Bibliothèque du Congrès, t. I, p
inverse 1] commet la même confusion que ceux qu'il réfute : il confond le fait et le rapport, ou plus exactement les deux acceptions que comporte la détermination d’un fait. Car ce n’est pas du tout la même chose de déterminer le fait comme fait, ou de déterminer le contenu du fait, d'affirmer que le fait est ou d'affirmer quel fait est. Cette distinction élémentaire à laquelle M. Le Roy paraît consentir lui-même lorsqu'il parle de cette « poussière incohérente et fugitive, qui n’est rien par elle-même et que rien néanmoins ne saurait suppléer‘ », suffit pour rectifier son argumentation et rétablir la véritable notion du fait scientifique. Plus votre analyse écartera les intermédiaires, dus à l'intervention de la réflexion scientifique, les classifications de phénomènes et les instruments de mesures, les définitions traditionnelles et les manuels opératoires, plus vous mettrez en relief ce qui reste au fond du creuset, ce qui résiste à toute dissolution mentale, le je ne sais quoi d’irréductible qui est le fait pur; il est sans doute indéterminé, à un tel degré d’indétermination qu'on ne peut lui faire correspondre aucun autre jugement que la simple affirmation de l'être, et que Cratyle, le maître de Platon, recommandait de se borner à lever doigt; aussi n’y aura-t-il guère d’autre mot pour le désigner que ce mot de choc, déjà employé par Fichte. C’est là, dans l’apparition de ce choc, que réside l'objectivité du fait scientifique et la racine de toute objectivité; l'esprit le constate comme une limite à la liberté de ses conceptions; c’est la part de ce qu'il ne fait pas dans ce qu'il fait, et c'est là ce qu’il est impossible de