‹ L'idéal monastique et la vie Chrétienne des premiers jours [microform]Chapitre 44 sur 87 · Parole citée dans la Vie d' Albert Hetsch, p · texte numérisé non relu

Parole citée dans la Vie d' Albert Hetsch, p

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Iv'âiïioilf passionné de cette unité a toujours été la marque la plus sensible de la véritable Église et des esprits les plus nobles qu'elle ait comptés dans son sein. Dès Torigine, il ne leur a pas suffi de maintenir l'unité essentielle de tous les fidèles dans la soumission à une même loi, à une même autorité visible : ils ont voulu que cette union des esprits et des cœurs fût réalisée de la façon la plus complète par une communauté de vie que rendait possible et même facile la ferveur et le nombre relativement restreint des premiers chrétiens. C'était là l'idéal : jamais un personnage véritablement grand et saint n'a paru dans l'Église jusqu'à nos jours, qui ne l'ait admiré et envié, qui n'ait cherché à le faire refleurir autour de lui dans la mesure de ses forces. C'est si bieii le nerf et la force vitale de l'Église, que les ennemis de celle-ci ne s'y trompent jamais. Tous les efforts des empereurs païens n'avaient qu'un but : empêcher les chrétiens de former des réunions. lya haine des sectaires contemporains commence immanquablement par là son œuvre, partout où il lui est donné de s'exercer librement : proscrire toute tentative d'association religieuse, en mettre les membres hors la loi, fallût-il pour cela recourir à des violences non moins ridicules qu'odieuses.

Cependant, quoi qu'on fasse, il y aura toujours dans l'Église au moins un genre de réunion qui ne finira qu'avec le monde : c'est la Fraction du Pain, la synaxe par excellence, le sacrifice eucharistique^ ce dominicum dont les martyrs accusés d'y avoir pris part disaient : « Nous ne pouvions nous en dispenser : il ne faut pas qu'il soit jamais interrom-

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pu parmi nous^. » De fait, aujourd'hui encore, l'assistance à l'assemblée du dimanche et la participation au moins annuelle au sacrement du Seigneur sont les deux conditions indispensables à quiconque veut être considéré comme faisant partie de la communion chrétienne.

Si telle est l'importance du sacrifice eucharistique dans la vie des simples chrétiens, il va sans dire que, loin de rien perdre parmi nous de sa dignité, il doit être comme le sommet lumineux de toute notre vie religieuse. De là, pour nous, la nécessité de nous faire une idée juste et vraie de sa grandeur ; et nous ne le saurions mieux faire qu'en le considérant à la façon de nos pères, et en particulier de s. Augustin ^, c'est-à-dire comme le sacrement suprême de l'unité. C'est à ce point de vue, éminemment traditionnel, que nous en parcourrons rapidement les rites mystérieux, en les reconstituant autant que possible dans leur ampleur primitive, afin d'en saisir davantage la haute signification symbolique. Il serait vraiment regrettable que ces études sur la liturgie des pre-

1. Dominicum cum fratribus celebravi, quia christiana sutn... Non potest intermitti dominicum. Lex sic jubet, lex sic docet. Collectam gloriossissime celebravimus, quoniam sine dominico esse non possumus. Acta s. Saturnini et soc. ap. BoUand. 2 tom. febr., p. [;i6 s.

2. Serra, CCXXVII : Commendatur vobis in isto pane, quomodo unitatem amare debeatis ; Serm. CCXXIX : Ecce quod accepistis, Quomodo ergo unum videtis esse quod factum est, sic unum estote vos ; Serm. LVII, n. 7 : Virtus ipsa, quae ibi intellegitur, unitas est, ut redacti in corpus eius, eflfecti membra eius, simus quod accipimus ; In loh. tract. XXVI, n. 13 : O sacramentum pietatis ! O signum unitatis !

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miers siècles chrétiens, études qui ont toujours été et sont encore en honneur parmi nous, ne servissent qu'à satisfaire la curiosité des archéologues : nous devons, nous, y chercher avant tout les manifestations vivantes d'une foi jeune, ardente, toute proche de sa source, afin de remplir en ce point encore notre mission, laquelle est, nous l'avons vu, avant tout conservatrice, quoique sans exclusivisme d'aucune sorte.

Ce cachet d'unité paraît d'abord dans la composi-. tion de l'assemblée : c'est, du moins aux grandes messes stationnales, la population chrétienne d'une ville entière, réunie autour de l'évêque et de son clergé. Et pour que cette unité s'accuse nettement dès le début, un premier lieu de réunion est assigné, d'où cette immense foule se rendra ensemble et dans un ordre majestueux à la basilique principale oii doit se tenir la fonction. C'est un motif analogue qui aura inspiré notre coutume monastique de la « station » : il ne fallait pas que l'assistance fidèle offrît un seul instant le spectacle de la division, inconvénient pourtant inévitable, supposé que chacun arrive de son côté, les uns plus tôt, les autres plus tard. ly'Êglise est comparée dans le Cantique des cantiques à « une armée rangée en bataille » : elle a aimé à s'appliquer à elle-même cette figure, à la réaliser dans ces processions qui marquent le caractère conquérant et libre de sa marche à travers les siècles, et dont rien, de nos jours encore, ne surpasse, n'égale même l'impression sur les masses.

Au moment où le pontife arrive à l'autel, il commence par saluer la réserve eucharistique provenant

d'une fflêssê précédente. Par cette marque de révé^ rence, il reconnaît et sanctionne ce qui a été fait dans les synaxes antérieures : il ne va pas offrir un sacrifice nouveau, mais continuer le même grand et unique sacrifice qui, depuis le Calvaire, remplit tout le temps et l'espace. Son sacerdoce n'est pas différent de celui de ses prédécesseurs, comme celui de ses successeurs ne se distinguera pas du sien : c'est le même grand-prêtre, établi à jamais selon l'ordre de Melchisédech, qui agit aujourd'hui comme hier, comme dans tous les siècles, dans la personne de ses ministres.

Viennent ensuite les lectures, faites par un seul, écoutées par tous. Rien n'y manque, ni les textes de la lyoi, ini les oracles des Prophètes, ni les enseignements des Apôtres, ni la doctrine céleste des Évangiles : car Jésus n'est pas venu abolir la I^oi et les Prophètes, mais les accomplir. Ainsi tous les monuments de la révélation divine sont notre bien : l'Église nous les a tous conservés, les anciens et les nouveaux, depuis Vin principîo de la Genèse, jusqu'à l'Amen de l'Apocalypse. Quel corps de doctrine offrit jamais une telle variété, dans une unité qui va du berceau du monde aux noces de l'éternité ?

Ces lectures sont entrecoupées par le chant du psaume, dont les riches modulations exigent toute l'habileté des solistes de la Schola. Mais même ici le peuple chrétien ne demeurera pas étranger : la phrase finale, au moins, devra être reprise par lui. C'était, et c'est encore, là où on l'a conservé, un spectacle émouvant, que cette part prise par toute l'assemblée chrétienne au chant sacré qui accom-

pagne la célébration des mystères. On peut dire ce qu'on voudra des inconvénients qui résultent, au point de vue artistique, d'un chant quelconque exécuté par une foule nombreuse : rien ne vaudra jamais, comme effet, l'impression de majestueuse et vivante unité qu'il produit ; et puisque nous regardons comme une part de notre mission de travailler à la restauration des vénérables traditions liturgiques, souvenons-nous qu'il restera toujours quelque chose à désirer, tant que nous ne serons point parvenus à rendre au peuple de Dieu la part active qui lui revient, cette grande voix que nulle combinaison artificielle ne saura jamais remplacer.

Les lectures finies, a lieu le renvoi solennel de toutes les catégories de personnes qui ne doivent point assister au sacrifice proprement dit : catéchumènes, pénitents, ou même simplement ceux qui ne communient pas. C'est l'unité qui s'accentue et resserre ses liens : il faut que tout aille ici de concert. Laisser près de la table sainte quelqu'un qui n'y prend point part, c'est exposer l'assistance au scandale affligeant d'une sorte de schisme. Un vestige de cette communion générale de tous les assistants s'est perpétué jusqu'à nous dans la messe du Jeudi saint : autrefois, dans nos monastères, jamais une grande fête ne se passait, que tous, même les prêtres, ne reçussent la communion des mains de l'Abbé. L'usage s'est modifié, l'esprit demeure le même : il ne nous faut point assister aux saints mystères, sans nous y unir au moins intérieurement dans toute la ferveur de notre âme.

La messe des fidèles s'ouvre par ces oraisons

litaniques pour tous les besoins de l'Église, que nous avons conservées à l'office du Vendredi saint. Aucune intention n'y est omise : l'évêque et la hiérarchie tout entière, jusqu'aux moines et aux veuves, le pouvoir civil, les malades, les pauvres, les prisonniers, les voyageurs sur terre et sur mer, les absents, ceux surtout qui sont retenus dans les mines ou les prisons à cause de leur foi, enfin les hérétiques et les schismatiques, les juifs et les païens, sont tour à tour l'objet d'une prière spéciale. C'est en entendant cette nomenclature, où rien ni personne n'est oublié, qu'un haut personnage appartenant à une église séparée se sentit un jour touché jusqu'aux larmes, et répéta le cri de Salomon : Voici bien la véritable mère, Haec est enim mater eius !

lya forme même dans laquelle l'Église adresse à Dieu ses vœux est déjà, à elle seule, un signe d'unité. C'est une « collecte », c'est-à-dire une formule dans laquelle celui qui préside à l'assemblée recueille les saintes aspirations de chacun des membres, afin de les offrir à Dieu le Père par le Fils dans le Saint- Esprit.

Mais voici que le cortège des ministres sacrés s'achemine vers le chancel, pour recevoir les offrandes des fidèles. Chacun sait que, dès la plus haute antiquité, du temps de saint Cyprien et même avant, ces offrandes matérielles ont été considérées comme un symbole frappant de l'union qui doit régner entre les chrétiens. I^e vin, ce breuvage qui forme si bien un tout dans la coupe du sacrifice, provient cependant de plusieurs grains de raisin mêlés et pressés ensemble. Quant au pain, le sym-

bolisme en est ainsi exprimé dans une formule rituelle remontant à l'âge apostolique : « Comme les » éléments de ce pain, épars sur les montagnes, » se sont réunis en un seul tout, de même, ô notre » Père, puisse ton Église se rassembler des extré- » mités de la terre dans ton royaume^. » Il n'est pas jusqu'à ces quelques gouttes d'eau mélangées au vin qui n'aient trait au mystère de l'union : le même Cyprien^ nous apprend à y voir une figure de la part prise par le peuple chrétien au sacrifice du Verbe incamé, et tel est bien le sens de la prière que nous récitons encore chaque jour en faisant ce mélange.

Enfin, on s'approche de l'autel. Cet autel lui-même nous parle de l'unité. D'après l'esprit primitif de l'Église, non seulement il n'y en a qu'un seul dans la basilique, mais encore on n'a pas dû y offrir le sacrifice ce jour-là, et on ne pourra l'y offrir à nouveau jusqu'au lendemain : c'était une règle à peu près absolue, que l'eucharistie ne pouvait être célébrée qu'une seule fois par jour au même autel. Nos pères y attachaient de l'importance, et les orientaux en général continuent de s'y conformer. On dira que c'est peu de chose en soi : c'est vrai, mais cette signification profonde attachée aux moindres choses se rapportant au culte divin montre assez le caractère, éminemment doctrinal de la piété antique.

Vient ensuite la grande prière eucharistique, corn-

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