I. Règle, c. LXXI
faut subir : c'est lui précisément, c'est sa direction et son autorité que nous sommes venus chercher sous le toit monastique, in cœnobiis deg entes abbatem sibi praeesse desiderant^. Ce dernier mot est très expressif : c'est un désir véritable, une sorte de regret du Christ, quelque chose de ce que devaient éprouver les premiers chrétiens convertis après l'Ascension du Seigneur. En entendant les Apôtres parler de leur Maître, comme ils durent plus d'une fois s'écrier : Oh ! si nous avions vécu avec lui, si nous avions pu recevoir directement ses ordres, quelle joie et quel honneur c'eût été pour nous de lui obéir dans les moindres choses ! — Quoi donc, leur répondait Paul, ignorez-vous que le Christ parle en moi, îoquitur in me Christus ^ ? Or, ce n'est pas seulement en Paul ni dans les autres Apôtres que le Christ parle : c'est dans tous les pasteurs constitués par eux et par leurs successeurs, suivant la place qu'ils occupent dans la hiérarchie ecclésiastique. C'est à eux tous que Jésus a dit : « Qui vous écoute, m'écoute ^. » L,' Abbé est du nombre, et participe d'une façon particulièrement intime et efficace a ce pouvoir de commander au nom du Christ. Saint Benoît est formel sur ce point : l'Abbé remplit le rôle du Christ dans le monastère, c'est une chose qu'il faut croire, Christi enim agere vices in monasterîo creditur * et son nom même d'Abbé ne lui appartient qu'en vue de son identification morale avec le