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cette hypothèse. Ainsi, la condition imposée à la science, de ne traiter que de l'universel, alors qu'en ce monde rien n'existe, sinon l'individu, exige la réalité d'un univers « Idéal ou Archétypal », enfermé dans le sein de Dieu. Ainsi encore, l'Ecriture nous apprend que l'homme a été fait à l'image de son auteur. « Or le mode de Ten- » tendement divin consiste à consulter le monde idéal, w c'est-à-dire à se consulter lui-même, comme diversement » imitable et comme exhibitif des choses». » Mais l'entendement accompagne en nous la volonté et le cœur. L'homme est « une créature aimante ». Or l'amour se ramène au mouvement universel et permanent qui entraîne les âmes vers le bien. Ce mouvement, à son tour, où prendil naissance? En la même unique cause d'où émanent tous les changements physiques de l'univers, principe de production et principe de conservation. Créateur à la fois et Providence.
En 1690, Norris donna un volume de Réflexions sur la conduite de la vie humaine'^, suite de Méditations morales qui allait être pour lui fertile en incidents et en polémiques. Il en avait écrit la préface sous forme de lettre à la fille de Cudworth, Lady Masham, à qui, supposait-il, ne pourrait manquer de plaire son traité. L'esprit qui inspirait ce petit livre n'était-il pas le même qui avait dicté à l'éminent philosophe de Cambridge ses plus importants écrits? Mais Lady Masham était femme et une maladresse de JNorris fit à son amour-propre une blessure qu'elle ne pardonna point. L'auteur ne s'avisait-il pas, en cette dédicace, de lui prodi-
1, Même ouvrage, ihid.j % xxviii sqq.
2. Reflections upon the conduct of human life, [in a îetter to the excellent lady., the lady Masham,) 169Û.
guer les consolations les plus éloquentes, mais aussi les plus inopportunes, sur une infirmité imaginaire? Pour là consoler d^avoir perdu l'usage de ses yeux, il ne pouvait mieux faire, lui écrivait-il, que d'employer les siens propres à la distraire d'une telle affliction ^ Lady Masham n'avait la vue que faible. Elle trouva fort mauvais qu'on la fit passer pour aveugle. Locke et Molyneux surent la mésaventure ; on juge s'ils en firent des gorges chaudes ^ L'aubaine était inespérée pour ces amis de l'expérience de surprendre l'ardent métaphysicien en une aussi fâcheuse contradiction avec les faits. La fille de Cudworth manqua de philosophie et se piqua très au vif. Ce fut le système de la Vision en Dieu qui fit les frais de la vengeance. En vain, Fauteur des Réflexions avait-il pris soin de la sacrer, par avance, néophyte du nouveau culte. «Votre bien aimé Ma- » lebranche, » «votre excellent Malebranche, » «votre ami Tt M. Malebranche,» lui dit-il de chapitre en chapitre ^. Cette précaution diplomatique fut en pure pertes Nous
1. Ajoutez que ces consolations avaient une allure de madrigal qui devait contribuer encore à déplaire : • . . .Certes, disait la préface, puisque vous » avez été si malheureuse que de perdre l'usage de vos yeux, je pense que » je vous dois, Madame, celte compassion de ne pouvoir mieux employer » les miens qu'à vous transmettre, pour vous consoler, les sérieuses ré- • flexions de ma nouvelle retraite... • Et comme, de toutes les privations que la cécité entraîne, l'impossibilité de lire passe pour la plus cruelle, il lui expose la vanité de la science humaine, et, en conséquence, le néant des
livres.
2. V. la très amusante et mordante lettre de Locke à Molyneux, datée de
Oates, 22 février 1697.