I. VIII, 35 sq
faire le parallèle du moine et du roi : voilà certes un des contrastes les plus réels et les plus saillants. Quel roi, surtout dans nos temps de perturbations journalières, peut jamais se dire avec assurance que la couronne du commandement sera encore le lendemain sur son front ? I^e moine, du moins, n'a point à craindre de voir arracher par d'autres ce qui fait sa dignité et son saint orgueil : je veux dire, cette obéissance qui lui assure dès cette vie la royauté sur lui-même et sur ses passions.
Ne nous y trompons pas : jamais nous ne trouverons de bonheur ici-bas, jamais de paix véritable, que dans ce plein et joyeux abandon de la parfaite obéissance ; autrement, nous pourrons porter l'habit de moine, mais nous ne serons pas des moines dans la réalité du mot. Il est d'autant plus nécessaire d'insister sur ce point, que certains théologiens modernes sont parfois enclins à envisager l'obéissance religieuse à un point de vue qui n'est pas en pleine conformité avec la doctrine contenue dans notre Règle. ly'obéissance leur apparaît plutôt sous un aspect qu'on pourrait appeler négatif. C'est simplement une condition indispensable à l'existence et au développement de toute société religieuse : l'individu, attiré vers cette société par tel ou tel mobile pieux, doit, pour en faire partie, se soumettre aux lois qui la régissent, et ne rien se permettre qui en contrarie le fonctionnement normal. Pour nous, au contraire, c'est Vohedientîae bonum ^ que 'nous cherchons avant tout, en venant à l'abbaye. L'Abbé n'est pas un élément d'un rouage administratif qu'il