‹ L'idéal américainChapitre 3 sur 28 · VI PREFACE D,E LA. TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

VI PREFACE D,E LA. TRADUCTION FRANÇAISE

intrigue politique, qui l'a mis à la tête de la nation. Il est réellement un Américain éminent, et voilà déjà une raison de s'intéresser aux idées qu'il exprime.

Mais il en existe une autre, meilleure et plus forte. Le Président ïloosevelt n'est pas seulement un Américain éminent, c'est aussi un Américain typique. Il est un remarquable échantillon de la race. Il a vécu sur les Ranches et travaillé dans les grandes fermes de l'Ouest ; il a pris sa part des fatigues et des plaisirs que comporte cette existence, galopant à travers la prairie pour opérer le round iip des troupeaux, chassant le fauve, aussi endurant et aussi hardi que le plus invétéré des frontiermen. Il se souviendra toujours de ces débuts vigoureux et frustes, conservera le goût des chevauchées ardentes, et se trouvera tout prêt à entrer en campagne quand il faudra faire la guerre. Mais il s'assoira au bureau du négociant, deviendra un business man avisé, apte à conduire les hommes, mettra de l'ordre dans les intérêts publics qui lui seront conOés, comme dans les intérêts privés dont il aura la charge. Ainsi il n'est pas l'homme d'une seule profession, le spécialiste compétent, mais rétréci aux limites étroites de sa besogne ; il a traversé différents métiers, acqué-

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runt dans chacun d'eux une expérience nouvelle, fortifiant par chacun d'eux la faculté maîtresse, celle dont le rôle est universel et dominant, la connaissance des hommes.

Rien de plus habituel aux États-Unis que cette diversité de professions chez un même individu. Crestune caractéristique de l'Américain de se plier promptement aux circonstances, de saisir successivement tous les échelons à sa portée pour monter plus haut. L'absence de traditions imposées, la (juantité d'occasions favorables offertes par un pays neuf qui se développe, la simplicité des moyens, par-dessus tout l'entrain général et cette « aisance des coudes » (elbow room) dont les effets se retrouvent partout, sont autant d'éléments qui concourent à ce résultat.

Un ranchman ou un f armer, un commerçant rivé à son comptoir, un ingénieur enfermé dans ses calculs, n'est pas un représentant véritable du type américain, fùt-il descendant authentique des fameux Pèlerins ou des compagnons de Penn. Il y faut plus de mélange et de diversité. Le Président Roosevelt est profondément américain par la variété même des sources où il a puisé l'expérience de sa vie. C'est donc un bon interprète de l'esprit américain, un bon guide pour qui veut pénétrer

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dans le domaine mal connu des idées américaines. Et de fait, à lire son livre, certaines opinions courantes sur l'Amérique se modifient ; connaissant mieux le mobile des actions, on s'étonne moins des succès obtenus.

Un des préjugés les plus ordinaires chez les Européens consiste à ne voir dans l'Américain qu'un bipède conduit par son instinct à la cliasse du dollar, un dollar hunting animal. C'est là une opinion de pauvres gens, ^persuadés que l'argent va par une pente naturelle aux mains peu scrupuleuses et que l'honnêteté est une surcharge gênante dans la course au profit. Le Président Roosevelt n'est pas de cet avis. Il partage l'optimisme très répandu dans la partie saine de la population américaine, et reste persuadé que l'honnêteté est une chance de succès. Gomme tous les enfants des États-Unis, il a fait à l'école des pages d'écriture en copiant la fameuse maxime de Franklin : Honesty best polict/ (l'honnêteté est la meilleure des politiques), et il y croit fermement.

En cela, il se distingue évidemment de beaucoup de ses compatriotes. Les scrupules de conscience

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