‹ L'idéal monastique et la vie Chrétienne des premiers jours [microform]Chapitre 37 sur 87 · I. S. Anselme, De similitudinibus, c. 84 (Migne · texte numérisé non relu

I. S. Anselme, De similitudinibus, c. 84 (Migne

semblable à un malade, dont le corps est plein de mauvaises humeurs : les médecins déclarent qu'il peut y avoir danger pour ses jours, à moins qu'il ne subisse une opération douloureuse. Le malade, informé de la gravité de son état, n'hésite pas à se soumettre au traitement : seulement, comme il a de bonnes raisons de se défier de lui-même, il se fait lier, en demandant que personne ne le délie jusqu'à ce que l'opération soit terminée. Ainsi fait-on. Mais à peine le fer a-t-il pénétré dans les chairs, voilà que le malade furieux commence à s'emporter ; il prétend qu'il n'éprouvait pas un si grand mal, conjure les médecins de s'arrêter, jette des cris de désespoir, profère les plus terribles menaces si on ne le délie aussitôt. Mais ses protestations demeurent sans résultat : on oublie tout le reste, pour ne songer qu'à la première parole du malade. Bref, malgré ses cris de douleur, en dépit de ses supplications, les médecins restent fermes, et achèvent l'opération. Bientôt le malade, débarrassé de la pourriture qui devait lui donner la mort, recouvre la plénitude de ses forces, et il est le premier à remercier ceux qui ne se sont pas rendus à des désirs exprimés dans un moment de défaillance. Quoi donc, dit le saint, est-ce que l'opération ne lui aura pas profité, parce qu'il a faibli quelques instants sous le fer de l'opérateur ? Ce malade n'est autre que l'homme qui, voulant guérir de ses vices, se lie par le triple vœu de stabilité, de conversion des mœurs et d'obéissance. Il aura beau dans la suite éprouver des mouvements de révolte contre ses médecins spirituels ; il pourra par moments se montrer récalcî-

trant, se fâcher tout rouge, protester que son âme n'est pas si malade ; pourvu qu'il n'aille pas jusqu'à briser lui-même ses liens, il est impossible de douter du résultat final. Guéri complètement des humeurs nuisibles qui paralysaient en lui la vie surnaturelle, il sera le premier à se féliciter de s'être laissé lier d'abord volontairement, et ses incartades subséquentes n'auront pas empêché le bon effet qu'il avait espéré des saints engagements de la profession ^.

Réjouissons-nous donc de cette salutaire contrainte, qui nous garantit contre nous-mêmes, et nous affermit dans cette pénitence chrétienne où nous nous sommes engagés sur le conseil de l'Apôtre. Remercions Dieu d'avoir mis à la disposition de ceux qu'il aime ce second baptême, qui restitue et assure à tant de fidèles les sublimes prérogatives du premier. Ils sont, l'un et l'autre, notre joie et notre gloire ; ils méritent, l'un comme l'autre, notre étemelle gratitude, suivant que l'Église nous le rappelle chaque année dans l'introït du mardi de la Pentecôte : Accipite iucunditatem gloriae vestrae, gratias agentes Deo, qui vos ad caelestia régna vocavit.

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