‹ L'idéal monastique et la vie Chrétienne des premiers jours [microform]Chapitre 42 sur 87 · I. S. Gregor. P. VII, Epist 69, Migne 148, 420 B · texte numérisé non relu

I. S. Gregor. P. VII, Epist 69, Migne 148, 420 B

cesse porter dans son esprit toute l'Église catholique répandue de l'Orient à l'Occident ; In mente me habere necesse est ecclesîam catholicam ah oriente tisque in occidentem diffusam ^. I^orsqu'il s'agit d'assigner une direction à son activité naturelle, après son Abbé et avec son Abbé, il interroge d'abord du regard la vaste étendue de l'Église de Dieu ; il cherche à comprendre ce dont elle a le plus besoin dans tel ou tel pays, durant la phase présente de son pèlerinage ici-bas. N'est-ce pas ce qu'ont fait les hommes de Dieu suscités en notre temps pour faire revivre et propager l'Ordre monastique? N'estce pas là ce qui les a portés, une fois les traditions de la louange divine rétablies parmi nous, à entreprendre ces œuvres destinées à accroître en chaque pays la salutaire influence de l'Église : soit par une éducation foncièrement chrétienne assurée aux hommes de l'avenir ; soit par des missions apostoliques, propres à assurer la conservation de la foi, chez nous d'abord, puis, s'il plaît à Dieu, à l'étendre un jour au dehors ; soit par des travaux littéraires ou artistiques, qui continuent parmi nous les traditions des glorieux efforts du passé vers le vrai et le beau ; soit enfin par des institutions qui nous permettent de nous associer d'une façon directe à la solution de ce grand problème social où l'Église déjà, à son ordinaire, a voulu prendre les devants ? Il se peut que ces œuvres extérieures, jointes au fardeau déjà réel de la vie monastique, produisent parfois en nous des moments de défaillance : nul doute que

I. Acta ss. Fructuosi, Augurii et Eulogii, ap. Ruinart, Act. mart. sincera.

la vie de nos pères n'ait été moins affairée, moins nerveuse que. la nôtre. Mais c'est une nécessité des temps actuels, où l'on vit plus vite que par le passé. Quand les ennemis de l'Église s'agitent sans relâche, et de tous les côtés à la fois, il est juste que ses fils redoublent d'activité et de zèle : sous peine de renier son passé et de compromettre son avenir, l'Ordre monastique ne peut en aucune sorte demeurer en arrière. Sans doute, son action aura toujours quelque chose de plus grave, de plus imposant, de plus compact : mais non de moins puissant, à condition que chacun de ses membres apporte au mouvement de l'ensemble cette promptitude et cette abnégation qui coûtent à la nature, mais qui, à l'heure décisive, assurent le succès.

Nous sommes d'autant mieux préparés à ce rappel sous les armes, que notre profession même nous constitue dans une sorte de réserve perpétuelle, en nous obligeant à garder dans toute sa force et son intégrité l'esprit primitif du Christianisme. C'est là, on s'en souvient, la troisième qualité de ce que nous avons appelé la vie apostolique : et il nous faut bien en dire quelque chose, d'autant qu'elle est la condition principale et indispensable de la vie du moine.

On peut le dire, sans manquer aucunement à la vérité ni au respect. Le Verbe incarné, dont l'Évangile rapporte qu'il avait daigné soumettre son corps mortel à l'action de l'âge et du temps, n'a point voulu y soustraire l'Église, son corps mystique. Bien que douée d'une) étemelle jeunesse, par suite de la vie lumineuse et sainte que l'Esprit renouvelle sans cesse en elle, elle n'a point traversé le cours de tant de

siècles sans perdre quelque chose de la fraîcheur primitive de ses traits, de la sève bouillonnante de son premier âge : par son côté humain, elle semble, à certaines heures, connaître cette sorte de lassitude et d'épuisement que son Maître lui-même voulut jadis éprouver, lorsque, « fatigué de la route », il s'assit, vers la sixième heure, au bord du puits de Samarie ^. Je ne parle pas seulement de ces formes accidentelles, qui sont à l'Église comme ses atours de princesse, et dont elle peut changer d'âge en âge, sans qu'il faille y voir en aucune façon un signe de décrépitude. Que ses temples soient en tel style ou en tel autre, que sa liturgie subisse telle ou telle modification, que sa discipline même s'adapte aux nécessités des temps modernes, là n'est point l'important : ce sont là, bien plutôt, autant de preuves manifestes qu'elle ne se laisse pas engourdir par cette immobilité et cette raideur qui a envahi de si bonne heure les églises séparées. Aussi, ne s'agit-il point de cela. Et de quoi donc ? De l'amoindrissement toujours croissant de la foi, qui, si Dieu n'intei-vient pas, menace de conduire les nations jadis chrétiennes au terme de l'apostasie prédite par l'Apôtre ^ : de la diminution du prestige de l'Église, dépouillée par les révolutions de tout ce qui pouvait humainement assurer aux regards des peuples son indépendance et sa dignité ; de la rareté relative des hommes de grande et profonde doctrine, à laquelle est loin de remédier la diffusion croissante de l'instruction. De quoi il s'agit ? Encore, et surtout,

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