Rev. de mét., 1901, p
dérive; les limites que l'intellectualisme kantien prétendait imposer à la métaphysique de la matière sont définitivement franchies !.
Et pourtant nous serions bien déçus si nous prenions M. Le Roy au mot. Vivre la matière, c’est l'atteindre dans sa réalité absolue qui est en même temps sa continuité spécifique. Il faudra donc se dégager de la réflexion qui est le caractère de l'esprit, et descendre peu à peu les degrés par lesquels s’est développée l'activité de la pensée : au delà de la perception sensible qui est discontinue et par cette discontinuité même a permis le sentiment de la différence et l'éveil de la conscience distincte, au delà de ces états mobiles et fuyants qui nous éloigneraient d'autant plus de la matière qu'ils forment la trame de la vie intérieure, on peut entrevoir un état limite où l’on vivrait la matière, et on en approche effectivement dans la catalepsie. Puisqu'on vit la matière, à force de ne plus vivre de la vie spirituelle, de la vie proprement humaine, c’est le cataleptique qui est le mieux en sympathie avec le réel ; et ainsi se vérifie la conception profonde de Leibniz que nous sommes la réalité de la matière lorsque nous nous « enveloppons » au point de redevenir une simple monade : « car nous expérimentons en nous-mêmes un état où nous ne nous souvenons de rien et n'avons aucune perception distinguée ; comme lorsque nous tombons en défaillance, ou quand nous sommes accablés d'un profond sommeil sans aucun songe ? ». La prétendue