DIFFICULTÉS DE LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
En raison de ce qui a été dit plus haut, il est presque
* Lobbyist (mot à mot : homme de couloirs), sorte de couitier lui met le législateur à vendre en rapport avec l'acheteur. (N. d. T.). - Blackmail, prix du silence gardé sur un crime. (N. d. T.).
impossible de convaincre un législateur de corruption; d'autre part, lorsque les tendances d'un législateur sont mauvaises, il ne peut conserver longtemps une bonne réputation parmi les honnêtes gens. Si les électeurs veulent se rendre compte de l'honnêteté de leur député ils y arriveront aisément, et si le député se sent surveillé il sera honnête, ne pouvant plus exploiter l'ignorance et l'indifférence de ses électeurs. Je ne vois pas comment on peut empêcher l'achat des votes jusqu'au jour où la conscience publique s'en préoccupera. Mais alors cela se fera rapidement, car du jour où les politiciens se rendent compte que le peuple désire sérieusement quelque chose, ils s'empressent de l'exécuter. Le plus difficile est de pousser le peuple à désirer sérieusement quelque chose, — à sacrifier une partie de son temps pour atteindre le but qu'il a en vue.
Le plus grand nombre des législateurs corrompus nous viennent des grandes villes ; la majorité des assemblymen venus de là sont en vérité de pauvres spécimens de l'humanité ; au contraire les congressmen de ces mêmes villes sont dans l'ensemble d'assez honnêtes gens. Ce fait prouve une fois de plus qu'une élection importante est en général meilleure qu'une élection secondaire; le maire est presque toujours plus honorable que les conseillers municipaux. Cela vient de ce que les fonctionnaires de peu d'importance sont préservés des conséquences de leurs mauvaises actions. La vie est si intense dans les grandes villes, le temps des hommes est si pleinement occupé par des devoirs et des intérêts multiples, la connaissance qu'ils ont de
leurs voisins est nécessairement si limitée, qu'ils ne peuvent avoir d'opinion que sur les hommes les plus importants; quant aux autres ils en font un groupe dans lequel se fondent tous les individus. Ils savent admirer ou mépriser les aldermen * dans leur ensemble ; mais ils ne savent pas le nom, encore moins la valeur de celui de leur district; il en résulte que leurs votes pour des aldermen ou assemblymen sont généralement très peu éclairés; ils sont au contraire très compétents lorsqu'il s'agit d'apprécier et de choisir un maire ou même un congressman. Ces derniers sont obligés de tenir compte des désirs et des préjugés du public, tandis qu'un city assemblyman peut s'en dispenser, sauf dans certains cas extraordinaires. Son avenir politique dépend de l'habileté qu'il met à se procurer le soutien de certains bosses ^ politiciens, trade-unions, syndicats commerciaux ou directeurs de chemins de fer, — et en général de tous ceux dont les intérêts sont réglés par les lois faites à Albany, et qui veulent punir ou récompenser les législateurs. Ces groupes d'individus intéressés se soucient peu de l'honnêteté de leur candidat, pourvu qu'il agisse suivant leurs désirs dans certaines occasions; il en résulte souvent qu'un homme malhonnête, mais soigneux de ne
' h'alderman est l'équivalent d'an conseiller municipal; Yassemhjman est le membre d'une législation d'État; le congressman •t le membre de la Chambre des Représentants ou du Sénat de Washington. (N. d. T.)
* Le boss est un agent politique exerçant un certain pouvoir de direction. Dans l'argot populaire, le boss désigne aussi le patron, l'employeur. {^. d. T.)
pas se compromettre, peut représenter pendant plusieurs années une honnête circonscription.