Bulletin, p. 28; cf. Bibliothèque, p
grale ; le savant est tourné vers les faits, vers les expériences de laboratoire ou les raisonnements mathématiques qui s'établissent indépendamment de sa volonté et dont 1l attend anxieusement la confirmation de ses inventions ; la spécificité de la science, c’est. que l'invention s’y fait découverte, et cela grâce à un procédé intellectuel de vérification. M. Le Roy a cru qu’il y avait lieu de revendiquer les droits de l’esprit contre l’intellectualisme, parce qu'il a toujours considéré l’intellectualisme à travers l'hypothèse des facultés, que l’intellectualisme a pour objet d’'exclure. La thèse du primat de l’action suppose la discontinuité de la vie intérieure, et tout un jeu de composition ou de décomposition de forces ; mais la thèse du primat de l'intelligence signifie que l'intelligence n’est pas une faculté dont se distingueraient le sentiment ou la volonté, qu'elle est une fonction, qu'elle est l’esprit tout entier orienté vers la vérité. Tant qu’on a considéré avant tout dans l'esprit la puissance de tension et d'énergie, la force inventive et créatrice, on a méconnu la propriété caractéristique et l'originalité de l'esprit qui est de se prescrire une direction et d’en prendre conscience. C'est avec l’intellectualisme que la réflexion peut dela dynamique, indifférente au matérialisme et au spiritualisme, s'élever à la dialectique, qui est la philosophie spécifique de l’esprit.
Est-il besoin d'invoquer en faveur de cette philosophie la tradition authentique de l'histoire ? Le fondement du spiritualisme a toujours été cette vérité même que la philosophie nouvelle s'efforce d’ébranler, la suprématie de l’intelligible sur le sensible dans la science et jusque dans la perception. Mais s’il fallait
citer des noms, nous dirions : Platon, Spinoza, Fichte. Leurs prédécesseurs, après les déchiremenfs de la révolution qu'ils avaient opérée dans la pensée de l'humanité, n'avaient pas eux-mêmes rétabli l'unité de l'esprit. Leurs successeurs ont parfois dépassé le but, en inaugurant un système de justification universelle qui devait dégénérer en scolastique ; ce n’est pas tout à fait la faute d’Aristote, de Leibniz, de Hegel, s’il y a eu une scolastique aristotélicienne, une scolastique leibnizienne, une scolastique hégélienne, mais ce n’est pas nôn plus par hasard. Au contraire la pensée de Platon, ou de Spinoza, ou de Fichte, est telle qu'on ne l'entend qu’à la condition de rejeter toute formule, de refaire avec eux le mouvement dialectique qui les emporte, et de voir s'ouvrir devant soi la perspective d'un progrès continu et illimité dont chaque étape marque une conquête de la liberté intérieure. Cet effort tout intellectuel, tout immanent de libération ne pouvait être compris par ceux qui considéraient l'esprit du dehors : Platon resta suspect comme Socrate, Spinoza fut appelé l’Antechrist, Fichte fut accusé d’athéisme. Pourtant ils ont fondé la religion de l'esprit ; ils n’ont point cru que « sans les rites et les dogmes, sans les gestes du culte la conscience religieuse reste stérile et enveloppée comme un vague désir qui ne se traduit point en actes ! » ; tout au contraire ils ont eu « foi dans l'esprit ». L'art vit de symboles ; la science vit de formules ; mais il y a une religion distincte de l’art et de la science, en tant que l'homme est capable de s'élever à une région de pureté spirituelle et de