Chap. V, I, § 8-lC
Elles guident son action providentielle, comme elles ont dicté sa décision créatrice. Un grand penseur s'est laissé effrayer par la perspective de l'infériorité où il lui a semblé qu'il placerait Créateur et Providence vis-à-vis de ces modèles intelligibles. Il a craint d'introduire la nécessité dans l'Être libre par excellence. Pour éviter ce péril, il s'est brisé contre un autre écueil : le scepticisme. Si la Souveraine Volonté est maîtresse de changer à son gré ces archétypes, les mathémathiques ne reposent plus sur une base inébranlable, les fondements de la Moralité sont minés. « Où )) est la beauté intrinsèque de la vertu, où la laideur in- )) trinsèque du vice? Quelle excellence, quelle supériorité » possède la Morale, si ce n'est celle d'un rituel ou d'un » cérémonial? L'amour de Dieu pouvait être un vice, la » haine de Dieu une vertu. . . » Quant aux scrupules qui retinrent Descartes, combien il lui eût été facile de les lever 1 Non, Dieu ne subit point la servitude des Idées éternelles, par cette raison qu'il y a identité entre elles et son essence. Puisque la Vérité n'est point un effet de Dieu, c'est donc qu'elle ne fait qu'un avec lui. Ce même raisonnement consacre l'apothéose de la Science, désormais confondue avec la Pensée suprême, source unique de lumière où puisent sans trêve les intelligences. « Dieu est l'objet » immédiat de notre science et contemplation, la Théologie )) est une plus ample étude qu'on ne présume d'ordinaire et » ceux qui ont le moins Dieu dans leurs pensées, en réalité » pensent à lui plus souvent peut-être qu'ils ne le croient, » attendu qu'ils voient toutes choses dans ses Idées ^ » Ce n'est donc pas seulement le théologien que notre argumen-