c. XLVIII
presse. On lit une page, deux pages, sans rien trouver peut-être qui attire spécialement la réflexion de rame ; mais infailliblement le moment vient, l'âme s'est doucement échauffée, elle commence à prendre intérêt ; une phrase, un seul mot parfois, se présentent, sur lesquels ne tarde pas à se concentrer son attention. Semblable alors à l'homme qui vient de découvrir une veine de quelque métal précieux, elle fouille plus avant, elle scrute courageusement toute la profondeur de cette phrase, de cette expression ; elle en suce avidement toute la moelle. C'est la méditation, naturelle, sans apprêt, naissant simplement du contact de l'âme avec la vérité.
Mais cette considération ne saurait demeurer à l'état purement platonique : l'amour s'en mêle, il aspire à voir se réaliser dans la pratique de la vie les conséquences résultant de la manifestation de la vérité. S'il s'agit de quelqu'une de ces grandes vérités qui fournissent plus d'aliment à l'admiration et à la joie, il frappe à la porte du Père de famille, afin d'obtenir la pleine jouissance de ce qu'il a cherché dans la lecture et trouvé dans la méditation. Et comment frappe-t-il ? Par la prière. Prière fréquente, mais courte, parce qu'elle doit être pure : Brevis débet esse et pura oratio ^. Jésus ne peut résister à l'âme qui frappe ainsi : il lui ouvre, et c'est dans ces heureux moments qu'il la visite par le don de contemplation. N'allons pas nous effrayer de ce mot. Dom Guéranger le définit : « l'état auquel est appelée, dans une certaine mesure, toute âme qui cherche Dieu. » Ce sont comme de courtes échappées sur