Hebr. IV
mille auditeurs convertis à la voix de Pierre ? Qu'a fait l'Apôtre, en efïet, sinon brandir l'arme des divines Écritures, en citant David et les Prophètes, en montrant leurs oracles accomplis dans le Christ, et eux-mêmes devenus par le fait des déicides, destinés, s'ils ne se convertissent, à servir un jour de marchepied à leur victime exaltée à la droite du Père ? Tel fut le discours, qui, suivant l'énergique expression de saint I^uc, « leur transperça .le cœur. »
Ce sont aussi ces coups de la divine parole qui, triomphant de la dureté de nos cœurs, y font entrer l'esprit de la sainte componction : soit que cette parole soit trouvée par chacun de nous dans l'arsenal des Écritures, soit qu'elle soit proférée à nos oreilles par la voix des supérieurs ou de ceux qui ont la mission d'enseigner, soit enfin que le coup provienne directement de l'Esprit de Dieu qui, remplissant l'univers et contenant tous les êtres dans son immensité, sait admirablement faire entendre sa voix au moment voulu par la miséricorde.
Dans tous les cas, comme tout dépend, au fond, de cette action intime de Dieu en chacun de nous, notre devoir est évidemment d'écarter ce qui peut gêner ou éteindre l'opération de l'Esprit, c'est-à-dire, la dissipation, les vains discours, le rire trop fréquent ou excessif, les rapports inutiles avec l'extérieur, l'ingratitude surtout, l'ingratitude envers Dieu, autant d'éléments de trouble qui dessèchent les sources de la componction, et contre lesquels s. Benoît nous met en garde en maints endroits de sa Règle. Qui peut lire, sans voir jusqu'au fond de sa grande âme, ce chapitre sixième, où l'importance
de l'esprit de silence taciturnitatis gravitas, nous est inculquée en termes qui ont impressionné tous les âges chrétiens ; où une excommunication absolue et « étemelle » — aeterna clausura — est prononcée contre les bouffonneries, les paroles oiseuses, bonnes uniquement à provoquer le rire ? Sans doute, nous connaissons trop bien le véritable esprit du saint Patriarche pour conclure de ces endroits qu'il a voulu bannir à jamais de nos monastères les manifestations extérieures de la joie qui tiennent à la nature même de l'homme et. dont l'usage bien placé peut être si facilement élevé, par la charité surtout, au rang des actes de vertus surnaturelles. Mais aussi, ne perdons jamais cette chose de vue : c'est que les termes émus employés par le législateur retrouveraient immédiatement leur raison d'être, si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, l'esprit de componction devait souffrir de ces soulagements nécessaires accordés à la nature.
Cette considération est particulièrement importante pour ceux qui viennent d'arriver ou qui sont encore de fraîche date au monastère : il est certain que la terre de leur âme ne sera jamais suffisamment retournée, que la transformation, qui doit nécessairement s'accomplir en eux, sera sérieusement compromise, s'ils ne s'appliquent, surtout dans ces premiers temps, au recueillement, à la modestie, au silence. C'est à eux surtout qu'il convient de manier avec ardeur ces trois précieux instruments de l'art spirituel : Multum loqui non amare. Verba vana aut risuî apta non loqui. Risum multum aut
excussum non amare^. Assurément, tous leurs efforts ne pourront les mener du premier coup à la pratique parfaite des IX% X« et XP degrés d'humilité correspondant à ces instruments : ils peuvent et doivent du moins atteindre à ce résultat extérieur sans lequel il est impossible de s'enraciner même dans le premier degré, qui est la crainte de Dieu.
Mais encore ce n'est là que le côté négatif, il est insuffisant : il nous faut travailler effectivement à nous établir dans le saint esprit de componction, et» pour y parvenir, nous n'avons nul besoin de chercher au dehors de l'admirable code monastique.
Le grand moyen, c'est la prière, et c'est à. propos d'elle que le bienheureux Père parle de la componction et des larmes. Rien, en effet, n'est plus propre que la prière à nous mériter ces dons inestimables, soit qu'on prenne la prière dans son sens strict, soit qu'on comprenne sous ce nom la pensée habituelle de la présence de Dieu et les divers exercices de piété qui se succèdent dans le cours de la journée.
Qu'est-ce, en effet, que la prière, sinon une élévation de l'âme vers Dieu ? Et que fait-elle, en s'élevant ainsi vers Dieu, sinon de s'exposer de plus près et comme à découvert aux coups de celui qui, suivant le Psalmiste, a le secret de ces « flèches aiguës, capables d'abattre à ses pieds des peuples entiers ^. »
Or, ces flèches de l'Époux sont de quatre sortes ^, toutes forgées de crainte et d'amour : de telle sorte cependant que dans les premières la crainte entre