‹ L'idéal américainChapitre 4 sur 28 · PRÉFACE DE LA TBADUCTIOX FRANÇAISE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA TBADUCTIOX FRANÇAISE IX

ne tourmentent pas tous les spéculateurs de Wall Street, ni la plupart des politiciens, ni un grand nombre de citoyens américains appartenant à des professions quelconques.

Mais, outre que tous les pays du monde ont leurs malhonnêtes gens, ce qui est une excuse négative. l'Amérique se distingue de beaucoup d'entre eux par une qualité précieuse, l'énergie de ses honnêtes gens. C'est là lélément de progrès, d'assainissement, de vraie civilisation, qui assure sa marche en avant. M. Roosevelt s'en rend bien compte, et il réserve ses colères les plus vigoureuses à ceux qui, par la correction de leur vie, seraient dignes de renforcer l'élite des bons citoyens, mais qui, par leur insouciance, leur maladresse, ou leur dédain des rudes labeurs et des âpres luttes de la politique, se condamnent à la stérilité. Il juge sévèrement l'homme qui va à la chasse un jour d'élection au lieu de surveiller le bureau de vote de sa circonscription ; il raille sans pitié le théoricien qui, du fond de son cabinet, donne des conseils à ceux qui agissent sans vouloir lui-même affronter la bataille; il méprise l'homme du monde qui dit du mal du gouvernement avec quelques amis triés sur le volet, et qui croit avoir rempli son devoir de citoyen, parce que ses conversations de fumoir ont

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diverti agréablement un petit nombre de ses pareils.

Quant aux coquins, il se contente de les appeler par leur nom. Ce sont ses adversaires ; il les combat durement; mais j'ose dire qu'il leur en veut moins qu'aux braves gens inutiles. En effet, ils n'ont pas trompé ses espérances. Il sait fort bien que la réforme n'a rien à attendre d'eux. Ils font leur métier de coquins et ne sauraient être responsables du progrès moral delà société. Au contraire, tout honnête homme a sa part de responsabilité dans cette œuvre commune à laquelle sa qualité d'honnête homme lui donne une vocation. Il représente une force perdue pour le bien quand il reste honnête sans devenir actif. C'est le sentiment profond de cette perte qui irrite le Président Roosevelt.

Il n'est pas tendre non plus pour le matérialiste à vues bornées, pour l'économiste étroit, qui résout le problème social par Doit et Avoir et qui n'aperçoit môme pas la souveraine importance des éléments supérieurs de ce problème. On trouvera dans son livre de cruelles appréciations, parfaitement justifiées d'ailleurs, sur ces hommes réputés pratiques, auxquels les questions paraissent claires parce qu'ils les réduisent aux limites mesquines de leur propre champ visuel.

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Si maintenant on veut bien réfléchir que l'auteur du livre n'est pas un penseur isolé dans sa tour d'ivoire, mais un citoyen actif et éminent, qui dirige les destinées politiques de la grande République américaine, d'accord avec la majorité de ses membres, on sera amené à penser que l'Américain, simple chasseur de dollar, n'est peut-être pas TAméricain-type, l'Américain représentant l'ensemble, ni surtout l'Américain dirigeant.

Et peut-être comprendra-t-on alors pourquoi les États-Unis ont donné au monde, au cours du xix^ siècle, le spectacle merveilleux de leur essor. Ce n'est pas le vil amour de l'argent qui suffit à expliquer cet extraordinaire développement. A lui seul, il produirait l'état social des camps miniers où le revolver est le seul argument employé, où la brute qu'est l'homme dominé par la passion du gain apparaît dans toute son horreur. Mais les Etats- Unis ne sont pas demeurés à ce moment de leur évolution. Ils ont dépassé cette ère chaotique parce qu'un élément s'est rencontré chez eux pour faire respecter et prédominer le droit des honnêtes gens à mener une vie honnête et libre. Et c'est seulement à partir de cette victoire de la moralité sur la brutalité qu'une contrée de l'ouest, nouvellement envahie par des av^enturiers, peut devenir assez

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