‹ L'idéalisme contemporainChapitre 44 sur 51 · Id., 1901, p · texte numérisé non relu

Id., 1901, p

modifiées par l'intervention d’une puissance transcendante suppose l'existence de ces lois, un déterminisme non partiel et apparent, mais profond et intelligible. Or si la réalité est dans son origine métaphysique contingence et non nécessité, n'importe quoi peut arriver à la suite de n'importe quoi, suivant la formule de Hume; toute possibilité de distinguer le surnaturel et l’ordre régulier de la nature s’évanouit, et il ne reste plus de miraculeux que la croyance au miracle.

Mais peut-être la doctrine métaphysique de l'esprit apportera-t-elle à la philosophie nouvelle la preuve d’une transcendance positive. À coup sûr, du moment que l'esprit est une activité vivante, le type même de l'activité vivante, il faut admettre que par son progrès elle se dépasse elle-même ; il est absurde de concevoir la pensée se prévoyant en quelque sorte et décrivant à l’avance les étapes de son développement, encore que M. Le Roy soit tout disposé à prêter cette absurdité à l’intellectualisme, à en faire une doctrine du statique et de l'immobilei. En fait c’est l'intellectualisme qui avec Spinoza et Leibniz a introduit dans la philosophie la notion d'inconscient et démontré qu'elle était nécessaire pour expliquer l'origine du progrès intérieur ; seulement ce que l’intellectualisme ne saurait admettre, c’est que par le fait même de son progrès l'esprit devienne inintelligible à lui-même, que la propriété originale de la réflexion sur soi ne serve qu'à dégrader l’activité interne, de telle sorte qu’il y aurait à l’origine de l'intelligence « autre chose

À. Rev. de mét., 1901, p. 300.

que l'intelligence ‘ », et que la source de la logique serait nécessairement supra-logique?. Une telle discontinuité dans la vie mentale apparaît à l’intellectualisme comme la négation de l'esprit, qui est synthèse immanente, unité. M. Le Roy pense avoir établi le spiritualisme, cn définissant la réalité comme un dynamisme continu et irrationnel ; mais en quoi ces métaphores empruntées à la mécanique — et que nous avons eu déjà l’occasion de relever comme caractéristiques de la philosophie nouvelle — s’appliquent-elles à l'esprit ? et pourquoi ne s’appliqueraient-elles pas à la matière, comme le pensaient les Stoïciens qui avaient fondé une doctrine matérialiste sur la tension de l’énergie, sur la richesse et l'harmonie de la vie et de l’action ? A cet égard, M. Le Roy a promis, et nulle promesse ne pouvait être enregistrée avec plus de reconnaissance, une théorie de l'invention scientifique qui serait de nature à résoudre la difficulté. « Qui prendra le mieux cette attitude purement dynamique, de celui qui, visant surtout au discours parfait, ne cherche dans la science qu'un enchainement rigoureux de formules, ou de celui qui, plus vivant, ne saisit chaque résultat que pour y puiser un élan nouveau vers de nouveaux résultats? C'est la différence de l'inventeur au critique, et nul ne contestera que ce soit au point de vue du premier qu'il faille se placer pour bien comprendre la science. » Mais je ne doute pas que, si M. Le Roy veut entrer dans le détail de la

4. Bulletin, p.15. Cf. Id., 1901. p. 327 : « Comprendre n’est pas un acte purement intellectuel. »

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