Chap. VI, m
21î> L'IDÉALISME EN ANGLETERRE AU XVIII- SIÈCLE
tation favorise, c'est aussi le savant dont elle a soustrait les principes aux vicissitudes du devenir. « L'intérêt de « la Science aussi bien que de la Vérité est embarqué dans » l'Hypothèse Idéale et en doit partager le destin. »
IV. Il y a un monde intelligible. La question qui se pose maintenant est de savoir si, ce monde une fois admis, nous pouvons rendre compte de l'entendement humain et le mettre en harmonie avec le système idéal. Ce sera le sujet du second volume de t Essai. Malheureusement, pour cette étude, les moyens font un peu défaut : soit que l'âme ne possède aucune idée de soi, ou qu'elle ne se puisse connaître que par voie détournée, sa nature lui est à ellemême enveloppée de ténèbres. Elle ne se sait que par sentiment et conscience. — Mais alors, demandera-t-on, d'où tenez-vous que c'est bien elle qui pense? Que savez -vous si elle ne partage pas avec le corps le privilège de penser : car enfin, comme hasardait Locke, Dieu pouvait faire, tout puissant qu'il est, en sorte que l'intelligence appartînt également à la mi^tière? Autant de doutes qui mettent en péril et la spiritualité de l'âme et son immortalité. Pour les dissiper, recourons à la méthode idéale. Descartes a prouvé que l'Être pensant et l'Être étendu ou matériel ne se pouvaient concevoir qu a part l'un de l'autre. Aucun tour de force de notre imagination ne parviendrait à les rapporter l'un à l'autre, comme deux moitiés d'un même tout, ou comme la substance et l'attribut. Autre contraste : la matière est contingente ; l'esprit, lieu des vérités, participe à la nécessité des intelligibles. C'est dire que les idées de matière et de pensée s'opposent l'une à l'autre d'une opposition absolue et, si les deux essences ne peuvent
coïncider, comment les choses mômes qui ne sont que par ces essences y réussiraient-elles mieux? Donc il y aurait contradiction que la matière put penser. Donc un principe réside en moi qui n'a rien de commun avec le corps. J'ai « une âme immatérielle, par conséquent immortelle. » De là également cette conséquence : « puisque toute sen- » sation est une manière de pensée, c'est l'âme et non le » corps qui en est le véritable sujets » Ici, l'on se demande si Norris ne s'est pas trop attaché au dogme cartésien de la dualité des substances. Cette méthode de démarcation par les idées claires est on ne peut plus décevante. On ne songeait point (et Locke à cet égard n'avait pas plus de clairvoyance que Malebranche ou Norris,) qu'à isoler tellement, dans leur clarté respective, ces deux idées, on faisait en l'une et l'autre le vide absolu. Dans peu, une philosophie novatrice se produira qui réduira à l'unité ce dualisme et cela en « exorcisant » l'idée de la matière.
Mais cette pensée, que je sais distincte et que j'affirme immortelle, qu est-elle donc en soi, indépendamment des diverses modalités, perceptions, passions, sensations, sous lesquelles elle se laisse saisir? Hélas! la même impuissance ici nous paralyse. Ce qu'est cette pensée, -< vous me .> le demanderez en vain, parce que c'est en vain que je » me le demande à moi-même ^ « Tant que je n'aurai pas de mon âme une autre connaissance que ce sentiment intérieur par lequel je suis informé que je pense, je n'ai guère chance d'en apprendre davantage. Et cependant, dès la vie présente, j'entrevois confusément quelque chose de ce secret. Je sais, notamment, que cette pensée est une et