I. Règle, c. IV
montre exigeant et rigoureux dès qu'il s'agit du murmure. C'est que le murmure est la marque la plus sensible d'une âme immortifiée ; le murmure est directement opposé à cette sainte indifférence, à cet élan joyeux du moine véritablement obéissant ; et c'est pour cela que le maître ne laisse pas échapper une seule occasion de le dénoncer à ses disciples, comme un danger à éviter avant tout et par-dessus tout.
Aussi, le moine qui s'appliquera de tout son cœur à acquérir la perfection de l'obéissance, sera nécessairement un moine mortifié et- pénitent. Cependant le B. Père n'entend nullement interdire la voie des saintes austérités à ceux de ses fils que la grâce y appelle. Il veut, au contraire, qu'il y ait place dans ses monastères pour les forts qui désirent, faire davantage, ut sît et fortes quod cupîant ^ ; la modération dont il fait preuve en faveur des faibles ne se concevrait pas sans cette liberté assurée aux premiers. Car il faut dans l'Église de ces grands exemples de pénitence extérieure qui manifestent aux yeux de tous la réalité de la transformation accomplie dans le Christianisme au dedans de l'âme. Pour un grand nombre même, ces exercices de mortification sont la voie normale pour parvenir au degré de purification intérieure auquel Dieu les a appelés. Si, en effet, suivant l'axiome reçu dans l'École, rien n'existe dans l'intellect qui n'ait d'abord passé par les sens ; il est vrai aussi, jusqu'à un certain point, que la mortification intérieure n'atteint guère son développement normal, sans