‹ L'idéal monastique et la vie Chrétienne des premiers jours [microform]Chapitre 33 sur 87 · I. Règle, c. LVIIL · texte numérisé non relu

I. Règle, c. LVIIL

« Je le veux. » — « Veux-tu renoncer même à l'affection de tes proches, en tant qu'elle pourrait être en opposition avec l'amour dû à Jésus-Christ ? » — « Je le veux. » — « Veux-tu renoncer à ta volonté propre, pour te soumettre au joug de l'obéissance ?» — « Je le veux. »

C'est là le triple renoncement du moine, renoncement qui reprend en sous-œuvre, en le complétant, en le perfectionnant, celui qui fut fait au baptême.

Mais ce n'est encore que la partie négative du grand acte qui va s'accomplir. ly'aspirant au baptême, après avoir renié Satan, et au moment même où il va descendre dans la piscine, est requis de protester de son attachement au Christ ; c'est ce qu'il fait en prononçant à haute voix la profession de foi chrétienne, le symbole.

C'est aussi le second acte de notre aspirant à la vie monastique. Après avoir renoncé aux pompes du siècle, à l'amour excessif de ses proches, à sa propre volonté, il prononce, lui aussi, sa formule de foi pratique, la profession, qui l'attache pour jamais au Christ par un triple engagement, correspondant au triple renoncement : la stabilité, qui le lie à son poste malgré tous les liens de famille et d'affection qui pourraient le ramener dans le monde ; la conversion des mœurs, qui l'oblige à s'affranchir toujours plus de l'esprit et des maximes du siècle ; l'obéissance enfin, qui doit prendre désormais la place occupée dans le passé par la volonté propre.

Cette profession est suivie, d'après les meilleures traditions monastiques, d'une scène mystérieuse qui équivaut à l'immersion du néophyte dans le rituel

baptismal. Saint Paul a expliqué lui-même le symbolisme de cette immersion : elle fait communier le fidèle à l'état du Christ mort et enseveli, Consepulti enim sumus cum Chrîsto per baptismum in mortem ^. C'est à mesure que l'initié disparaît ainsi sous les eaux, que le ministre de Dieu prononce la formule sacramentelle : Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

De même, d'après le cérémonial monastique, dès que le nouveau profès a prononcé la formule des vœux, il se met incontinent dans un état de mort ; il se prosterne de tout son long sur le pavé du sanctuaire. Et c'est dans le but d'accentuer davantage cette idée de mort et de sépulture, qu'on a depuis plusieurs siècles introduit cet appareil lugubre du drap mortuaire, du cierge et du glas funèbre ; bien qu'on l'ait parfois transposé hors de sa place primitive, la signification au fond reste la même. Pendant cette prostration du néoprofès, l'Abbé récite sur lui ces quatre oraisons solennelles qui « faisaient le moine », d'après les anciens, ad faciendum monachum, et qui, s'adressant successivement aux trois personnes de l'auguste Trinité, sont en quelque sorte un développement de la formule sacrée à laquelle nous sommes redevables de notre régénération.

Mais, comme nous le disions précédemment, rien ne meurt de ce qui est à Dieu, que pour reprendre bientôt une vie nouvelle et meilleure. Cette vie nouvelle, c'est la vie du Christ. C*est ce que saint Paul nous enseigne, en continuant son explication des

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