‹ L'idéal américainChapitre 14 sur 28 · L ÉDUCATION UNIVERSITAIRE ET LA VIE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L ÉDUCATION UNIVERSITAIRE ET LA VIE PUBLIQUE

devrait les convaincre qu'ils doivent être les premiers à servir la nation, en faisant leur devoir politique d'Ame'ricains, Cette obligation pèse encore plus lourdement peut-être sur les possesseurs de grandes fortunes; mais il n'est pas nécessaire d'en parler ici. Les hommes, qui n'ont d'autre qualité que celle-là, sont privés des moyens de travail efficace que donne une instruction exceptionnelle ; ils peuvent devenir un objet de risée et une menace pour la nation, comme en témoigne fâcheusement une partie de la société de New-York, celle qui est le plus en vue dans les journaux.

Nous avons le droit de compter que les hommes pourvus d'avantages exceptionnels par leur éducation, joueront un rôle utile dans TEtat. Ils peuvent le faire de différentes manières. Dans bon nombre de cas, ils peuvent s'élever à de hautes situations politiques. Nous en avons un exemple dans les jeunes gens sortis de Yale, de Harvard, et de nos autres universités, qui prennent une part active à la vie politique. Ces cas ne forment naturellement qu'une petite partie de l'ensemble. La grande majorité de nos hommes instruits sont obligés de gagner leur vie et d'entrer dans des carrières où le succès n'est possible qu'en s'y donnant corps et âme. Cependant, l'homme d'affaires et l'homme de science, le docteur en théologie et le docteur en droit, l'architecte, l'ingénieur et l'écrivain, — tous ont envers la société un devoir qu'ils ne peuvent négliger sous prétexte de leurs affaires personnelles. Ils sont tenus de suivre, d'une manière intelligente, le cours des évé-

nements ; ils sont tenus d'essayer de connaître et de juger les hommes politiques; ils sont tenus de travailler avec intelligence et efficacité au triomphe des principes qu'ils croient justes, dans l'intérêt de leur pays.

La classe des hommes instruits doit tout d'abord être convaincue qu'elle ne forme pas en réalité une classe distincte. J'ai employé le mot de classe h défaut d'un autre, simplement pour désigner un ensemble de gens pourvus de certains avantages particuliers. Parmi ceux qui ont joui de ces avantages, plusieurs ne savent pas en profiter, et d'autres, beaucoup plus nombreux, à qui ils n'avaient pas été offerts, réussissent néanmoins à se les créer pour eux-mêmes.

Un homme instruit ne doit pas se mettre dans la politique comme tel; il doit s'y mettre uniquement comme Américain; et une fois qu'il y sera, il se rendra compte rapidement qu'il doit travailler dur, sous peine d'être renversé par un autre Américain, sans éducation, mais ayant beaucoup d'habileté naturelle. Son éducation devrait le rendre particulièrement honteux de lui-même, s'il agit d'une façon mesquine ou malhonnête, s'il manque à l'idéal du bon citoyen; il doit avoir à cœur de montrer qu'il a profité de cette éducation ; mais il n'a pas le droit de se croire supérieur avant que ses œuvres aient prouvé qu'il l'est véritablement. En d'autres termes, l'homme instruit doit se rendre compte qu'il vit dans un État démocratique, et qu'il n'a droit au respect et à la considération que dans la mesure où il les a mérités par ses œuvres.

Cette vérité doit être présente à l'esprit de nos

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