Rev. de mét., 1900, p
et de là les contradictions où s'engage le positivisme nouveau. C’est contredire l’unité de la connaissance scientifique que de dissocier le discours et la pensée de façon à restreindre l’un au domaine régiparle principe d'identité, et de faire de l’autre le produit mystérieux d’un dynamisme irrationnel. C’est contredire le progrès continu qui se fait de la perception à la science que de séparer violemment la connaissance rationnelle de tout contact avec la réalité : «il y a toujours deux marches possibles, à partir des symboles du sens commun, soit vers le rationnel pur, soit vers le donné concret!. » Nous avons cherché pour notre part à nous affranchir de cette formule, et nous avons vu apparaîitre l’unité et la continuité d’une activité immanente dont la dialectique intellectualiste marque les étapes et définit l’orientation. La perception est discontinue, et en vertu de cette discontinuité les parties de l'univers paraissent exister et se mouvoir indépendamment les unes des autres; la contingence est liée à la discontinuité, ainsi que le manifeste l'histoire de la philosophie depuis Épicure jusqu’à M. Renouvier. Mais l’intelligence relie ces phénomènes dispersés dans l’espace et dans le temps grâce à la notion de loi nécessaire : pour les yeux l'eau s’évapore et s’anéantit, pour les oreilles le son s'éteint brusquement; il appartient à la science rationnelle de rétablir la continuité entre l’eau et la vapeur, entre les vibrations entendues et les vibrations insensibles, jusqu'à ce que ces lois nécessaires se fondent à leur tour dans une raison commune, et qu'apparaisse au sommet de l’œuvre synthétique, au
: À. Rev. de mét., 1900, p. 51.
troisième genre de connaissance, pour parler de nouveau avec Spinoza, l'unité de la nature identique sous la multiplicité des apparences, l'étendue indivisible, intelligible, parallèle à l'unité indivisible de la pensée. Dès lors, entre l’action pratique et l’action discursive, entre l’action discursive et l'action profonde il n’y a plus d'opposition; aucune transcendance ne rompt le progrès intérieur, à chaque degré analyse et synthèse apparaissent solidaires l’une de l’autre comme deux moments d'une même fonction. L’esthétisme est incomplet, en tant qu'il prétend isoler la synthèse de l'analyse dans la chimère d’une intuition primitive ; le nominalisme est incomplet, en tant qu'il prétend isoler l'analyse de la synthèse dans la formation de la science. Réunissons les deux aspects que l’artifice de la philosophie nouvelle avait dissociés : nous obtenons enfin la philosophie de l'esprit concret et vivant, l’intellectualisme. |
Ainsi la conclusion dé ce travail serait d'opposer la philosophie de l'esprit à la philosophie nouvelle. En avons-nous le droit? Est-il légitime de condamner ainsi une métaphysique qui n’est encore qu'esquissée et qui prétend être orientée vers le spiritualisme ? Après les discussions qui précèdent, il nous sera possible, sinon de traiter intégralement la question comme si nous étions en présence d’un système achevé, du moins d'indiquer les réserves qui s'imposent à nous.
La doctrine métaphysique de la matière vers laquelle tend la philosophie nouvelle, pose « les causes finales
comme les vraies causes efficaces { ». « Quelle solution plus spiritualiste pourrait-on vouloir? ? » demande M. Le Roy. Et en effet il y a une interprétation spiritualiste de la finalité, fondée sur une théorie de l’habitude ; la matière apparaît alors telle que M. Le Roy définit la matière actuelle, inertie, passivité, tendance à la répétition, tandis que l'esprit est défini, comme M. Le Roy définit la matière pure, capacité d’habitudes. La réalité primordiale est alors l'effort spirituel, qui est constitutif d’une habitude, et l’habitude se dégrade jusqu’à la limite de l’automatisme inconscient qui, ne laissant plus à des habitudes nouvelles, conditionne exactement le présent par le passé. Or, ce finalisme spiritualiste est justifié à deux conditions : il faut que l'esprit soit orienté vers un système intelligible d'habitudes, et que cette orientation fonde en vérité le déterminisme de la nature. Ce sont ces deux conditions que la philosophie nouvelle exclut; elle enseigne que nous retrouvons la vérité profonde de l'esprit en défaisant au dedans de nous l’œuvre artificielle des catégories, que nous retrouvons la réalité de la matière en dénouant le tissu des habitudes ; elle nous fait remonter du terrain de l’immanence, où peut s'établir un spiritualisme positif, au rêve de la transcendance, c’est-à-dire à des relations d’extériorité qui n’ont de signification que pour l'imagination matérialiste. Effectivement, suivant M. Le Roy, c'est au delà de la matière actuelle et de la nécessité rationnelle que s’est faite la rencontre de la matière pure et de