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I. Postcommunion du mercredi de la Pentecôte

Erant persévérantes in orationïbus.

Ils étaient également assidus à la prière.

lyE fraction du pain était le rite distinctif des disciples du Christ : mais ceux-ci n'en étaient pas moins fidèles au grand devoir de la prière, devoir primordial, position normale de la créature qui veut se tenir à sa place sous son Créateur. C'est pourquoi l'auteur des Actes, après ces mots : Erant persévérantes in communîcatione fractionis panis, ajoute aussitôt : et orationïbus. Ils étaient aussi assidus à la prière.

On peut se demander de quel genre de prière saint lyuc veut parler en cet endroit : de la prière liturgique, officielle, ou bien des prières privées, laissées à la dévotion de chacun. Il résulte de la suite du récit, que les apôtres et leurs convertis se livraient à ces deux sortes de prières. Comme tous les pieux Israélites, ils fréquentent régulièrement le temple, pour y vaquer à la louange de Dieu : ils observent fidèlement, outre l'assistance quotidieime au sacrifice du soir et du matin, la pratique de se rendre au parvis pour la prière publique de la troisième, de la sixième et de la neuvième heure. D'un autre côté.

nous les voyons recourir à la prière privée en mainte circonstance. Comme nous avons, nous aussi, ces deux sortes de prières, et qu'elles jouent un rôle des plus importants dans notre vie monastique, ce ne sera pas trop faire que de consacrer un entretien spécial à chacune d'elles.

Commençons par la grande prière liturgique.

Il semble que le moine doive toujours, comme le jeune ami de Job, être « plein de discours », dès qu'il s'agit d'un sujet aussi cher à son cœur ; et pourtant c'est un fait que rien n'est plus difficile que de bien parler de l'office divin, je veux dire, en évitant toute exagération, en trouvant la véritable raison d'être de la place qu'il occupe dans notre vie. D'un côté, s. Benoît met au premier rang, parmi les conditions que doit vérifier tout postulant, le zèle pour l'œuvre de Dieu ; et quant aux moines prof es, il ne veut pas qu'ils fassent rien passer avant lui. Voilà qui nous oblige d'assigner à l'office une place hors ligne parmi toutes les obligations de notre état. Estce à dire qu'il faille se contenter, actuellement surtout, de la vieille formule, que les moines sont pr opter chorum fundati, et croire que toute notre activité spirituelle doive être absorbée par la psalmodie, le chant des antiennes, des répons et des hymnes ? Est-il même exact de présenter le cliant de l'office comme le côté spécialement caractéristique de la vocation bénédictine ?

On l'a dit, on le répète souvent, surtout depuis le XVI® siècle. Suarez l'a enseigné dans sa volumineuse théologie : le restaurateur de la vie monastique en France, D. Guéranger, a fait de ce principe le iÊonde-

ment de sa réforme. Malgré tout le respect dû à de telles autorités, la formule peut cacher un malentendu qu'il importe d'éclaircir avant d'aller plus loin.

D'abord, que l'office soit le but de la vie monastique, c'est là une affirmation dont on chercherait vainement trace dans la Règle. I^es heures canoniales y sont réglées avec soin, c'est vrai ; saint Benoît veut qu'on interrompe tout pour s'y rendre lorsque l'heure est venue, c'est vrai encore. Mais en dehors de ce temps consacré à la prière liturgique, il destine le reste de la journée, moitié à la lecture, moitié au travail : et il n'est dit nulle part que ces lectures, ce travail, doivent être dirigés immédiatement vers l'œuvre de Dieu, sauf, à certains moments, pour ceux qui doivent encore s'initier au chant des psaumes ou se préparer à quelque office du chœur. En somme, la prière canoniale est un des éléments de la vie bénédictine, le plus noble, sans doute, parce qu'il se rapporte directement à Dieu ; mais enfin, elle laisse place à bien des genres d'activité, sans être la fin nécessaire et indispensable de tout le reste. Sa place de choix parmi tous les exercices du moine correspond simplement à celle qui lui revenait dans l'estime et la vie journalière des premiers chrétiens. C'est donc ici encore une conséquence du principe posé plus haut, que la vocation du moine est de perpétuer jusqu'à la fin des temps l'esprit et les traditions de l'Église des premiers siècles.

Il ne s'agit pas de savoir si l'accomplissement des fonctions liturgiques peut devenir le but particulier

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d'une corporation religieuse : nul ne le conteste ; mais, de fait, ce n'est pas là en aucune façon une prérogative spéciale de notre Ordre. S'il appartient à quelqu'un de s'en glorifier, c'est aux chanoines réguliers plutôt qu'à nous. Que l'un des derniers rejetons de l'arbre bénédictin ait fait de la vie liturgique son idéal presque exclusif, c'est une sorte de phénomène local, qui a eu sa raison d'être providentielle. Tout comme on a vu des congrégations de notre Ordre se vouer spécialement, soit à la culture des champs, soit au service des pauvres et des pèlerins, soit aux grands travaux d'érudition ; la mission de la Congrégation de France a été celle que lui assignait son Bref d'érection : restaurer les traditions compromises de l'unité liturgique, et, par là, préparer ce mouvement de retour à Rome, qui est le grand fait de l'histoire ecclésiastique au XIX® siècle. Encore une fois, c'était là une destination voulue par la Providence. Certes, la tâche est loin d'être achevée, et il y a encore bien à faire pour la mener à bonne fin dans les différents pays ; mais nous examinons ici les choses en faisant abstraction des circonstances : il s'agit de nous faire une idée nette de notre vocation, et de la place qu'y occupent tels ou tels éléments.

Or, le chant de l'office divin, bien qu'il doive être au premier rang dans notre estime, comme dans celle des chrétiens des premiers âges, ne fut jamais considéré comme le but caractéristique de notre vocation, du moins pas avant l'âge moderne. Jusqu'au XVI® siècle, on n'avait jamais vu surgir dans l'Église un Ordre qui ne retînt l'office du chœur, et n'en fît

en théorie du moins, son premier devoir. Cest ainsi que les Frères-Prêcheurs ont inscrit à la première page de leurs Déclarations la sollemnîs officii divini recitatio ; et l'histoire nous montre leur saint fondateur allant sans cesse d'un chœur à l'autre pendant les Matines, pour exciter les religieux à chanter « hautement et dévotement, ut alte et dévote cantarent ^. » Presque tous les ordres auraient à citer quelque trait du même genre, extrait, soit de leurs Constitutions, soit de la vie de leurs saints.

Cependant, plus on approche des temps modernes, moins la vie liturgique est comprise et appréciée. Cela se conçoit : les instituts fondés depuis le XIII® siècle se proposèrent chacun un but déterminé, correspondant à quelque besoin actuel de l'Église. Tout le reste, dès lors, ne fut plus considéré que dans la mesure où il pouvait contribuer à la réalisation de ce» but. La célébration solennelle de l'office devint simplement un moyen comme un autre : et l'on vit bientôt les meilleurs esprits, saint Thomas en tête, envisageant à ce point de vue la louange divine, la déclarer inférieure en noblesse et en efficacité au ministère de la prédication : Nobilîor modus est provocandi hommes ad devotîonem per doctrînam et praedicationem quant per cantum ^. Dans ce même passage de sa Somme, le Maître de l'École ne considère le chant sacré que comme un moyen utile aux faibles pour s'exciter à la dévotion. Il faut avouer que nous sommes bien loin de l'idée

1. Cf. A. Danzas, Étude sur les temps primitifs de s. Dominique, t. I, p. 162.

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