Ibid
tient seulement à ce que le Christ, notre vie, n'a pas encore apparu. Mais quand il se manifestera de nouveau, nous serons, comme lui, des fils de Dieu, vivant pleinement de la vie de Dieu, devenue notre vie. Tout notre baptême est là, ne Toublions jamais. Il ne s'agit pas ici de rapprochements oratoires, d'ingénieuses combinaisons de pensées ou de mots. Encore un coup, saint Paul n'a jamais envisagé le Christianism-e autrement que sous ce double aspect de la mort et de la vie opérant en nous, c'est-à-dire de la pénitence. Et cette idée était si familière aux premiers chrétiens, que, recevoir le baptême et recevoir la pénitence, c'était pour eux une seule et même chose, comme nous le voyons clairement par les documents de la primitive Église.
Comment une notion si élémentaire a-t-elle pu s'oblitérer presque complètement dans l'âme de tant de chrétiens de nos jours ? Il y a bien quelque différence suivant les pays, car la contagion des idées subversives de l'ordre surnaturel n'a pas pénétré partout au même degré. Cependant il est certain qu'une chose caractérise le monde où nous avons été élevés, dont nous avons tous respiré plus ou moins l'atmosphère : c'est la négation théorique, et surtout pratique, du péché originel et de ses suites. C'est là ce qui explique le succès chaque jour croissant de ces principes de prétendue liberté, lesquels, entendus comme on les entend autour de nous, supposent des natures exemptes de déchéance, capables dès le bas âge de discerner et de suivre la voie du bien, sans aucune sorte de violence, de contrainte, ou même d'appui
efficace. De là encore, même dans certaines âmes naturellement religieuses, l'inintelligence absolue à l'endroit de tout ce qui contribue à la réformation de l'homme, tel que Dieu le veut. On admet jusqu'à un certain point les autres pratiques de la vie chrétienne : mais devant cette loi austère de la pénitence, devant ce rempart de la mortification, on ne comprend plus, on se heurte en aveugle. Et, chose triste à dire, ce point de vue naturaliste gagne partout du terrain ; il s'infiltre jusque dans i la marche même du catholicisme, au risque d'en compromettre le succès. D'où vient que les conquêtes apparentes de l'Église en certaines régions ne laissent pas d'inspirer parfois quelque défiance aux hommes de Dieu, sinon de ce que l'on oublie si souvent de donner la place qui convient à cet élément de la mortification, sans lequel il est impossible de concevoir rien de stable dans la vie spirituelle ?
Notre saint Père Benoît avait une tout autre idée du Christ et de son œuvre. Il ne nous cache rien des difficultés que nous rencontrerons sur la voie qui mène à la montagne de Dieu. Dès le début, il nous avertit qu'il fera œuvre de justice en prescrivant ce qui est de nature à procurer l'amendement des vices : dictante aequîtatis ratione, pr opter emendationem vitiorum ^. I^es commencements surtout seront pénibles : il veut qu'on le dise à quiconque se présente au monastère avec l'intention de s'y fixer. On ne lui fera grâce de rien : on lui prédira d'avance tout ce qu'il aura à souffrir de dur et de pénible^. Et