Rev. de mét., 1901, p
N'importe quelle loi particulière est créée à la volonté de l’homme pärce qu’elle pourrait — relativement à l'ordre de phénomènes qu'elle paraît régir plus directement — être formulée autrement, etque pour lui donner un complément de détermination on doit l’emprunter à son rapport avec les autres lois de la nature. Il faudra donc concevoir la raison comme une faculté arbitraire planant au-dessus des principes qu’elle adopterait ou qu'elle quitterait avec la même facilité, faisant ou défaisant la logique au gré de ses dogmes supralogiques, et toujours également certaine du succès puisqu'elle n’a en face d'elle qu'une nature infinie, laissant toujours, en vertu de son infinité, apparaître ou fabriquer les faits requis pour donner au décret du discours l'illusion de la justification‘. Bref une nature indéterminée et une raison indéterminée, allant à la rencontre l’une de l’autre, suffiraient pour engendrer cette masse énorme de relations supposées nécessaires et universelles qui constitue la science.
Mais comment se fait-il que l’impression décrite par la philosophie nouvelle soit si exactement contraire à celle du savant qui fait son œuvre? Le physicien Île plus averti des illusions dénoncées par la critique n'en croit pas moins que la science est — ou, si l’on insiste, peut devenir — un progrès vers la détermination, qu'elle a un sens d'orientation. Comme l'esprit dont elle est l'œuvre, elle va du multiple à l’un, du discontinu au continu. Au début, quelques faits discontinus, qui par leur discontinuité sont susceptibles d'être reliés .par une série de courbes différentes, et présentent ainsi