‹ L'idéal monastique et la vie Chrétienne des premiers jours [microform]Chapitre 63 sur 87 · I. Règle, c. XL · texte numérisé non relu

I. Règle, c. XL

d'assurer le plein développement intellectuel dont étaient capables les esprits particulièrement doués. On prétend que les monstruosités fréquentes au moyen âge seraient impossibles de nos jours, que les mœurs se sont adoucies, que la philanthropie étend partout son empire : il y a du vrai. Mais aussi ces types de vertus héroïques dont les siècles passés offrirent tant d'exemples, où les retrouver aujourd'hui, à l'exception de ceux que fournira jusqu'à la fin la fécondité inépuisable de l'Église ? Encore fautil bien le reconnaître, ces tendances de nivellement universel gagnent chaque jour du terrain dans la société ecclésiastique elle-même. Toute prépondérance est à charge, toute influence même légitime et bienfaisante déplaît, toute exception, si motivée soit-elle, devient aussitôt un sujet de critique et de murmure. S'agit-il de la formation et de la direction des âmes, on constate aussitôt une défiance étrange à l'endroit de tout ce qui peut contribuer à faire progresser le niveau intellectuel, on ne tarit pas sur les dangers de la science, on décourage, ou du moins on ne fait rien pour encourager les efforts de ceux qui cherchent à susciter un mouvement, à lever autour d'eux les âmes au-dessus du terre à terre. Même système quand il s'agit du perfectionnement spirituel : on ne tolérerait pas de notables écarts, on fera tout pour les éviter ; mais, en général, on se contentera de cette tactique négative. Quant à ce qui pourrait sortir tant soit peu de l'ordinaire, aux efforts généreux que l'Esprit de Dieu n'a pas renoncé à inspirer aux grandes âmes, on se tient sur la défensive, au besoin même on étouffe et l'on

éteint. De sorte qu'on peut le dire avec plus de vérité encore qu'au XVII^ siècle : « Rien ne passe pour bon que la médiocrité... Quiconque s'en échappe par quelque bout que ce soit est infailliblement mordu par la pluralité^. » C'est là ce qu'on est convenu d'appeler discrétion, égalité.

Mais non, ce n'est point cela. Un grand évêque le proclamait un jour, à la face des représentants de cette démocratie, obligés malgré eux de l'applaudir : « La véritable égalité n'est pas celle qui passe un niveau grossier et barbare sur toute supériorité et toute grandeur ; mais celle qui permet à tout ce qui est noble et généreux de se produire, de s'épanouir et de monter ^ ». Quant à la discrétion, il n'est pas nécessaire que nous allions en chercher bien loin la notion véritable, après ce que notre saint Patriarche nous en a dit dans sa Règle, cette Règle que saint Grégoire a appelée si justement « un chef-d'œuvre de discrétion. » Cette discrétion ne consiste nullement à régler d'une façon uniforme la part qui revient à chacun : c'est là une idée aussi fausse que dangereuse. Bile ne se borne point à empêcher de trop faire, c'est une idée incomplète : on pèche contre la discrétion en faisant trop peu, aussi bien qu'en voulant trop faire. La discrétion,, telle qu'elle se dégage de la doctrine de saint Benoît, c'est ce tact merveilleux qu'il faut pour distinguer, d'abord, les forces et les besoins de chaque âme, son fort et son faible, ses ressources et ses lacunes, ce qu'elle

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