‹ L'ictère hépato-biliaireChapitre 22 sur 32 · A BEN · texte numérisé non relu

A BEN

Il nous semble donc en ôtant à l’ictère émotionnel, les coïncidences, le malade recherchant toujours une cause à son accident, que l’émotion, par le spasme qu’elle peut entraîner, ne fait que révéler une hépatite anictérique, forme probablement très fréquente. En faveur de notre thèse, nous invoquons :

1) la précocité de l’apparition de l’ictère émotionnel alors qu'avec des voies biliaires intactes l’ictère par obstruction ne survient qu'après 36 heures.

2) La brièveté de sa durée (puisqu'il apparaît en cours d'évolution de l’hépatite).

3) Sa terminaison par une crise urinaire.

L’ictère hépatique est donc toujours la traduction d’une insuffisance sécrétoire cellulaire.

Il apparaîtra au cours de toute poussée d’insuffisance hépatique marquée. C’est l’ictère des hépatites toxiques, c’est l’ictère accompagnant l’onde évolutive d’une cirrhose, sans qu’il soit nécessaire d’invoquer un virus de rencontre, que l’atteinte hépatique soit due à une cause toxique, infectieuse, ou autre.

Voici une observation qui nous semble typique :

OBSERVATION

Malade européen, âgé de 41 ans, entrant salle Soulié pour hépatomégalie. L’interrogatoire révèle un long passé d’éthylisme. A l’examen, malade pléthorique, présentant d’abondantes varicosité des pomettes. On trouve chez lui des signes de cirrhose (gros foie dur non douloureux, météorisme intestinal, ébauche de circulation colatérale, hémorroïdes), des signes d'intoxication éthylique (nervosisme, tremblement, signes frustres de polynévrite au début, insomnie avec oopsie).

Sa cirrhose semble équilibrée, le taux de protéine est à 88 avec un rapport de: 1,70, les épreuves fonctionnelles légèrement perturbées. Un épisode grippal, sévissant en ville, frappe plusieurs malades, et en particulier notre cirrhotique. Température 38°, quelques signes pulmonaires disséminés de bronchite. 48 heures plus tard, ictère léger, généralisé, selles de coloration normale. Epreuves fonctionnelles : Thymol 28° Vernes ; Hanger ++++ ; floculation ++++ ; quinine. Tanret positive dans les 4 tubes ; bilirubine directe 24 mgr. Cet ictère, qui s'accompagne de somnolence et d’hématomes sous-cutanés, dure 4 jours et disparaît. Une semaine après le

NI

début, les signes cliniques, les épreuves fonctionnelles, sont redevenus normales.

En résumé, ictère traduisant une poussée d'insuffisance hépatique au cours d’une grippe chez un cirrhotique.

Avant d'entamer une discussion thérapeutique, nous aimerions préciser un dernier point. Il semble exister un ou plusieurs virus qui font de l'hépatite à virus ictérigène une affection bien définie. En effet, particulièrement au cours des épidémies de casernes, l’inoculation humaine provoque l’apparition d’une hépatite ictérigène semblable, Il existe donc un groupe de virus hépatotrope.

Mais à côté de ces formes, apparaît un vaste groupe d'hépatites infectieuses moins étroitement spécifiques.

— atteinte hépatique au cours d’autres maladies à virus (mononucléose infectieuse, grippe, pneumonie à virus, polyomyélite) ;

—— hépatite au cours de maladies infectieuses à germe connu. Car si l’atteinte hépatique plus ou moins discrète est fréquente au cours de nombreuses maladies infectieuses, certaines fois, elle est assez intense pour entraîner un ictère. |

— hépatite toxique enfin, accidentelle ou médicamenteuse.

Surtout, nous voudrions insister sur ce fait. Toutes ces formes peuvent présenter :

le même tableau clinique,

le même aspect biologique,

les mêmes lésions anatomiques,

les mêmes complications et séquelles, et en particulier l’évolution vers la cirrhose, processus général qui répond à toutes atteinte prolongée de la cellule hépatique. En voici un exemple :

jo

OBSERVATION

Il s’agit d’un militaire âgé de 46 ans ; en 1943, une intoxication par absorption de fruits traités à l’arséniate de chaux s'accompagne d’un ictère franc généralisé qui dure 4 mois. Depuis cette date, troubles digestifs et subictère aux moindres écarts de régime. Par ailleurs, rien à retenir dans les antécédents, éthylisme très discret. A son entrée à l'Hôpital Militaire Maillot, le malade se présente avec. un ictère léger généralisé,

Page 1