AiÔaxtî IX
2. Epi LXIII, 13 : Quando autem in calite vino aqua miscetur, Christo populus adunatur, et credentium plebs, ci in quj^m çredidit copulatur et iun^tur..
mençant par la Préface pour s'achever au Pater : c'est là proprement la Messe, l'Oblation, la Liturgie. Chacun pourra voir, dans le volume de V Année liturgique traitant de la Fête-Dieu, la formule primitive d'où dérive, en somme, notre canon actuel. Rien de comparable comme ampleur : c'est l'action de grâces la plus complète que l'homme puisse adresser à son Auteur. Tous les grands bienfaits de Dieu y sont tour à tour passés en revue : la création, avec .toutes ses merveilles de nature et de grâce : puis, l'économie providentielle de l'ancienne alliance, avec ses scènes variées et ses multiples figures. Remontant de là au foyer inaccessible de la Divinité, le sacrificateur demande humblement que le peuple présent puisse joindre sa voix à celle des chœurs angéliques : et le chant imposant du Trisagion réalise un moment cette unité sublime du ciel et de la terre dans la louange du Dieu seul grand et véritable.
Ici eût pu se terminer l'action de grâces du genre humain sous la loi judaïque ; mais depuis. Dieu a fait à la terre de nouveaux dons, et, celui qui surpasse tout le reste, son Fils adorable, avec toute la série des mystères par lesquels s'est accomplie la rédemption du monde. C'est pourquoi le prêtre continue son Eucharistie ; il commémore successivement l'incarnation du Verbe, sa vie mortelle, sa passion. A ce moment, serrant de plus près' le récit évangélique, il raconte en détail les circonstances de la dernière Cène, et déclare que c'est bien pour renouveler ce qui se fit alors que l'assemblée offre à Dieu ce pain, ce vin eucharistiques. Une invocation à l'Esprit-Saint, pour qu'il réalise sur Toblation cç
qu'il fit dans rincamation, consomme le mystère ; et aussitôt l'évêque recommence les supplications pour tout ce qui intéresse la vie de l'Église, pour les morts et les vivants, les pouvoirs spirituels et temporels, et jusque pour les fruits de la terre.
Notre canon romain a conservé, en les abrégeant, la plupart de ces traits : il en est même qu'il accentue peut-être davantage. Telle est, en particulier, cette formule du Communicantes, si peu comprise du plus grand nombre : c'est comme le commentaire de ce salut aux restes du sacrifice précédent, qui a ouvert la fonction. Sur le point d'accomplir l'acte le plus solennel de la religion, l'assemblée sent le besoin d'affirmer hautement sa communauté de foi et de charité avec ceux qui l'ont précédée et lui sont actuellement encore unis dans le Christ : à travers, les siècles et les espaces, elle donne la main aux apôtres et aux martyrs, à tous ceux qui professent avec elle une même foi orthodoxe, pour les associer, en quelque sorte, à l'acte qu'elle va renouveler après eux et avec eux. Telle était jadis la haute signification de cette lecture des diptyques sacrés, qu'en rayer un nom appelé à s'y trouver équivalait à la sentence d'excommunication la plus formelle qui pût être prononcée dans l'Église.
Le Supplices te rogamus, qui suit la consécration, n'est pas moins plein de mystère. Au lieu d'implorer, selon l'usage oriental, la descente de l'Esprit sur l'oblation, l'Église demande, au contraire, que celleci soit portée par la main de l'ange du Seigneur au plus haut des cieux, sur l'autel élevé devant la divine majesté : de sorte que le sacrifice de la terre
ne fasse plus qu'un avec celui du ciel, et produise dans les âmes les mêmes effets de grâce.
A la fin du canon, c'était la coutume autrefois de bénir certains fruits nouveaux destinés à la nourriture des fidèles. C'est encore à ce moment de la messe, avant le Pater, qu'a lieu le Jeudi saint la bénédiction des saintes huiles : nouvelle manière d'affirmer l'intime connexion de toute bénédiction, même temporelle, avec la bénédiction suprême qui change les espèces eucharistiques au corps et au sang de l'Homme-Dieu.
Mais c'est surtout dans les rites de la communion que l'Église romaine a cherché à exprimer de la façon la plus claire l'unité ecclésiastique. On commence par le baiser de paix auquel doivent prendre part tous ceux qui communient. Dans nos monastères, aux jours où les prêtres eux-mêmes communiaient à la grand'messe, ce rite s'accomplissait d'une manière plus complète et plus saisissante qu'à présent. L'Abbé donnait d'abord le baiser au prieur, puis le moine le plus ancien le recevait à la fois de l'abbé et du prieur, et ainsi de suite par rang de profession, de sorte que chacun embrassait, non seulement son voisin, mais la communauté tout entière rangée autour de l'autel. Cela nous semblerait trop long et trop compliqué aujourd'hui : mais quel gage touchant de parfaite unanimité, au moment où tous vont participer à la même victime immolée là sur l'autel, et comme toute ombre de dissension devait disparaître devant une telle épreuve !
Cependant l'officiant a mis dans le calice le fragment de pain consacré qui lui a été apporté au com-
mencement de la messe, afin de Tunir à son propre sacrifice. Il partage ensuite sa propre hostie et en mêle pareillement un fragment au précieux sang. De ce qui reste, il détachera encore quelque chose pour le joindre aux parcelles destinées à la communion du clergé et du peuple ; de même que l'archidiacre aura soin de verser dans le calice plus grand destiné à l'assemblée quelques gouttes de celui auquel le célébrant a bu le premier. Il faut nettement exprimer l'idée de saint Paul : quoiqu'il y ait plusieurs coupes et plusieurs patènes chargées d'hosties, il n'y a qu'une seule nourriture, qu'un même breuvage spirituel, transmis à tout le peuple chrétien par un seul et même chef hiérarchique. Omnes qui de uno pane partîcipamus ^. Encore ce signe divin de communion franchira-t-il bientôt les limites étroites du temple oti se tient l'assemblée : une portion de pain consacré à la messe épiscopale sera envoyée à chaque prêtre des paroisses ; et nul dans l'enceinte de la cité ne célébrera le mystère eucharistique, sans avoir préalablement reçu ce fermentum destiné à être joint à sa propre consécration, comme une expression énergi(jue de l'union de l'Église entière à son pasteur. Ainsi, c'est toujours et partout le même sacrifice, toujours et partout la même foi, toujours et partout la même charité dans le lien de la paix. Peut-être ces détails, dont plusieurs sont tout à fait tombés en désuétude, et d'autres ne s'accomplissent plus que rarement, auront-ils fatigué le lecteur. Cependant, rien n'est plus propre à faire entrer dans nos esprits et dans nos cœurs la pleine intelli-