LES DIVERS ASPECTS DE LA POLITIQUE DANS L'ÉTAT DE NEW-YORK
LE PARLEMENT d'aLBANY
Peu de personnes se rendent compte de l'importance des questions réglées par la législation de l'État de New-York. Quand on désigne New-Y'ork sous le nom d'État-Empire, on n'emploie pas une simple figure de rhétorique; et un grand nombre des lois intéressant le plus directement ses citoyens ont ébé passées, non à Washington mais à Albany. II y a à Albany un petit parlement home-rule qui préside aux destinées d'une République plus peuplée que les deux tiers des royaumes d'Europe, et qui, au point de vue de sa prospérité matérielle, de la variété de ses intérêts, de l'étendue de son territoire, et de sa faculté d'expansion, peut être classée parmi les grandes puissances. Ce petit parlement composé de cent vingt-huit membres à l'Assemblée et de trente-deux au Sénat est, dans toute la force du terme, un corps représentatif ; il n'y a pas un seul des intérêts nombreux et variés de TÉtat qui ne vienne en discussion à Albany, et pas une classe de citoyens — même,
je regrette de le dire, la classe des criminels — qui ne soit représentée parmi les législateurs. J'ai été trois fois membre de l'Assemblée Législative, et j'ai siégé avec des banquiers et des maçons, des négociants et des ouvriers, des bommes de loi et des fermiers, des journaliers et des cabaretiers, des clergymen et des boxeurs. Parmi mes collègues il y avait beaucoup de braves gens; un nombre plus grand encore de gens ni bons ni mauvais, qui penchaient d'un côté ou de l'autre, suivant la poussée des influences qui se trouvaient en lutte ; enfin un grand nombre d'hommes très mauvais. Cependant la Législature de New-York, dans son ensemble, n'est pas si mauvaise qu'on pourrait le croire en lisant les grands journaux de la métropole ; car ces derniers ont l'habitude de peindre les choses meilleures ou pires qu'elles ne le sont en réalité. Les chances de corruption sont toujours grandes quand des hommes, dont plusieurs sont pauvres, quelques-uns sans scrupules, et d'autres dépendant d'électeurs incapables de tout contrôle sur leurs actions, sont mis en possession d'un grand pouvoir temporaire et appelés à se prononcer sur des questions concernant de grandes corporations et de riches particuliers. Pour peu qu'on ait quelque expérience de la législation, on ne peut douter qu'il y ait à Albany beaucoup de politique malhonnête, beaucoup de lâcheté morale et de corruption ; je crois cependant que les honnêtes gens sont en majorité, et lorsqu'une question de bien ou de mal peut être présentée à l'Assemblée Législative sous son vrai jour, le résultat n'est pas douteux. Le malheur est que les questions
6'i L IDEAL AMERICAIN
sont rarement présente'es sous leur vrai jour. Souvent un tacticien habile et hardi précipite la décision avant que les députés aient eu le temps de la comprendre, ou encore les éléments malsains du projet se confondent si bien avec les autres, qu'ils s'attirent le soutien d'un certain nombre d'hommes à intentions excellentes mais à intelligence un peu brumeuse. Parfois encore ce que nous appelons la machine, c'est-à-dire l'inévitable organisation des partis, use de son grand pouvoir dans un but positivement mauvais.