I. Ps. XXXÏX, 8 sa- ;. Heb. X, 5 sq
propres. A l'origine, tout cela était admirablement subordonné à une seule puissance d'action, la volonté, laquelle agissait d'après une seule puissance d'illumination, la raison, élevée elle-même par la grâce à une union intime avec la lumière de Dieu. Depuis le pécîié, l'équilibre est rompu. La foi a bien rallumé le flambeau de Dieu sur notre tête, mais la lutte intestine n'en subiste pas moins, quoique affaiblie, entre les divers éléments de notre être. Dès lors, pour rétablir l'unité dans notre vie, forcé nous est de chercher en dehors de nous, de nous attacher à un être simple et immuable. C'est justement le but de l'obéissance : réunir d'une manière constante notre volonté, et, par elle, toutes nos facultés et leurs actes à Dieu. Nous avions donc raison de dire que l'obéissance assure son unité à toute vie chrétienne, et principalement à notre vie monastique.
Si, en effet, j'entre dans la vie religieuse, attiré par le désir de chanter les louanges de Dieu, je ne serai satisfait qu'à certains moments de la journée : je ne puis toujours être au chœur, non plus que toujours méditer, toujours étudier, toujours faire des actes de mortification. Mais une chose que je puis toujours faire, à tout instant du jour et de la nuit, c'est obéir ; même quand je dors, j'obéis. Ainsi, se donner, voilà, au fond, l'essence véritable de la vie religieuse. Auprès de cette chose si simple et si grande, toutes les différences accidentelles perdent de plus en plus de leur importance, à mesure que l'âme se rapproche de Dieu davantage par la charité. C'est un fait d'expérience, et les plus anciens d'entre nous pourraient au besoin l'attester : au commence-
ment de là vie religieuse, on attache beaucoup de prix à tel ou tel côté de l'observance qu'on a embrassée ; plus la vocation s'est nettement et de longue date accentuée, plus aussi l'on est tenté de se faire d'avance son idéal, et il est toujours pénible de le voir contrarié : ce qui ne peut cependant manquer d'arriver, l'idéal de chacun différant de celui du voisin. Alors, voilà à chaque instant la pauvre âme en proie à mainte secousse : cette chose lui va, cette autre ne lui va pas ; telle occupation lui plaît extrêmement, telle autre infiniment moins ; il en est peutêtre qui l'effrayent, lui sont insupportables, elle note en noir les journées où elle doit s'y livrer. Il n'y a qu'un moyen d'échapper à cette multiplicité de sentiments opposés : ne chercher qu'une seule chose, obéir. L'obéissance participe avec plénitude à cette souveraine indépendance de la charité, si admirablement décrite par saint Paul dans sa lettre aux Romains ^. Le moine aussi peut dire : Qui me séparera de l'obéissance ? Est-ce tel ou tel changement de lieu, d'occupation, de personne ? Non. On pourra m'expulser, comme tant d'autres, des murs paisibles du cloître, on pourra me priver de toutes les consolations de la vie religieuse, on pourra disposer de moi de diverses façons imprévues : il est cependant une chose que jamais on ne pourra me ravir, c'est le bonheur d'obéir : celui-là, il m'accompagnera jusqu'à la mort. Quelle magnifique unité, quelle trame glorieuse que celle d'une vie qui se déroule entièrement dans cette atmosphère de l'obéissance ! On s'est plu, dès les premiers temps du monachisme, à