dimensions d'environ une pièce de deux
francs. Cette plaie causée par le projectile s'enfonce perpen-
diculairement dans le foie et s'étend jusqu'à la faceinférieure. L'organe détaché et plongé dans l’eau y flotte comme un poumon.
A part un degré marqué de congestion rénale on ne note aucune lésion au niveau des différents autres viscères.
Examen bactériologique. — Le 14 au matin,seize heures après le traumatisme, la température étant à 4191 et le blessé présentant une violente dyspnée, on pratique une hémoculture : en 24 heures elle a abondamment poussé en dégageant une odeur fétide.
À l'examen on trouve une culture pure d’un bacille ayant tous les caractères du Perfringens sur bouillon anaérobie — sur gélose piqûre — sur gélatine piqûre — sur gélose glucosée — sur lait.
L'inoculation au cobaye de 3/16 de ce. de culture én bouillon, en 24 heures, par voie sous-cutanée, amène la mort de l'animal en 19 heures. Localement on constate de l'infiltration, de l’œdème, et une production de gaz à odeur fétide.
Cette observation semble particulièrement rare puisqu'on y voit le Perfringens présent dans la plaie sans y réaliser un processus gangréneux où gazeux et conditionner d'emblée une septicémie faisant sa triple preuve clinique, anatomique
et bactériologique.