‹ L'idéalisme contemporainChapitre 21 sur 51 · Rev. de mél., 1900, p. 59-63 ; 1904, p. 323, 410 et · texte numérisé non relu

Rev. de mél., 1900, p. 59-63 ; 1904, p. 323, 410 et

à demander que l’on discernât l’indistinction complexe de la matière et l’indistinction complexe de l’esprit; seulement la philosophie nouvelle mentirait à son inspiration, qui est le spiritualisme, et à sa méthode qui est le respect des faits et de leur spécificité. Il lui a donc fallu se résigner à s’appliquer à elle-même le procédé de dissociation dont elle avait usé pour méconnaître et pour condamner l’intellectualisme matière et esprit purs se séparent l’une de l’autre au sein de l’action profonde qui tendait à les vivre et vont occuper les deux extrémités d’un spectre continu, l'une à la base — en deçà de l’action pratique qui morcelle la réalité de la nature —., l’autre au sommet — au delà de l’action discursive qui morcelle la réalité de l'esprit. , |

De là une seconde difficulté pour la dialectique de M. Le Roy : ce spectre continu qui est constitué par ce double mouvement vers l'intuition de l'absolu, contient-1l en lui ses deux extrémités? M. Le Roy aurait alors le droit d'affirmer que la matière et l'esprit sont objets de continuité vécue et qu'aucune coupure ne sépare dans le spectre les franges limites des franges moyennes. Mais alors aussi, par la vertu de la continuité, la philosophie nouvelle se serait transformée en son contrairé, en un dogmatisme de l’immanence qui ne laisserait plus de place à l’hétérogénéité des facultés humaines et érigerait en vérités absolues toutes les affirmations de la raison. Cette perspective fait réapparaître ces timidités classiques que M. Le Roy venait de répudier éloquemment. En vain il s'était promis de s’affranchir du relativisme kantien; il écrit « qu'objet pur et sujet pur sont deux pôles irréels

symbolisant les deux extrémités d’une continuité intercalaire seule réelle‘ ». Entre l’inaccessible et l’accessible, entre le symbolique et le vécu, la continuité sera eñcore maintenue, mais par une affirmation verbale qui traduit seulement la volonté de constituer le: système en quelque sorte en dépit de lui-même.

Enfin, comment concevoir la continuité intercalaire elle-même, une fois qu’on a exclu comme irréelles la continuité de la matière pure et la continuité de l'esprit pur? La continuité du spectre ne nous serait révélée que par la continuité du mouvement qui la parcourt et qui la remplit. Or, il se trouve justement que ce mouvement est double et divergent : il est tantôt un mouvement de descente vers l’infra-rouge — la matière pure, — et tantôt un mouvement d’ascension vers l’ultraviolet — l'esprit pur?. De plus, et comme si M. Le Roy tenait à faire évanouir toute trace de continuité, cette divergence se détermine à partir d’une région centrale qui est la région du discontinu, puisqu'elle est occupée par l’action pratique et par l’action discursive, c’est-à-dire par le sens commun et par l’entendement. De ce centre de perspective iront, se développant en sens inverse, attirées vers deux pôles irréels et transcendants, la vie de la matière et la vie de la pensée, la première défaisant l’œuvre utilitaire de la perception pour retrouver par-dessous l'intuition du donné primitif, la seconde temontant aux sources supralogiques du discours pour saisir le dynamisme de l’esprit créateur. |

Le vrai problème qui se pose entre la philosophie

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