Réfl., § 31 et 33; 2^ Réfl.y
4. Locke, dans sa lettre à Molyneux, dit que lady Masham écrivit à son consolateur pour le rassurer, mais que rien n'y fit et que Norris n'en voulut pas démordre. Evidemment Locke s'amuse : car, dans la réédition des Reflections parue en 1691, ainsi que dans les Treatises upon several 5«Jjects où les Reflections sont comprises (1697), la dédicace à lady Masham est remplacée par une préface toute générale où l'auteur annonce son projet
ignorons si Lady Masham avait naguère professé pour récrivain cher à Norris ce degré d'enthousiasme. Ce que nous savons bien, c'est que, peu d'années plus tard, elle appartenait au camp ennemi. En 1696, paraissait d'elle un Discours concernant V amour de Dieu, longue et médiocre diatribe contre la théorie de l'élan inné vers rEtre parfait, contre les causes occasionnelles et la vision des choses en Dieu, ce Je ne doute pas, affirmait-elle, » que si nos théologiens recevaient et prêchaient cette » opinion, comme la base sur laquelle le christianisme « est bâti, le scepticisme, bien loin d'être guéri par là, . ne s'étendit plus encore qu'il n'a fait jusqu'ici *. » Heureusement pour Malebranche, Norris sut lui amener de moins fragiles disciples. En des lettres qui nous ont été conservées ^ une autre distinguée philosophe, Mary Astell, exprimait pour la philosophie des Idées une admiration qu'elle n'est point dite avoir plus tard reniée.
Les Réflexions sur la conduite de la vie humaine suscitèrent à leur auteur encore d'autres adversaires que lady Masham. Comme quelques critiques, de ceux qui, selon le mot de Leibnitz, prennent la paille des termes pour le grain des choses, avaient prétendu, sur quelques apparences, identifier le système de la Vision en Dieu avec le dogme de « la lumière intérieure, )> Norris résolut, par
d'expliquer aux hommes les erreurs qu'ils commettent dans la direction de
^T UMuant est que Norris l'avait jadis pressée ^'^^ri^^^^^^^^^^^^^^^^ dicace qu'il lui adressait en 1688, il exprimait le ^-^/î^^ f^^ ^^^'^^^^^^
.onde ? quelque monument de ^^^^^^^^^^ ;i^t^ée''^^ " lui donna satisfaction, mais non de la manière qu a
2 V. letters coneerning the Love of God, letmen tM Author of UerropolaUo tC laim ani M' JoH Norris. Ces lettres sont datées de 1C93. La 2® édition du livre est de 1705.
un post-criptum à son livre, de dissiper une confusion entretenue par ses contradicteurs *. Les quakers ne manquèrent pas à riposter de toute leur éloquence. L'un deux, dans un pamphlet intitulé « Juste repréhension », lui reprocha d'avoir tracé de la croyance qu'il répudiait une caricature mensongère ^ Sa discussion avec « les Fanatiques » se prolongea quelque temps. On prétendit le maintenir quaker en dépit de lui-même. C'était donc aussi un quaker sans le savoir, que le métaphysicien de la Vision en Dieu » ! Voltaire, dans ses Lettres sur les Anglais, n'a garde d'omettre ce trait. Comme il se fait exposer par un fidèle les opinions de la célèbre secte : « Ehl interrompt-il, » voilà le P. Malebranche tout pur. » Et son interlocuteur de lui répondre : « Je connais ton Malebranche, il était )> un peu quaker, mais il ne l'était pas assez *. »
IL Ces attaques lassèrent si peu l'humeur militante de
1 M. Paul Janet nous signale ces lignes d'un Traité de V incertitude des sciences, traduit de l'anglais, Paris, 1714 : « Un de nos savants ayant embrassé » l'opinion du P. Malebranche l'a expliquée dans un style orné de toutes » les beautés de Télocution. . . Les trembleurs s'en sont tellement prévalus » qu'il a été obligé de taire une apologie aûn qu'on ne le soupçonnât pas » d'être passé dans leur parti. » C'est à Norris et à son post-scriptum au livre des Beflections que fait évidemment allusion ce passage.
2. A Just reprehension to John Norris for his unjust Reflections on the Quakers . . . , togeiher with his false représentation of their Principle of the Light, . . by Richard Vickris 1691.
3. Celte assimilation, Lowde, dans ses Essais moraux^ s'en défend sans la répudier tout à fait : « Des Fanatiques^ en ces derniers temps, avaient » coutume de dire qu'ils étaient Déisés avec Dieu, et Christéisés avec » Christ {Goded with God and Christed with Christ :) loin de moi la pen- » sée que M. Malebranche entretienne une telle opinion; mais la pure pré- • sence de Dieu à nos pensées n'a pas une inlluence nécessaire sur notre » vue des choses en lui, indépendamment de son vouloir, et ceci, M. Ma- » lebranche l'affirme. »
k. Fin de la lettre ii.
Norris que, dans le même temps où « les fanatiques » le prenaient à partie, il se mesurait à celui dont le xviii« siècle, déjà en vue, allait, des deux côtés du détroit, faire l'oracle de l'esprit moderne. 11 venait de mettre sous presse un volume de Discours vratiques sur la Béatitude, lorsque le chef-d'œuvre de Locke, à l'instant publié, lui tomba entre les mains. Lire VEssal. l'étudier, le réfuter, lui fut l'affaire de quelques jours. C'est ainsi qu'il put ajouter en appendice à ses Discours pratiques ces Rapides réflexions ' sur le livre de Locke, la première critique qui en ait été faite, assurément Tune des plus profondes et. en maint endroit, l'une des plus décisives.
Ce n'est pas que Norris fasse de V Essai sur V Entendement humain un cas médiocre ; il l'estime, au contraire, « un très extraordinaire travail digne du plus grand homme » et qui a droit au respect public. » Mais la philosophie qui s'en dégage lui paraît soulever d'invincibles objections. Il en est d'abord une qui renaît à chaque chapitre : pourquoi Locke n'a-t-il pas examiné quelle pouvait être la nature de ces idées dont il retraçait l'origine ? Il a prétendu raconter sans prendre soin de décrire. S'il avait approfondi davantage, aurait-il écrit que ce lui semblait « une contradiction de dire qu'il y a des vérités im- „ primées en l'âme, qu'elle ne perçoit ou ne comprend >; pas ? » Qu'y a-t-il donc en cela de contradictoire ? Admettons qu'il puisse « y avoir des impressions faites sur » l'esprit, dont nous n'ayons pas conscience, » la prétention de Locke ne se soutient pas et il n'a plus à tirer argu-
1. Cursory reflections upon a hook calU an Essai etc., sous forme de lettre à un ami.
ment de la non-perception de certaines impressions originelles pour en affirmer la non-existence. Or, comment se refuserait-il à une supposition impliquée en ce que luimême a dit des enfants et de la mémoire? Ne nous at-il point appris que cette dernière faculté consistait, non « en un recouvrement dMdées qui étaient perdues, mais )) en une réadvertence ou réapplication de l'esprit à des » idées qui sont actuellement présentes, quoiqu'on n'y » fasse pas attention? » Dès lors, que reste-t-il des beaux raisonnements édifiés par Locke sur ce fait que les enfants ne perçoivent pas les Idées prétendues innées? — On sait^ quel brillant parti Leibnitz tirera de cette hypothèse d'une idéation subconsciente ; sur ce point les Nouveaux Essais ne feront, après tout, que remanier l'argument des Ciir-
sory Reflectiom .
Etait-ce donc que Norris tînt pour les Idées innées? En ■aucune manière. Si l'on désigne par là « des caractères » originels inscrits sur Tesprit, » il déclare y croire aussi peu que l'Auteur de VEssai lui-même. A son -avis, c'est là du a pur jargon ». — « Vous savez, pour- » suit-il, que j'explique le mode de l'Entendement hu- » main, par la présence du divin Adroç ou monde Idéal à » nos âmes, par où nous voyons et nous percevons toutes » choses. » Ainsi donc, et la même déclaration se retrouvera dans sa Théorie du Monde Idéal', le système de la Vision en Dieu n'exige point l'innéité des principes constitutifs de notre science. L'action constante, par laquelle l'Auteur de notre être nous distribue les connaissances dont nous avons besoin et nous admet à contempler