‹ L'idéalisme contemporainChapitre 11 sur 51 · Id., 1899, p. 515 et suiv · texte numérisé non relu

Id., 1899, p. 515 et suiv

sance et la critique scientifique ont fait définitivement justice de ce positivisme simpliste ; si la connaissance du réel doit être l'intuition d’un donné immédiat, la connaissance scientifique n’est pas réelle. Qu'on se reporte aux analyses psychologiques qui nous font voir dans tout ordre de perception le produit d’une sélection due aux exigences de l’action ; les organes des sens correspondent aux attitudes utilitaires que l’homme prend vis-à-vis de l'univers et ils nous obligent à un morcelage discursif de la réalité. Et si le fait sensible est déjà éloigné du réel, que dire du fait scientifique!? Entre le fait scientifique et le fait sensible, il y aune distance que la critique nous révèle : le fait sensible est, dans l'observation d’une-éclipse, un jeu d'ombre et de lumière ; le fait scientifique suppose une horloge, c’est-à-dire une théorie de la mesure du temps, laquelle met en cause toute la mécanique, et une théorie de la lunette astronomique, laquelle suppose les lois de la propagation de la lumière et la géométrie euclidienne ; n'importe quel fait scientifique suppose toute la science — et toute la nature. Le positivisme s'écroule avec la chimère du fait qui se présente isolé, indépendant, à la constatation de l’observateur et qui de sa propre autorité s’introduit dans la science.

Telles sont, résumées avec toute l’exactitude dont nous sommes capables, les deux suites d'idées qui auraient amené M. Le Roy à renverser la conception traditionnelle de la vérité scientifique : l’idéalisme absolu nous conduit au positivisme, et le positivisme

4. La science positive et la liberté. Bibliothèque du Congrès International de Philosophie, t. I, p. 323, et Bulletin, p. 18.

nous renvoie à l’idéalisme. Nous voici au rouet. Mais cette double critique ne saurait toucher l’intellectualisme ; la méthode de l'intellectualisme consiste en effet, et au moins depuis Kant, à ne pas préjuger la notion qu’il convient de se faire de la vérité scientifique, à ne pas se préoccuper du si mais du comment. Le problème ne se pose pas de savoir si, la vérité se définissant évidence de la raison ou intuition de la réalité, la science satisfait à cette définition préconçue de la vérité, mais, la connaissance scientifique étant donnée à la réflexion du philosophe, de chercher quelle conception de la vérité elle lui permet de se faire. Cette attitude intellectualiste, qui, au lieu de subordonner la science à un type a priori de vérité, tire de la réalité scientifique la compréhension de la vérité, a échappé à M. Le Roy : « La définition que j'incrimine est celleci : La vérilé consiste en la conformité de la pensée à son objet. C'est la définition scolastique : veritas est adæquatio rei et intellectus!. » Suivant la loi qui est peut-être la mieux établie dans l’histoire des idées philosophiques, M. Le Roy, en s’attachant à réfuter la doctrine scolastique, s’est à son insu placé au même point de vue qu'elle. Si la vérité est quelque chose de transcendant par rapport au développement de l'esprit humain, la négation de la transcendance nous obligerait à nous déplacer dans l’immanence de la pensée. Mais l'immanence, pour M. Le Roy, n’a jamais sa fin en elle-même, nous ne pouvons pas porter le poids de notre pensée, qui elle-même porte le monde; l'immanence n’est qu'un moment provisoire de la

LU

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