Règle, c. LXIV
2. Quae enim pagina, aut quis sermo divinae auctoritatis veteris ac novi Testamenti non est rectissima norma vifae humanae ? Aut quis liber sanctorum catholicorum Patrum hoc non resonat, ut recto cursu perveniamus ad Creator em nostrum ? (Règle, c. LXXIII,)
Augustin, de saint Grégoire ou de tout autre, notre premier mouvement sera de rechigner, de faire les dédaigneux : à notre sens, ce qui est profitable à l'âme s'y trouve noyé dans un flot de considérations mystiques qui ne peuvent que retarder notre dévotion impatiente et raffinée. Nous serons tentés de préférer quelque petit livre où se trouverait la même moelle spirituelle, mais sans la chair ni les os. Tel n'est point le goût de saint Benoît : il n'exclut rien ; tout, selon lui, peut et doit nous profiter. Ce n'est pas imprudence de sa part : ainsi, il a soin de remarquer qu'il ne faut pas lire le soir l'Heptateuque ou les Rois, de peur que les imaginations faibles n'en soient troublées durant la nuit^ ; mais on ne les supprimera pas pour autant, on les lira simplement à d'autres heures. En dehors de ces exceptions motivées par la prudence, il entend qu'on lise chaque livre par ordre, sans rien passer : integrum ex ordine légat ^. Conseil d'une importance hors ligne dans la pratique, mais qui suppose aussi, cela va sans dire, qu'on dispose du temps nécessaire pour tirer profit d'une lecture faite dans de semblables conditions. Autrement, s'il s'agit, par exemple, d'une rapide lecture en vue d'une demi-heure de méditation, on risque de passer tout son temps en vaine recherche, sans rien mettre de côté qui suffise à un repas spirituel ainsi fait, en quelque sorte, à la pointe de l'épée. Au contraire, comme la méditation surgit naturellement d'une lecture faite dans les conditions qu'indique saint Benoît ! JJk, on a tout le temps, rien ne