‹ L'idéalisme contemporainChapitre 39 sur 51 · Bibliothèque, I, p · texte numérisé non relu

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une apparence de contingence; puis, à mesure que les faits observés deviennent plus nombreux, la courbe est de moins en moins indéterminée, en même temps que les différentes courbes, correspondant aux différentes catégories de phénomènes, sont reliées entre elles, de façon à former un réseau de plus en plus vaste et de plus en plus serré; la solidarité des lois scientifiques manifeste ce qui ne se sépare pas pour le savant : l’unité et la continuité de la raison, l'unité et la continuité de la nature.

Et alors la question qui avait été soulevée par l’approximation des faits se pose pour la solidarité des principes. L'interprétation de la science que donne M. Le Roy avec tant de pénétration et de sincérité n'’estelle pas viciée à sa base par une confusion d'ordre logique ? Après avoir emprunté au positivisme sa conception du fait scientifique identifié au réel, M. Le Roy s'appuie sur une définition de principes scientifiques qui se rapporte à une forme de la science aujourd'hui abolie, à ce qu'Auguste Comte appelait l’état théologique; à l’état théologique en effet, 1l n'y avait aucune différence à faire entre les symboles et les formules. Symboles et formules s’effondreront également, dès qu’il deviendra évident que symboles différents et formules différentes se sont succédé au cours de l'histoire, ou qu'ils peuvent coexister sans que le savant se sente capable ou même se soucie de décider entre eux Mais l’intellectualisme se croit capable de dénoncer ici l’erreur de la philosophie nouvelle : la mobilité des symboles et la mobilité des formules n’ont pas la même signification, peut-être même ont-elles une signification contraire.

Un symbole est une forme de représentation qui en exclut une autre; l'élément est l’atome ou bien il est la force, l'impulsion vient du choc ou bien de l’action à distance. Or, à mesure que les théories scientifiques se multiplient, 1l apparaît que ces schèmes, tout imcompatibles qu'ils sont, ont la même aptitude à figurer les relations des phénomènes naturels. Ils s’annulent donc l’un l’autre, et pour avoir de la nature une connaissance réelle 1l faut les retrancher également de sa pensée. Que conclurons-nous de là, sinon que cette critique des symboles permet de réparer et de rejeter ce qui, dans la penséescientifique, se mélaitinconsciemment d'imagination à l’œuvre de la raison? Comme l’a dit si spirituellement et si profondément aussi M. Poin- . caré, les théories mécanistes de la première moitié du xIx* siècle, après avoir dénoncé les illusions de la conscience vulgaire, rêvent de rétablir à un étage supérieur une matière nouvelle et, par une contradiction inconsciente, elles en empruntent la description et les propriétés aux phénomènes du monde sensible; elles voudraient les expliquer, et elles les remplacent. L’élimination de ces symboles imaginatifs est à la fois un progrès de l'esprit scientifique et une confirmation de l'intellectualisme.

Et, en effet, c'est une fois écartés les symboles mathématiques qu'apparaissent dans toute leur valeur les formules intelligibles, les expressions mathématiques. Mais, nous demande M. Le Roy, ne sont-elles pas mobiles aussi? Est-ce que la forme de la relation mathématique ne dépend pas de l’unité choisie? L’expérience ne livre qu'un point de repère, el ce point recevra sa qualification du cadre dans lequel le savant

l'aura fait entrer. Soit le point correspondant à ce qu'on appelle la fusion du phosphore; il dépend de nous que ce point soit constant et déterminé à 44° comme il l’est dans nos thermomètres centigrades; nous pourrions graduer autrement nos thermomètres, et déjà certaines déterminations de la formule varieraient, la forme en resterait la même cependant; mais il est facile de faire varier la formule, en choisissant une autre substance que le mercure ou l'alcool : on dit : que l’eau a une anomalie de dilatation; mais que l'on parte d’un thermomètre à eau, c’est le phosphore qui a une anomalie de dilatation; — et que l’on prenne enfin comme unité de mesure une grandeur variable comme la distance du soleil à [a terre, toutes les quantités fixes auxquelles nous nous repérons vont devenir des quantités variables, et tout le système intelligible de la science sera renversé!. La mobilité des formules est donc liée à la mobilité des symboles; il sera impossible de ne pas apercevoir le scepticisme imminent, de maintenir l'adhésion rationaliste à la valeur des principes scientifiques, à moins de prétendre que ce qui est vrai des symboles ne l’est plus des formules, que, les uns et les autres étant également susceptibles d’être changés à volonté, les uns sont arbitraires et les autres ne le sont pas. — Or, cette prétention, que d'avance la philosophie nouvelle juge contradictoire. est celle de l’intellectualisme. Les notions de l’imag:ination s’excluent mutuellement, et c’est pourquoi le dogmatisme métaphysique se plait à les soumettre au principe de contradiction afin de soutenir ou de combat-

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