‹ L'idéalisme en Angleterre au XVIII?e siècle [microform]Chapitre 106 sur 235 · l^o part., chap. v, xi · texte numérisé non relu

l^o part., chap. v, xi

3. V. Reflections upon the conduct of human life. Chap. xxix.

porte, au-dessus du moi humain, jusqu'au sanctuaire le plus mystérieux de l'ontologie ; la seconde nous ramène sur terre, à l'homme, à l'âme et à ses facultés, non pour nous abandonner en ces régions plus modestes, mais pour nous reconduire de là vers les hauteurs qui nous ont été au début dévoilées. En d'autres termes, le monde intelligible est considéré d'abord directement, en lui-même et de face ; puis il est contemplé de plus loin, à la distance d'où l'entrevoit notre relative raison.

Sur la démonstration d'un état idéal des choses s'ouvre le premier volume, ou, comme s'exprime l'auteur, « la ), partie absolue «.Dessinons donc une ligne bien nette de démarcation entre ces deux ordres : l'un sensible ou naturel, l'autre intelligible. Ce dernier n'est point dû à quelque Fiat lancé par une volonté toute puissante. Exemplaire (éternel de toute essence créée, il existait bien avant que l'état sensible ne parût et il subsisterait alors que nature et création seraient anéanties. « Patrie de la Vérité. . . ., lieu » des Esprits. . . , où tout est Jeunesse, Plaisir et Vie. » Ne semble-t-il pas que l'on entende quelque enthousiaste

Alexandrin ?

Mais les périphrases ne sauraient tenir lieu de preuves ; une invocation poétique ne dispense point de raisons. Norris dispose donc une suite d'arguments en vue d'établir la réalité de l'état idéal. - D'abord, le fait même de la création ne s'explique que par la préexistence de modèles à la ressemblance desquels les êtres contingents furent formés : sinon. Pacte producteur aurait été irrationnel, irréfléchi, indigne de Pinfinie Sagesse. En conséquence, avant d'apparaître sous la forme sensible que nous lui voyons, Punivers actuel existait déjà sous forme idéale : ainsi nous en expliquons-

nous Tordre, la proportion, la géométrie et la beauté. « Comme à l'empreinte de la cire je connais le sceau, de » même le monde naturel me fait découvrir l'intelligible.. . » Sans l'hypothèse d'un monde idéal, je ne sais que faire » du naturel. .. » — Secondement, la stabilité que nous reconnaissons aux formes spécifiques des êtres atteste, en dépit d'exceptions rendues inévitables par la sknplicité des lois naturelles, la fixité de leurs e.^sences. Parce qu'ils participent d'un seul archétype, des individus possédant une nature spécifique commune se ressemblent au point que Ton croit voir en eux autant de reproductions d'un même original. De là, chez tous les hommes, cette identité de la forme intellectuelle ; de là cette unité du principe pensant, cette similitude des désirs, des instincts, des passions. « Un homme n'est que le diiplicatum ou la contre-partie » d'un autre homme : chacun n'a qu'à s'étudier lui-même » pour s'instruire de la nature d'autrui ; chacun n'a qu'à » sentir comment bat son propre pouls pour découvrir » quel est l'état de l'humanité. » En irait-il de la sorte, si tous n'avaient été façonnés d'après un unique sceau archétypal : d'après l'Adam intelligible ? « Faisons Vhomme », a dit le Créateur. - Un troisième et un quatrième arguments sont empruntés aux vérités éternelles : les unes appartiennent à la géométrie, science spéculant sur des figures irréprochables qui n'en continueraient pas moins de lui fournir un immuable objet, au cas même où la matière serait annihilée ; les autres, supérieures encore à la science de l'étendue, commandent toute logique, toute morale, toute métaphysique : elles expriment des relations nécessaires. Or, qu'il ne puisse y avoir de relations du néant au néant, c'est une vérité que personne n'a jamais

contestée ^ Les essences que ces relations unissent possèdent donc, elles aussi , une valeur nécessaire. Comme Suarez l'a soutenu, la certitude de la proposition dépend de l'existence des extrêmes. — A. un nouveau point de vue, la Science va réclamer un monde idéal immobile. Envisâgeons-la, non plus comme un effet, mais comme une cause, non dans les objets qu'elle rassemble, mais dans l'Esprit où prennent naissance les vérités qu'elle embrasse. Suppose-ton cet Esprit contingent, contingente devient la connaissance qui en émane : or personne ne conteste que la science n'ait, pour caractère indélébile, la nécessité. Les choses possèdent donc un état intelligible. De cette conclusion naît une conséquence qui va la fortifier elle-même : puisqu'il existe des archétypes. Dieu est. ce On conçoit sans peine qu'il ne saurait y avoir d'I- » dées, d'Essences éternelles, d'éternelles Vérités, ni » conséquemment de Science, sans la supposition d'un » Esprit éternel... Le même raisonnement qui prouve » contre Vanti- Idéaliste ne vaut pas moins contre l'a- » thée. » Il faut à ces pensées, sur qui toute créature se façonne, un Immuable Esprit qui les pense : le monde idéal une fois admis, on ne saurait, sans illogisme, nier l'existence de Dieu.

Mais ces deux vérités : l'existence de Dieu, la réalité d'un monde idéal, se prêtent un mutuel appui ; chacune tout à la fois engendre l'autre et en procède. De là une sixième et dernière preuve qu'il existe un monde intelli-

1 Selon Norris, le Cogito ergo sum de Descaries serait une application de ce même principe : • . . -Si je pense, dit-il, j'ai quelque propriété m'ap- . partenant, ce qui ne saurait avoir lieu si je n'étais pas. Pourquoi cela ? . Parce que de rien il ne peut y avoir d'affection . Tel est le pivot sur le- » quel tourne tout ce raisonnement. » Chap. ii, § 38-47.

GEORGES LYON

gible*. Quiconque sait raisonner conviendra que l'Être parfait renferme en lui toutes les perfections des créatures ; ce qui revient à dire que « sa divine essence est vraiment ^ exhibitive de tous les êtres, » soit actuels, soit possibles. En d'autres termes, les raisons essentielles des choses existent, puisqu'elles ont leur siège dans l'entendement de Dieu. De là à proclamer que l'auteur des êtres les connaît en lui-même, il n'y a que la distance du théorème au corollaire. « Si nous ne voyons pas les créatures en lui, cepeny> dant au moins pouvons-nous accorder que lui les voit » en /?a-même et qu'il est son propre objet intelligible. « Ainsi, graduellement, nous rapprochons-nous de la conception finale par laquelle Norris doit clore sa philosophie. La vision des choses en Dieu par Dieu permet de pressentir la vision des choses en Dieu par l'homme. De la première hypothèse à la seconde le passage s'accomplira sans effort, comme du plus au moins, comme du genre à l'espèce. Dieu même nous offre un précédent : à son exemple, c'est en lui que nous contemplons le réel.

Non seulement les choses possèdent un état intelligible ; mais l'existence de cet ordre idéal est incomparablement plus certaine que celle de l'ordre naturel. Celui-ci en effet ne se peut déduire a priori', il n'a qu'une valeur contingente ; il requiert, pour se révéler, le bon office des sens, nos pires précepteurs. Le premier seul se laisse intuitivement contempler par la raison ^ En pourrait-il aller d'autre sorte? Les Idées sont indépendantes de Dieu ; sa Volonté, comme son Entendement, trouve en elles ses mesures \

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